La modularisation devient “Certification Par Unités” (CPU)

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L’enseignement qualifiant en Communauté française de Belgique fait au moins l’unanimité sur un point : tout le monde s’en plaint. Le patronat estime que les jeunes qui en sortent n’ont pas le niveau d’employabilité requis. Les syndicats dénoncent les conditions de travail souvent pénibles du personnel enseignant dans ces filières. De nombreuses associations (dont l’Aped) regrettent les taux d’échecs élevés et, souvent, l’insuffisance de la formation. Les parents et leurs représentants confirment le constat, de même que le ministère de l’Education.

Personne ne conteste dès lors la nécessité de changer l’enseignement qualifiant. C’est dans ce contexte que le gouvernement a décidé d’expérimenter la Certification Par Unités (CPU). Et ce dès septembre 2011…

Voici plus d’un an, le cabinet de Marie-Dominique Simonet (cdH) a pris son bâton de pélerin pour aller prêcher la bonne parole un peu partout. La bonne parole ? Il s’agit de convaincre de l’intérêt de l’expérimentation qu’il mettra en place à partir de septembre 2011. Nous allons tenter ici de vous informer objectivement sur ce qui motive cette expérience, et sur ce qui va réellement être mis en place. Sur base évidemment de ce que nous connaissons à l’heure où nous écrivons ces lignes. Car, bien que le début de l’expérience approche à grands pas, il subsiste beaucoup d’inconnues.

La philosophie de l’expérimentation nous est vendue sous le vocable : “Valoriser les acquis plutôt que sanctionner les échecs”. Y a pas à dire, au niveau marketing, c’est tout bon. Qui s’opposerait à une telle intention, hein ? Mais ne nous égarons pas, revenons en mode “objectif”.

Les constats

Le cabinet part du constat que le redoubelement, le retard et l’abandon scolaires sont excessifs dans notre système éducatif et notamment dans le qualifiant. Par exemple, à peine 20 % des jeunes sont “à l’heure” en 5TQ et moins de 20 % en 5P. Les taux de redoublement y sont pourtant encore respectivement de 25 % et 20 %.

Deuxièmement, il considère que le mode sélectif selon lequel il fonctionne ne correspond pas à la culture de l’enseignement qualifiant. Par mode sélectif, on entend le découpage de la semaine en périodes de 50 minutes, des examens deux fois par an, une évalutation globale par année scolaire. Des attestations A, B ou C.

Il en conclut que le qualifiant n’est pas assez motivant, car les objectifs sont trop lointains aux yeux des élèves. Cette absence de perspective, conjuguée au redoubelement, expliquerait l’importance de l’abandon scolaire.

L’objectif annoncé

L’objectif de la réforme proposée est de lutter contre l’échec scolaire en rendant le redoublement inutile. De proposer aux jeunes un enseignement plus concret, plus motivant, où ils peuvent mieux percevoir les objectifs et maîtriser leur parcours scolaire. Et aussi de proposer une structure compatible avec les objectifs européens de formation tout au long de la vie.

L’expérience

L’expérience sera menée dans trois orientations ou groupes de métiers : la mécanique automobile, la restauration et l’esthétique (coiffure). Elle démarrera en 5ème TQ et P dès septembre 2011 et se poursuivra en 6ème à partir de septembre 2012. Les programmes seront restructurés en “Unités de Formations”. Les unités seront décrites en termes de résultats d’apprentissage et comporteront des directives pour la procédure d’évaluation. Les établissements mettront ces unités en oeuvre dans une séquence temporelle unique (enchaînement des unités programmé). L’organisation concrète sera laissée aux Pouvoirs Organisateurs (choix des cours, durée des cours et activités, programmes, etc.). Le ministère précisera les prérequis de chaque unité, les acquis à évaluer à la fin et des standards pour le faire. Ainsi qu’une indication temporelle. L’évalutation des élèves ne se fera plus à des dates conventionnelles (décembre et juin), mais à la fin de chaque unité. Chaque unité devra être réussie (!). Il n’y aura ni redoublement d’année, ni redoubelement d’unité. Il faudra donc que les établissements mettent en oeuvre des remédiations. Le dispositif sera laissé à leur choix, mais il devra contenir 10 à 20 % de temps supplémentaire par rapport au nombre minimum de semaines consacrées à une unité donnée. Il faudra au moins une demi journée par semaine ou une journée tous les quinze jours, plus une ou deux semaines en fin d’unité. Ceux pour qui la remédiation n’est pas nécessaire pourront suivre des formations complémentaires (en langues ou en Centres de Technologies Avancées, ou participer à des stages, ou …)

Il reste d’importantes questions en suspens. La moindre n’étant pas l’articulation de la formation générale au reste du cursus. 
Aux dernières nouvelles, il semblerait que l’expérience se déroulerait sur une base volontaire. Ce qui signifie que toutes les écoles qui organisent les options concernées ne seraient pas obligées de participer.

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