Du court-circuit dans l’évaluation par compétences

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Force est de constater que plus le temps passe et plus les enseignants se voient « généreusement » gratifiés de nouvelles consignes pédagogiques destinées à leur expliquer comment évaluer les compétences de leurs élèves. A croire que la formation qu’ils ont reçue durant leurs études ou même celle qu’ils ont acquise au fil des années passées à enseigner perd chaque jour de sa valeur et qu’il est nécessaire de repartir sur de nouvelles bases. Or, non seulement ces consignes sont, la plupart du temps, d’une complexité  excessive qui les rend véritablement rébarbatives, mais en plus, on est en droit de s’interroger sérieusement sur leur pertinence.

Pour illustrer mon propos, je voudrais, dans cette courte note, attirer l’attention sur ce qu’il faut bien considérer comme une erreur lamentable. Dans les premières pages des nouveaux programmes de sciences, on trouve un exemple de « question de compétence » et la grille d’évaluation critériée associée. Cet exemple est destiné à servir de modèle aux professeurs.

Le document comporte une photographie montrant une personne en contact avec un générateur électrique et dont les cheveux se dressent sur la tête. On demande à l’élève d’expliquer le phénomène.

Voici ce que l’on peut lire, dans la grille d’évaluation proposée au professeur, dans la colonne « Compétence sollicitée » :

« Processus activé(s) : décrire une expérience (de contact, et pas d’influence) mettant en évidence l’existence de deux types de charge électrique et les attractions/répulsions qui en résultent. » (les caractères gras sont de moi)

Le problème, parce qu’il y a un problème, c’est que l’expérience présentée ne met en évidence qu’un seul type de charge (le générateur fournit soit une charge négative, soit une charge positive) et ne permet donc pas du tout d’en déduire qu’il en existe deux types.

Pour mettre en évidence l’existence de deux types de charge, il faut par exemple électriser des tiges en plastique et d’autres en verre et constater que l’on peut avoir attraction ou répulsion de deux tiges, suivant les paires de matériaux utilisés. Le fait que l’on peut avoir attraction dans un cas et répulsion dans un autre cas prouve alors qu’il doit exister au moins deux types de charge.

La conclusion de tout cela est donc qu’il y a une discordance totale entre l’expérience qui est montrée à l’élève et l’objectif visé par la « question de compétence » qui demande de mettre en évidence deux types d’électricité !

On pourrait objecter que cette erreur est à mettre sur le compte de la distraction, mais il faut tout de même souligner qu’elle était déjà présente dans les programmes du 2e degré (entrés en application en septembre 2016) et qu’elle se répète dans les nouveaux programmes du 3e degré qui viennent d’entrer en application depuis la rentrée. La place me manque pour parler ici des nombreuses erreurs qui, depuis plusieurs années, parsèment aussi les questionnaires des CE1D de sciences. Erreurs signalées mais jamais corrigées…

Si les multiples consignes imposées aux enseignants suggèrent clairement qu’on ne leur fait pas confiance, manifestement, ces derniers ont de très bonnes raisons de douter de la légitimité de ces consignes.

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