Culture : « le Covid l’a tuer »

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On reconnait les valeurs d’une société à la place qu’elle accorde à la culture et à l’éducation. La confiance dans le pouvoir est proportionnelle au respect dont il fait preuve envers ses citoyens. Depuis la crise du Covid-19, la citoyenne et l’enseignante que je suis ne s’est jamais sentie aussi méprisée, insultée et infantilisée. 

Pourtant, la pandémie et sa gestion ne nous ont rien appris que nous ne savions déjà. L’épidémiologiste Larry Brilliant l’affirme : « les émergences de virus sont inévitables, pas les pandémies  ». Le plus révoltant est donc de savoir que cette crise est surtout une crise économique résultant de décennies de choix politiques (de droite comme de gauche) qui ont, finalement, ruiné le secteur de la santé.

Le coronavirus aura au moins mis en lumière la place réellement accordée au secteur de la santé, de la culture et de l’enseignement. Dans la cacophonie burlesque au sujet des masques, des bulles et des distances sociales, un fait a toujours joui d’une clarté limpide et inéquivoque : l’économie passe avant l’humain et ce qui fait de nous des humains. En effet, le secteur culturel végète dans un coma artificiel depuis le mois de mars et cela semble être le cadet des soucis des experts politiques. En dépit des déclarations fracassantes, l’évidence saute aux yeux. On méprise la culture et son apport inestimable.

Nous avons eu le droit de consommer avant de revoir notre famille. Nous avons désormais le droit de prendre l’avion, d’aller dans des parcs d’attraction ou dans des centres commerciaux bondés mais pas de nous rendre, dans les mêmes conditions, dans des lieux culturels. On insulte notre intelligence.

L’année scolaire 2019-2020 restera exceptionnelle dans les mémoires. Toutefois, le cycle 2020-2021 le sera tout autant. Nous, enseignants, nous préparons déjà à une rentrée inédite et espérions des mesures fortes et ambitieuses, à la hauteur de la crise que nous traversons. En fin de compte, les seules mesures sanitaires seront l’obligation du port du masque pour tous et tout le temps et l’interdiction des sorties culturelles. C’est, je crois, la goutte qui fait déferler toute mon indignation. En effet, qu’est-ce qu’un cours de français sans la rencontre avec un auteur ? Quel sens a encore un cours sur l’histoire de l’art sans visiter un musée ou rencontrer un artiste ? Comment plonger des étudiants d’espagnol dans la magie du flamenco, comment les faire frissonner au son du charango en leur montrant un DVD ? Cette année, point de culture pour notre sécurité. On nous infantilise.

La crise actuelle interroge implacablement notre mode de vie et notre système économique érigé en veau d’or. Elle nous rend également lucides sur l’état de notre planète et en cela elle représente une opportunité de changer de paradigme. Si, comme le monde politique l’a déclaré en avril, nous voulons une société post-Covid, l’éducation, la culture, la santé, l’environnement, la justice, la solidarité, la démocratie devraient en être les piliers. Donner leur place légitime à la culture et à l’enseignement c’est poser les bases d’un nouveau modèle de vie, où l’humain et l’environnement dont il dépend seraient la ligne d’horizon. La culture et l’éducation sont indissociables. Elles sont les deux facettes d’une pièce qui n’a pas de prix mais une valeur inestimable. Plus que jamais, « la culture n’est pas un luxe, c’est une nécessité » (Gao Xingjian).

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