Les enseignants de l’Aped solidaires des travailleurs d’Arcelor Mittal

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Nous étions quelques militants de l’équipe liégeoise de l’Aped à manifester ce mercredi 26 octobre sur la place de Seraing. A manifester notre solidarité envers les sidérurgistes du groupe Arcelor Mittal. Au-delà du plaisir de retrouver quelques anciens élèves devenus ouvriers et d’entretenir les liens de camaraderie qui nous unissent à d’autres mouvements de la gauche de gauche, qu’est-ce qui pouvait bien motiver la présence d’enseignants dans ce rassemblement ?

Nous ne signerons pas ici un article définitif sur la question. Les luttes qui s’annoncent sur tous les fronts sociaux nous donneront assez d’occasions de préciser les choses. Tenons-nous-en aujourd’hui à quelques réflexions livrées pêle-mêle…

Solidarité et cohérence envers nos anciens élèves

Donner à tous les jeunes les armes qui permettent de comprendre le monde et de participer à sa transformation, vers la justice sociale : tel est le leitmotiv de l’Aped depuis sa fondation. C’est le seul sens que puissent trouver à l’école les enfants issus des classes les plus pauvres de la population. Ce qui est en train de se passer à Liège (mais pas que là) est un cas d’école. Mittal et ses sbires s’apprêtent à casser l’épine dorsale de l’emploi de toute une région. Avec l’argument mensonger du “pas assez rentable”. Injustice, cynisme, désinformation… tout y passe. L’heure est venue de passer de la théorie de la citoyenneté critique à … la pratique du mouvement social. Voyez la photo qui illustre cet article : côte à côte, Vito, enseignant, militant de l’Aped, et deux de ses anciens élèves, ouvriers à la Fabrique Nationale d’Herstal, venus eux aussi manifester leur soutien à ceux d’Arcelor Mittal. Le premier a oeuvré pendant des années à éveiller les seconds à la citoyenneté critique, aux valeurs de la coopération et du collectif. Les seconds, devenus travailleurs, sont confrontés à l’exploitation dans un monde du travail mené par la seule logique du profit. Notre présence est doublement symbolique à leurs yeux. Primo, nous soutenons leur lutte. Et ils ne se privent pas de nous en remercier. Secundo, nous sommes cohérents avec ce que nous leur avons enseigné. Inutile de dire que les retrouvailles sont très chaleureuses. Cette solidarité et cette cohérence sont par ailleurs un signal envoyé à nos élèves actuels, très sensibles eux aussi à ce qui se passe dans l’industrie liégeoise, celle qui est censée leur donner un emploi dans un avenir proche. Notre absence de l’école, puisque nous nous sommes déclarés en grève, n’est pas passée inaperçue. Et c’est très bien ainsi. Cette cohérence entre les valeurs que nous tâchons de véhiculer et nos actes renforce notre crédibilité d’enseignants. Elle peut sans doute aussi inspirer à nos élèves, qui seront dans quelques années parents d’élèves, une autre vision de l’enseignement, plus proche du projet d’Ecole démocratique que nous défendons. Puissent-ils devenir à leur tour porteurs d’une autre école possible…

Les ouvriers jetés au rebut ont des enfants… qui fréquentent nos établissements

Notre quotidien d’enseignants est étroitement lié à ce qui se passe dans la vie sociale. Ce que vivent les enfants dans leur famille, les difficultés matérielles (mais aussi psychologiques, médicales, sociales, culturelles, etc.) qui découleront inévitablement de la perte d’emploi de leurs parents, tout cela aura forcément des conséquences sur leur trajectoire scolaire. La vie réelle ne reste pas au vestiaire de l’école ! Si elle se durcit, il ne faudra pas s’étonner de voir les enfants des victimes éprouver toutes les peines à se concentrer sur les études. Depuis des lustres déjà, le mauvais rapport que beaucoup de jeunes entretiennent avec l’enseignement n’est pas étranger au fait que leur horizon est presque totalement bouché.

Enseignants et travailleurs de tous secteurs : proies des mêmes prédateurs

Même si (pour l’instant !) le monde enseignant semble ne pas devoir subir d’attaque sur l’emploi (quoique… parlez-en aux confrères français…), il est bon de se souvenir des coupes sombres des années 1982 à 1996. Comme dans tous les services publics, nous avons été douloureusement saignés. Moins d’agents doivent abattre le même volume global de travail. Ça s’appelle un gain de productivité. Les travailleurs du privé n’ont rien connu d’autre. Depuis le tournant des années ‘80, c’est le même néolibéralisme qui nous étrille : toujours plus d’exploitation côté travailleurs, pour toujours plus de profit côté capitalistes (car c’est bien dans leur poche qu’aboutit le gain de productivité). Rien de plus logique, dès lors, que nous nous retrouvions ensemble dans la rue.

Seule l’action unit

Deux convictions encore. La première : comme nous l’expérimentons d’ailleurs à tous les étages de l’Aped, du régional au national, ce n’est que dans l’action que les énergies se mobilisent, que les échanges s’accélèrent, que les militants se solidarisent pour faire avancer un projet. Mercredi, nous avons posé un acte. Nous avons rejoint une action. Il y en aura d’autres, mais celle-ci fut déjà très féconde.

Seule l’union des luttes fera bouger les choses

Outre le rapprochement avec quelques jeunes travailleurs qui furent il n’y a pas si longtemps nos élèves, nous avons resserré nos liens avec d’autres mouvements de la gauche de gauche. En atteste le cliché de Vito en compagnie de son camarade Nico Cué, Secrétaire général des Métallos Wallonie-Bruxelles (MWB-FGTB). C’est notre seconde conviction : nous n’inverserons pas le cours des événements en luttant au coup par coup, chaque corporation dans son coin. Il nous revient de trouver le fil conducteur qui, au-delà des situations particulières, permet de donner un sens commun à celles-ci. Cette prise de conscience sera le ciment de la solidarité et de la mobilisation. Ce n’est qu’en unissant nos combats que nous nous donnerons des chances de bousculer l’ordre établi. Et il le faudra de toute urgence, car, n’en doutons pas, les temps qui viennent seront particulièrement durs. La note Di Rupo annonce un sale temps de régression sociale. L’enseignement ne sera pas épargné : les profs, eux aussi, seront attaqués de front (les entités fédérées étant appelées à la rescousse d’un Etat fédéral qui a volé au secours des banquiers).

1 COMMENT

  1. Les enseignants de l’Aped solidaires des travailleurs d’Arcelor Mittal
    Bonjour,
    je suis très régulièrement le travail effectué par l’APED, et je ne peux que me réjouir de voir des liens de SOLIDARITÉ se nouer et des appels à converger vers un front unique des travailleurs pour résister et riposter aux attaques que nous subissons. Où que nous allions, en Belgique, en France, en Espagne et partout ailleurs c’est le même scénario qui se reproduit, et c’est bien l’unité des travailleurs (oserai-je dire « classe ouvrière »? Oui, j’ose!), qui au delà de toutes sensibilités politiques, philosophiques, syndicales ou autres , offrira des perspectives plus souriantes, et permettra de réelles transformations. Unis, nous serons toujours plus forts (peut-être même LES plus forts!),c’est à cet objectif premier qu’il est nécessaire de s’employer. Nombreux sont celles et ceux qui y sont à l’œuvre, et miracle (?), ça marche. Dans l’espoir de voir se construire un grand mouvement international et fraternel, ce à quoi nous travaillons, je m’associe (et je suis loin d’être le seul) à tout acte de solidarité et de convergence, seule alternative pour vaincre.
    Patrick, instituteur et militant Sud Éducation/Solidaires

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