Austérité en Italie : des milliers d’enfants quittent l’école

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Sept heures du matin, San Lorenzo, au coeur de Naples. Un gamin se faufile dans le labyrinthe des ruelles humides, une lourde caisse de conserves à bout de bras. Survêtement délavé, capuche sur la tête et baskets défoncées, le petit Gennaro commence sa journée de travail. Personne ne s’étonne de le voir trimer de si bonne heure. En septembre 2011, Gennaro a été embauché dans une épicerie. Six jours sur sept, dix heures par jour, il garnit les étals, décharge des caisses et livre les courses dans le quartier. Gennaro rêvait de devenir informaticien, il est commis de boutique, le métier le plus répandu chez les enfants travailleurs de Naples. Il travaille au noir, à moins de 1 euro de l’heure, et gagne, au mieux, 50 euros par semaine. Gennaro vient d’avoir 14 ans.
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A Naples, des milliers d’enfants comme Gennaro sont mis au travail. Ils sont 54 000 dans toute la Campanie, la région de Naples, à avoir quitté le système scolaire entre 2005 et 2009, selon un rapport alarmant publié en octobre 2011 par la mairie ; 38 % d’entre eux auraient moins de 13 ans. Commis de boutique, garçons de café, livreurs à la petite semaine, apprenties coiffeuses, petites mains dans les peausseries de l’arrière-pays et les maroquineries de grandes marques, hommes à tout faire sur les marchés, ils sont partout, visibles, travaillant au grand jour, dans l’indifférence quasi générale.
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La crise italienne est passée par là. Depuis 2008, les lois de finances successives ont imposé des plans d’économies drastiques. La Campanie a supprimé, en juin 2010, l’équivalent du revenu de solidarité active français, plongeant plus de 130 000 familles éligibles dans la misère. Le revenu moyen dans la région était alors de 633 euros par habitant : aujourd’hui, la moitié des habitants estiment que leur situation s’est dégradée (source : Istat). » Les jeunes absorbent, à eux seuls, le coût de la plus grave crise économique de l’après-guerre « , dit Sergio d’Angelo.
Les jeunes sont parfois très jeunes. Toto a 10 ans, des boucles de gamin, un corps fluet et une vie toute tracée. Il habite, avec ses parents, ses deux frères et sa soeur, un bas-fond des quartiers espagnols aux murs cloqués d’humidité. Chaque week-end, Toto part pousser son chariot de pop-corn, pralines et barbe à papa sur la piazza Dante, juste à la sortie du métro. Toto aime l’école, mais il sait déjà qu’en septembre il va devoir travailler à plein-temps.

Source : Cécile Allegra, « Naples: Une enfance au travail », site Le Monde, 28 mars 12