Chaque enfant a droit à une place dans une bonne école !

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Ce 30 novembre, depuis l’aube — depuis plusieurs jours même en certains endroits —, des milliers de parents d’élèves de sixième primaire s’agglutinent en longues files à l’entrée des écoles secondaires. Certains ont passé une ou plusieurs nuits dehors, à attendre l’ouverture des portes. D’autres y ont sacrifié une, voire plusieurs journées de congé. La folie atteint son paroxysme là où l’on savait d’avance que tous les clients ne seraient pas servis.

Les scènes de délire auxquelles nous assistons depuis quelques jours seront assurément imputées au « décret inscriptions ». Pourtant, en fixant l’ouverture de la chasse au 30 novembre, la ministre Arena n’a pas inventé la course aux places sur le marché scolaire. Elle a seulement pris le risque de cristalliser, en une seule journée, des situations jusque là disparates, camouflés et donc mieux tolérées.

S’il faut reprocher quelque chose à Marie Arena, ce n’est pas d’avoir voulu réguler les inscriptions d’élèves, mais de l’avoir fait beaucoup trop timidement et sans répondre à l’angoisse légitime des parents qui, percevant les terribles écarts de niveau entre établissements scolaires, craignent que leur enfant ne trouve plus de place dans une « bonne école ». En effet, si la liberté de choisir l’établissement scolaire de ses enfants est peut être un droit inaliénable, l’assurance de trouver une place pour eux dans un enseignement de qualité proche de son domicile, en est assurément un autre. Et il est plus fondamental, car si ce droit-là n’est pas respecté, la liberté de choix n’est qu’une formule creuse.

Il se trouve pourtant que notre pays est l’un des seuls en Europe — avec les Pays Bas et l’Irlande — où les parents se voient encore contraints de prospecter le marché des écoles afin d’espérer y caser leurs enfants. Dans toutes les (autres) nations civilisées, il a semblé naturel aux yeux du législateur que le droit à l’enseignement impliquait le droit, pour chaque enfant, de jouir d’une place réservée dans un établissement scolaire. Cela semble évident. Mais pas chez nous, où l’anarchie a trouvé à s’appuyer sur de puissants intérêts. Les réseaux d’abord, qui ont besoin du marché scolaire afin de justifier leur propre existence. Mais aussi une fraction des parents : ceux qui jusqu’à présent tiraient leur épingle de ce vaste jeu de chaise musicale, parce qu’ils en connaissent bien les règles, ceux qui réservaient leur place parfois des années à l’avance en veillant — consciemment ou non — à ce que leurs enfants se retrouvent toujours entre eux, entre gens « de bonne famille ».

Le marché scolaire produit en effet, le plus naturellement du monde, un regroupement des enfants par affinité culturelle, sociale, familiale. Il engendre ainsi un véritable apartheid social, bien plus puissant que celui produit par la seule ségrégation sociale géographique. De nombreuses études comparatives internationales ont montré que plus le marché scolaire est libéralisé, plus la ghettoïsation sociale des établissements prend de l’ampleur, entraînant un grand écart dans les niveaux de performances des écoles. Récemment encore, sur base des données de l’enquête PISA, nous avons pu établir que 45% des écarts entre les pays ouest-européens en matière d’équité scolaire sont liés au degré de libéralisme pratiqué dans les inscriptions scolaires [[N. Hirtt, Impact de la liberté de choix sur l’équité des systèmes éducatifs ouest-européens, Aped, 2007]]. Dans cette étude, la Belgique cumule deux records : celui du marché scolaire le plus libéral et celui de la plus forte inégalité sociale dans les performances scolaires.

L’assurance d’un enseignement de qualité pour tous passe par une mesure fort simple dans son principe et que propose depuis un an l’Appel pour une école démocratique : elle consiste à réserver automatiquement, pour chaque enfant, une place dans une école proche de son domicile. Dans les zones urbaines, donc à forte densité de population et d’écoles, cette attribution de places devrait en outre se faire en veillant à garantir une véritable mixité sociale (en se basant par exemple sur les revenus par quartier ou sur les revenus familiaux déclarés). On évite ainsi la tentation du zapping résidentiel, qui a si gravement nuit à la “carte scolaire” française. Et on crée les conditions d’un nivellement par le haut : il est en effet admis depuis longtemps qu’une hétérogénéité contrôlée est profitable aux plus faibles, sans nuire aux performances des plus forts. Bien entendu, une telle mesure ne peut être prise du jour au lendemain, pour tous les niveaux d’enseignement.

Il s’agit de reconstruire à la base la composition sociale de nos écoles en partant de la première année, puis de monter d’année en année.
Insistons bien : ce projet n’entend nullement supprimer la liberté de choix. La place réservée à chaque enfant serait garantie seulement jusqu’à une date limite, suffisamment lointaine pour permettre aux parents de faire leur choix en connaissance de cause : au moins quelques semaines après les résultats de juin. Dans un tel système, où les établissements seraient beaucoup moins dissemblables quant à leur composition sociale et donc quant à leurs « niveaux » de performances, on peut parier que la très grande majorité des parents choisiront simplement et naturellement d’utiliser la place qui leur a été réservée, échappant ainsi au calvaire inutile que représente actuellement une inscription scolaire. En revanche ceux qui, pour diverses raisons pédagogiques ou personnelles, auront réellement besoin de la liberté de changer leur enfant d’école, le feront dans des conditions infiniment meilleures qu’aujourd’hui : dans la sérénité, sans la pression d’une compétition aux places, sans la crainte incessante de se voir relégué vers une école au rabais.

Peut-être les queues du 30 novembre auront-elles au moins ce mérite-là : faire comprendre aux parents que leurs aspirations éducatives ne passent pas seulement par la liberté de choix, mais aussi par la conquête d’un véritable cadre régulateur, juste et efficace.

Voir notre Pétition en ligne.

Nico Hirtt est physicien de formation et a fait carrière comme professeur de mathématique et de physique. En 1995, il fut l'un des fondateurs de l'Aped, il a aussi été rédacteur en chef de la revue trimestrielle L'école démocratique. Il est actuellement chargé d'étude pour l'Aped. Il est l'auteur de nombreux articles et ouvrages sur l'école.

4 COMMENTS

  1. Le décret inscription bafoue nos libertés contitutionnelles!
    La Constitution garantit la liberté du choix d’enseignement et vouloir absolument réguler de manière communiste l’organisation de l’enseignement est en contradiction non seulement avec notre Constitution mais aussi avec les principes les plus fondamentaux de l’Union Européenne.

    Selon le principe de subsidiarité, il appartient aux collectivités scolaires d’appliquer le programme défini au niveau de l’Administration (et évaluer par celui-ci).

    La diversité d’approche pédagogique doit perdurer au même titre que les élèves ont des aspirations et des capacités différentes. Même au sein d’une même famille, il est courant de percevoir des différences à ce niveau entre des frères/soeurs.

    La confiance aux directeurs d’établissement ne peut être mise en doute, ni celle placée dans les capacités du corps enseignant.

    Les tentatives de régulations récentes observées dans certains pays ne démontrent absolument pas que ces démarches ont eu des résultats positifs.

    L’exemple de la Finlande est souvent pris comme argument de changement en Belgique francophone mais en Finlande, les écoles sont de véritables petites entreprises où le directeur et son équipe enseignante (pluridisciplinaire) mène LEUR projet pédagogique. Si une école est proposée aux parents pour leur enfant, ceux-ci ont la LIBERTE de demander un changement. Dans ce cas, les frais scolaires supplémentaires, s’il échet, seront à leur charge.
    La Direction rend des comptes sur les résultats des élèves de l’établissement suite aux évaluations externes.

    Enfin, pour épargner des coûts inutiles, certaines structures d’inspection ont été supprimées. Il est vrai que le contrôle nuit à la responsabilisation des acteurs du monde enseignant mais ceci est un sacro-saint principe que poursuivent plusieurs groupes de pression en Communauté française.

    • Le décret inscription bafoue nos libertés contitutionnelles!
      Notre proposition ne porte pas atteinte à la liberté de choix. Elle crée seulement les conditions pour que les parents aient mois souvent besoin d’en faire usage. Si on en a une place garantie dans une école de qualité proche de son domicile, la plupart en seront tout à fait satisfaits. Seule une minorité, pour des raisons particulières, bonnes ou mauvaises, cherchera ailleurs. Et cela restera leur plein droit.
      Affirmer que, au niveau européen, les mesures régulatrices n’ont pas apporté d’amélioration de l’équité est un non-sens et une contrevérité. Je vous invite à l’ire l’article Les chiffres qui condamnent la politique éducative sarkoziste.
      Oui, les écoles finlandaises ont beaucoup d’autonomie (cela n’en fait pas des entreprises). Mais 98% des parents laissent leur enfant dans l’école qui leur est désignée…

  2. Chaque enfant a droit à une place dans une bonne école !
    L’hypocrisie se situe aussi dans le chef de la Ministre !
    On ne combat pas les inégalités sociales avec un décret aussi absurde. Qui croyez-vous peut se payer « le luxe » de faire la file d’attente durant plusieurs heures, plusieurs dizaines d’heures ? Sûrement pas ceux à qui nous pensons tous. Les médias nous l’ont largement démontré.

    Il y a sûrement quelques établissements scolaires où l’on pratique (encore !) le refus discret de certains élèves dits « difficiles », mais ce n’est pas le cas forcément dans toutes les écoles où l’on a fait la file ce vendredi, ce serait trop simpliste comme analyse. Certains parents sont arrivés paniqués un peu après avoir quitté leur travail (ils n’ont pas osé ou simplement n’ont pas pu finir plus tôt) en espérant qu’il leur reste « une chance »…

    Que faites-vous de la liberté des parents de choisir une école pas forcément LA meilleure mais surtout celle qu’ils estiment être la plus adaptée pour leurs enfants (parfois simplement à deux pas de chez eux) ? Que faites-vous du travail de nos directeurs, de nos secrétariats ? Quelle confiance Mme la Ministre leur fait-elle ? Il es facile de repérer les tricheurs. Pourquoi jeter le doute sur tous les autres ?

    Organiser les inscriptions dans le calme, dans la sérénité, permettre aux parents de choisir à l’avance l’école (pas parce qu’il faut se dépêcher !), c’est ce que faisaient les « bonnes » écoles, conscientes de ce problème. En retour, elles se voient infligées la punition de tout devoir recommencer…

    L’égalité sociale passe par de réels choix sociaux, par la mixité sociale dans nos quartiers, nos villes et in fine nos écoles, pas par un décret aussi imbuvable.

    Vinz

  3. Chaque enfant a droit à une place dans une bonne école !
    Tout à fait d’accord.

    Pour cela, qui est responsable d’offrir suffisament de bonnes écoles?

    Car ce n’est pas une questions de personnes, il n’y a pas de raison pour qu’une école ait plus de « mauvais » enseignants que d’autres.

    Il faut simplement s’assurer que les profs sont bien formés, motivés.

    Pour cela, contrôle et formation.

    Mais un décret inutile est tellement plus facile

    Xavier

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