Canicule: « Quand il fait chaud en été, on peut se rafraîchir »

En matière de climat et de conseils avisés, Georges-Louis Bouchez, Valérie Glatigny et Stéphanie Cortisse se sont livrés une concurrence acharnée pour déterminer qui était capable de la sortie la plus lunaire. Au mépris et au détriment des élèves et des enseignants…

Un article initialement publié dans L’École démocratique, n°107, septembre 2026 (pp. 22-23).

Il était une fois un Génie montois[1]. La canicule sévissait sous nos latitudes depuis quelques semaines[2] quand il déclara avec son assurance légendaire :

– Quand il fait froid en hiver, on se chauffe. Donc, quand il fait chaud en été, on peut se rafraichir.

– Je ne vois pas où est le problème, ajouta-t-il doctement.

Cependant, ainsi qu’en témoigne la photographie d’un instituteur expérimenté[3], les enseignants n’avaient pas attendu cette magistrale saillie pour rafraichir leurs petits protégés.

L’enseignant avait joint à sa publication le commentaire suivant : « Comme nous n’avons ni climatiseurs, ni ventilateurs, ni tentures isolantes, ni salles de classe réfrigérées, ni budgets pour installer une piscine, nous enverrons la facture d’eau à Valoche !!! Oui, celle qui pond des circulaires formidables… »

« Valoche » était l’un des multiples diminutifs de la ministre de l’Education[4] de cette contrée. Il faut dire que, toujours à leur écoute, elle avait su gagner l’affection de ses sujets.

En FWB, les vacances scolaires n’arrivaient qu’au terme de la première semaine de juillet. Par conséquent, une vague de chaleur qui arrivait à la mi-juin avait devant elle trois longues semaines pour surchauffer les classes. Outrepassant les paroles rassurantes de sa coreligionnaire Stéphanie[5], qui avait tenté de rassurer tout le petit monde de l’Ecole, déjà en ébullition au printemps 2025, en affirmant que « les enfants ressentent moins la chaleur », la ministre Valérie prit la mesure du péril et demanda à son administration d’envoyer à tous les établissements une salutaire missive.

La circulaire 9730 du 21/05/2026, « relative à la continuité des apprentissages et à l’organisation scolaire en cas de circonstances exceptionnelles », était née. Elle devait apporter un vent de fraicheur dans tous les établissements de Bruxelles et de Wallonie. Mais c’est là que soudain les espérances du peuple furent douchées.

Totalement lunaire, ladite circulaire, dûment archivée, trouvera à n’en pas douter la place qu’elle mérite au musée que les habitants de la FWB dédieront un jour à cette période heureusement révolue de la législature de 2024-2029. Qu’en diront alors les guides chargés de faire visiter ledit musée ?

Il se pourrait qu’il évoquent les « ingénieurs » qui nous gouvernaient alors[6], partis en croisade contre toute forme de rigueur scientifique. En effet, dans la partie réservée à la canicule et aux pics de chaleur, ils commettaient une vulgaire faute de lecture des codes couleur délivrés par l’Institut royal météorologique (IRM) : aussi inouï que cela puisse paraître avec le recul de l’histoire, ils confondaient les valeurs mesurées en classe, d’une part, et, d’autre part, les mesures officielles, mesurées en extérieur, à 1,5m de hauteur, dans un abri thermométrique ombragé et ventilé. Erreur consternante : à l’époque, pour l’IRM, le code vert « situation normale  » s’appliquait à des températures allant jusqu’à 31°. Le jaune jusqu’à 34°. L’orange pour 35° et plus. Le rouge n’était activé qu’à 40°. Une gradation somme toute logique… pour des températures extérieures. Totalement invivable dans des locaux de cours, vous en conviendrez.

Tout aussi symptomatique de l’air du temps libéral, la circulaire signait un rappel à la loi : même si les petits et leurs maîtres-ses cuisaient en classe, l’obligation scolaire restait de mise. Etaient également rappelés à la sagacité des sujets l’autonomie des établissements et les principes de proportionnalité et tolérance. S’ensuivaient des recommandations qui partageaient trois caractéristiques. Toutes « enfonçaient des portes ouvertes ». Ce faisant, elles infantilisaient les travailleurs de l’éducation. Enfin, et surtout, elles étaient concrètement inapplicables dans des bâtiments d’un autre temps, minés par des lustres de disette. Ainsi pouvait-on y lire : « Il convient également d’éviter l’occupation des locaux les plus exposés, tels que les étages supérieurs, les espaces vitrés ou les bâtiments temporaires de type containers, en privilégiant autant que possible les pièces les plus fraîches. Un espace de repos rafraîchi peut être mis à disposition des élèves plus vulnérables ou présentant des signes de malaise. »

Nous mesurons aujourd’hui le chemin parcouru depuis cette triste époque. L’avènement d’une Ecole démocratique dans une société démocratique nous a durablement libérés de la « poésie » de cette droite[7] mortifère. Il a été décidé de mener de front une lutte globale contre le réchauffement climatique ET de réaliser un ambitieux plan de réhabilitation des établissements scolaires. Toutes les infrastructures ont depuis lors été soit rénovées, soit reconstruites suivant un cahier des charges tenant compte des canicules. Toutes les cours de récréation ont été végétalisées. Cerise sur le gâteau : les chantiers ont littéralement dopé les entreprises du secteur et les emplois, qui ont à leur tour permis de rééquilibrer les rentrées fiscales du royaume.

Notes

  1. Georges-Louis Bouchez, président du MR, parti de droite actuellement aux commandes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, sur la chaîne LN24, juillet 2026. ↑
  2. En Belgique, la chaleur aura causé une surmortalité de plus de 3000 personnes, dont 1200 rien qu’entre le 18 et le 29 juin 2026. ↑
  3. Photographie publiée sur les réseaux sociaux le 19 juin 2026. ↑
  4. Valérie Glatigny (MR) ↑
  5. Cortisse, députée MR ↑
  6. Après la victoire électorale du MR en juin 2024, Georges-Louis Bouchez avait lâché une formule restée gravée dans les mémoires : « On va gérer le pays comme des ingénieurs, pas comme des poètes ». ↑
  7. Voir note 6. ↑