Notre enquête « École, énergie, climat »

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En avril et mai dernier, l’Aped a organisé une vaste enquête, auprès de plus de 3000 élèves de fin d’enseignement secondaire, à propos de leurs connaissances en matière de changement climatique et d’épuisement des ressource énergétiques. Les résultats sont désormais disponibles et ont été révélés lors d’une conférence de presse, ce mardi 20 octobre à Bruxelles.

Le 21 août 2015, un petit entrefilet perdu dans les pages intérieures de la presse quotidienne nous apprenait que les sept premiers mois de cette année avaient été les plus chauds enregistrés à la surface du globe depuis le début des relevés de température en 1880. Un mois plus tôt, lors des canicules de juillet 2015, les médias multipliaient les reportages au ton joyeux, consacrés aux estivants qui profitaient du soleil et de la plage sur la Mer du Nord… pendant qu’on enregistrait en silence 400 décès dus aux fortes chaleurs.
Indifférence ou ignorance ? Qu’ils le veuillent ou non, les citoyens de demain, ceux qui sont assis aujourd’hui sur les bancs des écoles, devront affronter des défis, parmi les plus complexes et les plus chargés de dangers auxquels l’humanité ait été confrontée depuis l’aube de la civilisation.
En 2008, nous avions déjà effectué une enquête sur les « savoirs citoyens critiques » des jeunes à la fin de l’enseignement obligatoire. Cette étude avait traité de très nombreux sujets : environnement, énergie, relations nord-sud, inégalités sociales, connaissance et compréhension de l’Histoire, des technologies, des religions, de l’économie… Mais, en raison justement de cette diversité, aucun thème n’avait pu être réellement approfondi.
Nous avons donc décidé de refaire une enquête de ce type en 2015, mais en la centrant sur les questions d’énergie et de climat. 60 écoles francophones et 47 établissements néerlandophones y ont participé. Entre le 20 avril et le 29 mai, 3.236 élèves, appartenant à 265 classes de 5e, 6e et 7e secondaire, ont répondu « en ligne » au questionnaire. Les résultats viennent d’être publiés et communiqués à la presse.

Quelques résultats

Voici quelques exemples, parmi des dizaines d’autres enseignements de cette vaste étude.

  • Il y a beaucoup de confusion autour du concept d’énergie renouvelable, souvent confondue avec une énergie « propre » ou « naturelle ». Seuls 43% des élèves identifient la bonne définition d’une énergie renouvelable.
  • Moins d’un quart des élèves a une vision à peu près réaliste de la durée probable des réserves de pétrole ou de gaz naturel. 34% partagent les visions les plus optimistes et 42% citent des chiffres tout à fait irréalistes (centaines, milliers, millions d’années ou davantage).
  • Le mécanisme du réchauffement climatique n’est généralement pas compris. Ils savent que ce mécanisme s’appelle « l’effet de serre » (75% de bonnes réponses) mais seuls 19% parviennent à identifier l’explication correcte de ce mécanisme dans une liste de propositions qui leur est soumise. Plus de la moitié (52%) confondent l’effet de serre et le trou dans la couche d’ozone.
  • Seuls quatre élèves sur dix savent que l’élevage — donc la consommation de viande — produisent aussi des gaz à effet de serre.
  • Un élève sur trois imagine qu’un voyage (de 900km) en avion est aussi propre voire plus propre que le même voyage en train. Dans l’enseignement professionnel cette croyance atteint 59% des élèves.
  • Un élève sur deux semble ne pas trop s’inquiéter du réchauffement climatique. Parce qu’il pense que ce n’est pas très grave (36% estiment que « chouette on aura du beau temps ») et/ou parce que « les scientifiques trouveront bien une solution » (31%).
  • Néanmoins, 45% ont « peur que tout ceci ne déclenche des guerres ». Cette crainte est plus forte chez les élèves issus de l’immigration (50% chez les immigrés de 1ère génération, par exemple) que chez les « autochtones » (40%).
  • Les notes globales (calculées sur l’ensemble des questions et exprimées en points de moyenne 500 et d’écart-type 100), sont à peu près identiques pour les deux Communautés si l’on considère l’ensemble des élèves.
  • En revanche, les écarts entre enseignement général et enseignement professionnel sont beaucoup plus importants en Flandre qu’en FWB. Dans l’enseignement général, la note globale flamande se situe 48 points plus haut que la note francophone. Dans l’enseignement professionnel au contraire elle se situe 41 points plus bas. Dans l’enseignement technique les notes flamande et francophone sont quasiment identiques.
  • Les écarts entre quartiles socio-économiques extrêmes sont très importants : 99 points en Flandre (ce qui représente un écart-type), 72 points en FWB. Seule la note « engagement » qui mesure la disponibilité des élèves à accepter des mesures pour lutter contre le réchauffement climatique n’est que peu sensible à l’origine sociale.
  • Les écarts entre les élèves parlant chez eux (seulement) la langue de l’école et les élèves parlant (seulement) une langue étrangère sont également beaucoup plus grands en Flandre (121 points) qu’en FWB (34).
  • D’autre part, en FWB, les écarts selon le statut d’immigration s’effacent lorsqu’on élimine l’effet de l’origine sociale. Ce n’est pas du tout le cas en Flandre.

Téléchargez gratuitement l’enquête au format PDF

Le lien ci-dessous vous donne accès à l’ensemble de cette volumineuse étude (près de 200 pages)

  • Le rapport complet (Présentation, analyse thématique des résultats, analyse par points, annexes, questionnaire d’enquête, les réponses des élèves question par question et les annexes techniques)

Dans la presse

Réaction de Joëlle Milquet

La ministre de l’Education, Joëlle Milquet, a également réagi sur son site web en promettant que « le référentiel de géographie dans l’enseignement officiel et de formation géographique et sociale (FGS) dans l’enseignement libre devront insérer l’approche du réchauffement climatique de manière beaucoup plus nette qu’aujourd’hui ». Elle précise aussi que « le cours de citoyenneté devra notamment aborder les enjeux sociétaux et la dimension personnelle et collective que le réchauffement climatique induit».
Nous nous réjouissons de cette réaction et de la volonté de Mme Milquet de remédier au constat de l’enquête. Mais les mesures proposés nous semblent trop timides. Quid des élèves de l’enseignement professionnel, dont les résultats dans l’enquête sont les plus mauvais et qui n’ont pas de cours de géographie… ? Et quelle garantie d’une bonne formation scientifique au cours de géographie si ceux-ci continuent d’être attribués à des diplômés en philologie romane….? Ne faudrait-il pas plutôt (ou aussi) aborder cela dans des cours de sciences ainsi que des cours d’économie et de formation polytechnique (aujourd’hui inexistants, dans le général comme dans le qualifiant) ?

A lire aussi : Le manifeste Paris-education 2015 dont l’Aped est signataire.