Fiche de lecture : « Ségrégation scolaire en contexte urbain »

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Selon l’auteur de ce « papier » (1), la ségrégation sociale et résidentielle augmente dans les villes d’aujourd’hui et est étroitement liée à la ségrégation scolaire. Cette dernière est toutefois plus importante que la première. Si la relation dépend des différents contextes locaux, spatiaux et institutionnels, on observe toutefois que dans quasi tous ces contextes, la ségrégation scolaire n’est pas seulement un reflet des inégalités socio-spatiales mais contribue également à leur perpétuation. 

Dans ce contexte, que peut-on observer quant aux choix et stratégies des parents ? Préférence pour la mixité ou pour la ségrégation ? Et qu’en est-il de l’incidence possiblement négative sur les résultats scolaires de la déconnexion des élèves par rapport à leur réalité sociale. 

Les tendances sont diverses, tant du point de vue politique que de l’esprit des parents… Le concept de « bonne » école est souvent associé par ces derniers à sa qualité éducative, laquelle est de plus en plus liée, toujours selon eux, à sa composition sociale et ethnique. Cette conception entraîne une polarisation croissante entre établissements. Il faut toutefois apporter quelques nuances dans les dynamiques de choix. Ainsi, l’article évoque les parents d’ouvriers : ils choisissent souvent les écoles locales et ce, pour trois raisons : pas seulement celle de la méconnaissance ou du manque d’ambition mais aussi celle de la crainte que leurs enfants soient stigmatisés et/ou exclus des « bons » lieux d’enseignement, sans oublier la motivation économique. Il y a aussi les parents « progressistes » qui  penchent vers les écoles locales mais vivent parfois un dilemme entre cette conception idéologique et leurs préoccupations plus individuelles par rapport à l’avenir de leurs propres enfants. Par exemple, en Finlande et en Allemagne, où  l’on peut « atteindre les plus hauts niveaux d’éducation sans fréquenter des établissements d’élite », les parents de classe moyenne « peuvent prendre en compte des critères de choix supplémentaires, tels que le bien-être ou la proximité spatiale ».

Depuis une vingtaine d’années, la liberté de choix et la concurrence entre établissement scolaires se sont accrues dans la plupart de pays, en impactant significativement la ségrégation entre écoles. Or, la largeur de l’éventail des offres dépend de la répartition public-privé (notons ici, que la Finlande ne diffusant qu’un enseignement public, la différenciation y est minime) ainsi que la  plus ou moins grande autonomie ou de pédagogies particulières. Par ailleurs, l’accessibilité financière conditionne le degré de liberté de choix.

Quant aux stratégies des parents pour satisfaire leurs préférences d’écoles, elles sont également multiples, en fonction des paysages scolaires et urbains : déménager vers la structure scolaire, passer au privé, « coloniser » les écoles locales, contourner les règles ou encore « fréquenter des projets particuliers au sein d’établissements réguliers ». La localisation résidentielle détermine encore largement  le lieu de l’école choisie, d’où l’influence de cet endroit d’habitation sur l’environnement scolaire. Helsinski en est l’illustration : « les différences entre bassins scolaires se sont sensiblement accrues en 1990, malgré l’augmentation générale des revenus et des niveaux d’éducation. Le classement des bassins (…) est cependant resté assez stable ». Inversement, la répartition spatiale scolaire a une influence sur celle de l’habitat. Toutefois, la ségrégation scolaire l’emporte généralement sur la ségrégation résidentielle.

Pour rester dans le domaine des stratégies des parents, l’autrice nous explique comment une politique éducative peut formater le discours parental sur les normes et valeurs de l’éducation : en effet, dans le Land allemand de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les parents de la classe moyenne semblent interpréter le libre choix de l’école primaire, introduit récemment, comme une demande claire de choisir plutôt que comme une simple option, ce qui les amène à « jouer le jeu » plutôt que de risquer la « mauvaise » décision de la proximité.

Ni la possibilité de choix ni les transports en bus scolaires ni la création d’écoles à charte dans des quartiers populaires ne se sont avérés efficaces pour éviter la ségrégation scolaire. Par contre, une définition soigneuse des imites des bassins scolaires pourrait être une politique anti-ségrégation bénéfique ; cependant, elle n’a pas encore été modélisée à une plus grande échelle en Europe.d

L’article suggère enfin d’initier des recherches sur la relation entre ségrégation résidentielle-sociale et ségrégation scolaire, afin de « comprendre la mobilité sociale et l’inégalité intergénérationnelle ».

 

(1) Isabelle Ramos Lobato, La ségrégation scolaire en contexte urbain, Urbaria, Helsinki Institute of Urban end Regional Studies, 2020/4.

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