Réforme et revalorisation de la formation initiale des maîtres et des régents

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C’est lors de son congrès de 2009 que la CGSP-enseignement a pris position en la matière : elle revendique le passage à une formation de niveau universitaire (master en 120 crédits) avec compensation du coût de l’allongement des études pour les étudiants. Le syndicat considère qu’une réforme et une revalorisation profonde de la formation initiale des enseignants est une des conditions essentielles de toute démocratisation de l’éducation. En outre, cet allongement participera à réduire la hiérarchisation sociale au sein même du corps enseignant. Cette revendication va de pair avec les demandes de la CGSP en matière de réforme de l’enseignement par l’organisation d’un tronc commun pluridisciplinaire jusqu’à 16 ans (conçue de manière équilibrée entre les branches intellectuelles, manuelles, artistiques et physiques) ainsi que la suppression des réseaux existants et la création, sans phase transitoire, d’un réseau unique et public.

Toujours au cours de ce congrès de 2009, la CGSP-enseignement a répondu à plusieurs questions essentielles inhérentes à cet allongement dont les réponses sont explicitées ci-après.

Pourquoi réformer et revaloriser la formation initiale des enseignants ?

  • Pour lutter contre une école inégalitaire
  • Pour répondre à un métier de plus en plus complexe
  • Pour valoriser professionnellement le métier d’enseignant et le reconnaître socialement
  • Pour favoriser la mobilité entre pays européens
  • Pour supprimer les hiérarchies entre les enseignants. A unité de fonction, unité de formation.

Comment réformer et revaloriser la formation initiale des enseignants ?

  • Passer de 3 à 5 ans
  • Pas question d’ « allonger pour allonger »
  • Objectif : former des professionnels de l’enseignement

Quel sera le contenu de cette formation ?

La nouvelle formation doit répondre à 9 exigences principales.

1) Exiger du futur enseignant une maîtrise maximale :

  • des savoirs et compétences à faire acquérir. Son expertise doit s’étendre bien au-delà du cadre de la matière qu’il est destiné à enseigner ;
  • des méthodes et instruments pédagogiques et didactiques aussi bien du point de vue de la conceptualisation des pratiques avec le vocabulaire approprié que de la mise en œuvre concrète dans la classe. Il doit être capable de les utiliser suivant les difficultés rencontrées de manière à pouvoir vérifier les acquis de CHAQUE élève de la classe.

2) Développer la conscience, chez le futur enseignant, que les connaissances doivent être en constante évolution. Il se doit donc de se mettre à jour, en permanence, dans son domaine (disciplinaire, pédagogique et didactique) notamment par la formation continue.

3) Développer chez le futur enseignant des éléments de culture générale (autres disciplines, actualité, société, culture). L’idée est de renouer avec l’image selon laquelle l’enseignant est aussi un éducateur destiné à ouvrir l’esprit de ses élèves vers le monde et quelqu’un d’important, d’instruit et de cultivé.

4) Développer chez le futur enseignant (quelle que soit la section) une maîtrise élevée (oserions-nous dire parfaite) de la langue de l’enseignement ;

5) Faire en sorte que le futur enseignant organise, évalue et régule son enseignement avec les résultats d’apprentissage comme critère d’efficacité de l’action ;

6) Aborder les thématiques suivantes :
l’étude des différents types et courants en pédagogie ;

  • la recherche en éducation ;
  • la psychologie générale : concepts (intelligence, mémoire, motivation, etc.) et courants (cognitivisme, constructivisme, comportementalisme, etc..) ;
  • la psychologie de l’enfant et en particulier de celui à qui l’enseignant s’adressera ;
  • l’épistémologie et l’histoire des disciplines enseignées (dans la perspective de la didactique) ;
  • les statistiques appliquées aux sciences humaines ;
  • les modèles et des outils didactiques relatifs à la discipline enseignée.

7) Permettre au futur enseignant de vivre des expériences de terrain répondant à certaines conditions :

  • être exploitées en profondeur ;
  • ne pas être limitées à l’observation ;
  • ne pas être trop précoces.

Cela suppose que le futur enseignant :

  • dispose d’outils théoriques pour analyser cette expérience : un discours professionnel et rationnel doit s’appuyer sur des faits et les mettre en relation avec des valeurs, des buts, des connaissances scientifiques (et il ne peut consister en la causette au café du coin) ;
  • utilise les concepts et le vocabulaire spécifiques pour parler de son action.

A cet égard, le Décret du 12 décembre 2000 redéfinissant la formation initiale des instituteurs et des régents a créé les « ateliers de formation professionnelle ». Ces derniers constituent le lieu de rencontre entre les praticiens et les théoriciens de la pédagogie et de la didactique. Il conviendrait aujourd’hui de renforcer le rôle de ces ateliers dans la formation des futurs enseignants et améliorer leur fonctionnement.

8) Fournir :

  • des connaissances relatives au système scolaire (voire aux systèmes de formations) du niveau local au niveau régional ;
  • des éléments de sociologie;
  • des données concernant les dispositions politiques relatives à l’éducation ;
  • des connaissances sur le fonctionnement de la société et de ses institutions ;
  • afin de permettre au futur enseignant de saisir le sens de sa profession en replaçant l’école et ses enjeux dans la perspective historique, politique et économique de la société d’aujourd’hui.

9) Compléter la maîtrise des savoirs et compétences décrits ci-dessus par des connaissances solides et des compétences en matière de :

  • communication ;
  • gestion de conflits et de la violence (y compris dans leur dimension sociale) ;
  • psychologie (sociale) ;
  • relations écoles-parents ;
  • pédagogies multiculturelles ;
  • alphabétisation ;
  • législation scolaire ;
  • travail en équipe.

et ce, afin de circonscrire le plus possible le début de carrière des enseignants souvent vécu comme une période dite de « survie » (discipline, autorité face aux élèves) avec peu de disponibilité pour l’apprentissage.

Quel sera le profil des formateurs de formateurs ?

Il est attendu des formateurs de formateurs que :

  • le pédagogue soit « ouvert » à la (aux) discipline(s) ;
  • le spécialiste de la (des) discipline(s) soit aussi expert des processus psychologiques et pédagogiques d’apprentissage.

Et aujourd’hui ? Vers la finalisation d’une position dans le cadre de l’évaluation participative : relance du groupe de travail interne

Depuis quelques mois déjà, la CGSP-enseignement a repris ses travaux qui avaient débuté en 2008. Objectif ? Fournir une réflexion aboutie sur les différents éléments de la problématique. Des propositions vont être soumises à discussion lors d’assemblées générales régionales en vue de la tenue d’un Comité communautaire. La position qui se dégagera sera notre contribution à l’évaluation participative organisée par le Ministre Marcourt. Les réflexions actuelles s’axent essentiellement sur les points suivants :

1) Les mesures transitoires pour les agents en place

Afin de permettre aux agents en fonction avant l’entrée en vigueur de la réforme de bénéficier des barèmes issus de celle-ci, des mesures transitoires devront être envisagées.

Elles porteront éventuellement sur :

  • la valorisation de l’expérience professionnelle,
  • l’organisation des modules de formation qui devront être accessibles à tout agent qui en fait la demande.

2) La formation des AESS et des professeurs de cours techniques et de pratique professionnelle

3) La formation des formateurs

La CGSP-enseignement estime plus que nécessaire de redéfinir un nouveau profil des formateurs qui œuvrent en formation initiale et donc de dresser des priorités pour une réforme de leur formation. Elle constitue une clef pour la réussite de la réforme de la formation des enseignants. L’articulation entre pratique et théorie est un thème central de la réflexion que nous menons. Cette réflexion est également étendue aux maîtres de stage.

4) La formation continue

Elle doit être considérée :

  • comme un droit fondamental et une obligation ;
  • comme un aspect intégré de la formation professionnelle. Elle est un des vecteurs du développement professionnel. Elle doit être de grande qualité et maintenir l’enseignant à niveau et lui donner l’occasion d’approcher l’enseignement sous un angle nouveau. Elle doit être diversifiée et ainsi l’encourager à ne pas quitter la profession (durant les heures de service avec remplacement, coaching pédagogique, congé formation, etc.).

5) Le coût des études

Pour la CGSP-enseignement, il ne peut être question que l’allongement des études constitue un frein pour les jeunes issus d’un milieu économiquement défavorisé. L’offre d’enseignement doit rester une offre de proximité et le système des compensations financières doit être revu et amélioré (bourses, subsides sociaux, etc.).

6) L’accompagnement des jeunes diplômés

Des mesures spécifiques (et donc des moyens !) doivent être prises afin de rendre la phase d’accueil la plus positive possible. Un système de tutorat assuré par des enseignants volontaires et expérimentés pourrait faire partie de ces mesures. Les établissements qui forment les enseignants devraient assurer un suivi de leurs nouveaux diplômés.

7) L’organisation structurelle du cursus (en ce compris les lieux de formation et les possibilités de réorientation)

Evaluation participative : première réunion du Comité de suivi

C’est le 29 mars dernier qu’avait lieu, en présence du Ministre Jean-Claude Marcourt, la première réunion du comité de suivi de l’évaluation de la formation initiale des enseignants. Lors de cette première séance, la CGSP-enseignement est intervenue pour notamment :

  • réaffirmer sa satisfaction de voir enfin s’ouvrir le débat sur une de ses revendications prioritaires déjà évoquée il y a 20 ans, mais qui dans le contexte actuel, vu les enjeux sociaux et sociétaux, s’impose ;
  • s’assurer de ce que la méthode utilisée garantisse qu’on évitera les cas particuliers et/ou les attachements excessifs à des institutions, afin « d’aller de l’avant ».

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Cet article fait partie d’un dossier consacré à la réforme de la formation des enseignants. Pour consulter les autres articles, suivez les liens :

Formation des enseignants : l’Aped circonspect . C’est quand qu’on va où ? par Philippe Schmetz
EFI, késako ? par Philippe Schmetz
Il est sans doute urgent… de s’y mettre , par Marc Demeuse
Réforme et revalorisation de la formation initiale des maîtres et des régents, position de la CGSP-enseignement, par Christiane Cornet
Former les enseignants à faire apprendre tous les élèves, position de CGé, par Anne Chevalier
Céderons-nous aux vents mauvais ?, réflexion sur la formation des maîres en France, par Alain Beitone