Esprit critique, exercice pratique : Pep Guardiola à Manchester City

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Près de 18 millions d’euros de salaire annuel pour l’entraîneur de football Pep Guardiola quand il s’engage à Manchester City en 2016. Dans ma classe de 3ème qualification, le montant révélé dans la presse sidère les élèves, qui veulent comprendre comment un club de football peut payer un salaire aussi plantureux. D’où peut bien venir tout cet argent qui irrigue le football ? Une opportunité à saisir pour développer leur esprit critique !

Au tableau, je reprends – et organise par de nombreuses flèches – les éléments de réponse qu’ils m’apportent, ceux qu’ils découvrent de fil en aiguille, au gré des questions que je leur relance :

  • le talent de Guardiola, qui propose avec toutes les équipes qu’il dirige – Barcelone, Munich – un football offensif et chatoyant;
  • le football est une compétition : chaque club se bat pour attirer les meilleurs éléments (entraîneurs et joueurs) et remporter des trophées. Si les meilleurs vont à la concurrence, on est déforcé;
  • le « système football » a un caractère spéculatif : un entraîneur efficace fait remporter des prix à son club, il augmente aussi la valeur marchande des joueurs placés sous sa conduite;
  • le football est le sport le plus populaire de la planète, il passionne des milliards de personnes;
  • il draine dans les stades des masses de spectateurs qui paient le prix (fort) pour assister aux matches;
  • il captive des masses de spectateurs devant leurs écrans de télévision. Par conséquent, les droits de retransmission à la télévision (liés aux énormes rentrées publicitaires, en fonction des lois de l’audimat) rapportent de très grosses sommes aux clubs du top;
  • le merchandising autour du football – vente de maillots, et autres objets fétiches – génère de juteux bénéfices;
  • Manchester City appartient aux Émirats Arabes Unis; des hommes d’affaires immensément riches y investissent beaucoup d’argent; il est intéressant de savoir comment ils ont constitué leur richesse;
  • le « système football » et ses transferts incessants est aussi l’un des canaux possibles pour ceux qui ont de l’argent à blanchir.

On le voit : ces quelques réflexions peuvent aisément amener à faire avec les élèves une radiographie du système socio-économique dans lequel nous vivons. Tous les ingrédients y sont : propriété privée des moyens de production (les clubs), objectif : accumulation de capital, spéculation, concurrence (compétition), liberté d’initiative, salariat, finance… On peut aussi en profiter pour relever en quoi le système football sert idéologiquement la naturalisation du capitalisme : « opium du peuple », glorification de la concurrence à outrance, banalisation des inégalités, miroir aux alouettes de la réussite de quelques individus (footballeurs) partis de rien et devenus riches et célèbres, etc.

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