« Rencontres pour faire apprendre »: programme 2022-2023

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Comme chaque année, le Centre de Recherche en Sciences de l’Éducation de l’ULB organise un cycle de conférences-débats. Nous relayons ici bien volontiers le programme de l’année à venir. Ces « rencontres pour faire apprendre » sont ouvertes à tou-te-s et gratuites. Elles ont lieu sur le campus du Solbosch de l’ULB le samedi de 9h30 à 12h15, au local UB 5.230 (bâtiment U, porte B, 5e niveau). Les changements éventuels de lieu sont annoncés par courriel aux abonnés à la liste de diffusion (les demandes d’abonnement doivent être adressées à Michel Staszewski : michel.staszewski@ulb.be). L’inscription aux rencontres n’est pas nécessaire, sauf pour les groupes de plus de dix personnes (afin de réserver, si nécessaire, un auditoire aux dimensions adaptées). Prière, dans ce cas de le faire au moins deux semaines avant la date de l’activité concernée.

Renseignements complémentaires : Michel Staszewski (michel.staszewski@ulb.be)  

8 octobre 2022: L’innovation technologique : un levier pour refonder l’École ? 

Débat introduit par Cédric FLUCKIGER, professeur en Sciences de l’Éducation et de la Formation à l’Université de Lille, spécialiste de didactique de l’informatique et de sociologie des usages. Il conduit des recherches à la fois sur les dispositifs scolaires de formation au numérique et à l’informatique, sur les usages personnels des enfants, adolescents et étudiants, et porte un regard didactique (i.e. attentif à la spécificité des contenus d’enseignement et d’apprentissage) sur la technologie éducative à l’école primaire, secondaire et dans le supérieur. Il est directeur de l’équipe Théodile-CIREL (Centre Interuniversitaire de Recherche en Éducation de Lille).

Le plan numérique pour l’éducation du ministère français de l’Éducation Nationale affirmait en 2015 que « La transformation sociale par le numérique est un levier de la refondation de l’École « . Il est fréquent, dans les discours institutionnels ou médiatiques, de glisser ainsi de l’idée que l’École doit entrer, comme le reste de la société, dans « l’ère du numérique » à l’idée qu’il s’agit -là d’un moyen et d’une opportunité de « refonder l’école ». Or ces deux idées sont très différentes. Quand on y réfléchit, l’idée que des objets techniques pourraient modifier des pratiques pédagogiques n’a rien d’évident. Les principaux courants de recherche en éducation qui s’intéressent à la longue suite des technologies éducatives – dont les outils numériques actuels ne sont que le dernier avatar en date – récusent une telle vision déterministe de la technologie et montrent que l’innovation technologique ne soutient que rarement l’innovation pédagogique. Cette conférence-débat sera l’occasion, en rappelant cette histoire, de discuter des relations entre pédagogie et technologie, de montrer ce qu’on peut attendre du numérique actuellement et de discuter des raisons pour lesquelles une vision déterministe et applicationniste s’impose malgré les résultats de la recherche.

 

19 novembre 2022 : Maintenant, la Pédagogie Institutionnelle (PI)

Débat introduit par Anne MELON, Thérèse DIEZ et Jacques CORNET, tous trois demeurés enseignants et enseignants demeurés[i], praticiens-chercheurs en pédagogie institutionnelle, bricoleurs quotidiens des petites institutions dans la classe, écrivains réflexifs de leurs bricolages.

On n’explique pas la PI. Pour s’y former, il faut la vivre, la pratiquer, et confronter ses pratiques aux théories et les théories à ses pratiques. C’est une praxis : comment vous la partager ? Comme nous ne pouvons l’expliquer, nous pouvons un peu la raconter. Nous allons donc vous proposer des récits, dans le fondamental, le secondaire, le supérieur. De ces récits, on essaiera de tirer des fils, des fils entre pratiques, techniques et éthique, entre reconnaissance du sujet et instauration du collectif, entre Norme et Désir, entre institutions et Institution. Maintenant, au plus vite, c’est urgent, mais lentement, car ce n’est pas si facile. La PI, oui, ou toute autre pédagogie qui prend les enfants et les jeunes au sérieux sans les prendre au mot, qui opte et pratique la coopération contre la compétition, qui interroge le pouvoir et l’autorité et expérimente leur exercice avec eux, qui pose la question du sens et de la valeur des apprentissages. La PI voudrait…

  • éduquer entre pulsion et ennui : réinstaurer des limites ;
  • socialiser entre isolement et attroupement : réinstaurer la parole ;
  • instruire entre impuissance et toute-puissance : réinstaurer du sens.

i La formule est de Fernand OURY, demeuré instituteur et instituteur demeuré.

 

21 janvier 2023: Les enjeux critiques de l’enseignement de l’histoire

Débat introduit par Sylvain DOUSSOT, professeur en sciences de l’éducation et spécialiste en didactique de l’histoire à l’Université de Nantes (France). Il dirige actuellement une recherche internationale sur les rapports entre le développement des compétences critiques des élèves et l’enseignement de l’histoire.

Dans la plupart des curriculums, et depuis longtemps, il est affirmé que l’enseignement de l’histoire a pour finalité le développement de l’esprit critique des futurs citoyens. Pourtant le rapport de cette discipline avec ses usages hors de la sphère scolaire reste très peu documenté. L’intérêt civique de cet enseignement, qui justifie que tous les futurs citoyens et non pas seulement les futurs historiens apprennent l’histoire, se déploie dans deux directions. D’une part, du côté de la connaissance factuelle d’évènements passés pouvant servir de point d’appui analogique pour penser et affronter les enjeux du présent, et d’autre part, du côté des capacités critiques propres à la démarche d’enquête de l’historien. Ce deuxième plan s’est largement déployé dans les curriculums des dernières décennies. C’est lui que nous discuterons plus particulièrement. On s’interrogera sur l’existence même de « compétences » générales liées à la maitrise historienne de l’enquête critique : peut-on prétendre développer des compétences générales de cet ordre chez les élèves alors que les historiens eux-mêmes se spécialisent ? Par exemple, peut-il exister une compétence du type « Procéder à l’analyse critique d’un document selon une approche historique » (Instructions pour le lycée français, 2019), quel que soit le document et le savoir historique en jeu ?  On questionnera également les spécificités de la critique historique : une discipline comme l’histoire participe-t-elle au développement de « l’esprit critique » en général ? Ne se cantonne-t-elle pas à une critique des documents ?  Enfin, la question des conditions du développement scolaire de compétences critiques sera abordée : la textualisation de procédures critiques enseignables, associée à des entrainements, peut-elle constituer une exercisation de la critique historique ? Et sinon quelle alternative pédagogique ? Enfin, peut-on imaginer un transfert de ces compétences historiques à des situations d’actualité ?

 

11 février 2023: À quelles conditions des dispositifs de formation reliant pratiques et recherche ont de l’impact sur les pratiques de classe ?

Débat introduit par Maud Delepière, docteure en sciences de l’éducation, chercheure et formatrice d’enseignants à la HE2B et Coralie Delhaye, docteure en sciences de l’éducation, chercheure et inspectrice de l’enseignement non obligatoire de la Ville de Bruxelles.

En tant qu’enseignants, directions ou membres d’équipe éducative, nous sommes souvent sollicités pour participer à des recherches. Est-ce pertinent pour notre développement professionnel ? Comment décider quel type de dispositif privilégier pour que l’impact de ces initiatives chronophages soit pertinent, en particulier en matière de pratiques de classe ? Enseignantes-chercheuses, nous avons participé à des dispositifs visant le développement professionnel d’enseignants et articulant la recherche et la pratique enseignante. Nos deux dispositifs partageaient des points communs, mais aussi des divergences à débattre. Le premier a porté sur un dispositif de recherche collaborative dans le cadre du Pacte, où les enseignants ont été amenés à coconstruire avec le chercheur des outils pour leurs pratiques professionnelles en Belgique (DELEPIÈRE, 2022). Le second s’est inscrit dans un dispositif de formation continue, où les enseignants ont développé leur leadership pour soutenir leurs pairs en coconstruisant des outils et des exemples, accompagnés de spécialistes de l’Université de Californie à Berkeley (Delhaye, 2021). Partant de ces exemples, nous interrogerons les rapports souvent complexes entre le monde de la recherche et le monde de l’éducation. Nous identifierons ensuite les conditions auxquelles des dispositifs de développement professionnel ont de l’impact sur les pratiques enseignantes.

 

18 mars 2023: Gare aux malentendus !

Débat introduit par Benoît Jadin, enseignant et formateur en mathématiques, président de « ChanGements pour l’égalité (CGé) ; Benoît Roosens, chargé d’études à CGé. Ils sont les coauteurs de Gare aux malentendus ! Déjouer les pièges pour faire apprendre (ChanGements pour l’égalité, 2022).   

Quand l’élève exécute des tâches sans comprendre, perçoit mal ou pas du tout les enjeux d’apprentissage et les attentes de l’école, quand l’élève fait ce qu’il croit devoir faire, mais n’apprend pas et quand l’enseignant ignore tout cela, interprète mal les attitudes de l’élève ou croit que tout va pour le mieux, ils sont en plein malentendu, source de nombreux échecs scolaires. En équipe, nous avons traqué ces malentendus et construit des séquences en français, en mathématiques et en sciences, en essayant de déjouer un certain nombre de pièges identifiés, entre autres ceux qui concernent les difficultés langagières, la tâche et le savoir à construire, les traces, les interactions enseignants-élèves ou entre les élèves. Nous avons testé et filmé ces séquences dans des classes de troisième et quatrième primaire puis nous les avons décortiquées. Rien n’est simple, il faut être vigilant et remettre régulièrement son ouvrage sur le métier. C’est ce travail et les réflexions qui en ressortent que nous souhaitons partager avec les participant-e-s aux rencontres pour faire apprendre.

 

22 avril 2023 : « Les langues, c’est classe (s) ! » – Quand les langues de chacun se mettent au service de la langue de l’école dans le contexte des premiers apprentissages scolaires.

Débat introduit par Isabelle Doneux : Docteure en Sciences du langage (Lyon2 Lumière), licenciée en philologie romane (ULB), auteure de plusieurs articles en pragmatique et sur M. Duras, enseignante-chercheuse à la Haute École Robert Schuman où elle enseigne le français et sa didactique aux futurs enseignants du Fondamental (maternel) et Sandra Hennay : Docteure en Histoire (ULg) et enseignante-chercheuse à la Haute École Robert Schuman où elle enseigne l’histoire et sa didactique aux futurs enseignants du Fondamental (maternel/primaire). Ensemble, elles coordonnent depuis 2016 des projets de recherche collaborative avec des enseignants des cycles I et II, projets qui ont en commun d’interroger le dialogue entre les cultures et les langues familiales et la culture et la langue de l’école dans le cadre des apprentissages de première scolarisation.

Qu’est-ce que cela implique de naître, de vivre, d’apprendre à parler entouré d’une ou de plusieurs langues autres que le français et d’entrer à l’école muni de ce bagage langagier « hors norme » scolaire ? Quel intérêt l’école a-t-elle à ne pas fermer la porte à ces langues familiales mais, au contraire, à les accueillir comme autant de leviers d’apprentissage porteurs de multiples ouvertures langagières, linguistiques, culturelles ? Quelles incidences la présence de langues autres que le français a-t-elle sur l’apprentissage de la langue de scolarisation, tant pour les enfants détenteurs de ces langues familiales que pour les enfants dits « francophones ? En quoi l’« Éveil aux langues » au programme des cycles I et II de l’enseignement fondamental depuis septembre 2020 constitue-t-il une opportunité de développer des pratiques plurilingues ? Telles sont les questions qui ont traversé la mise en œuvre du projet « Les langues c’est classe(s) ! », lequel a conduit, entre 2018 et 2020, une vingtaine d’enseignantes de la première maternelle à la première primaire à développer des activités d’apprentissage intégrant les langues familiales de leurs élèves.

 

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