Bob l’éponge s’invite à l’école

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Cette année, le Sommet de Rio pour l’environnement fête ses vingt ans, l’occasion pour les promoteurs du « développement durable » – concept aujourd’hui moribond – de néanmoins donner de la voix de toutes les manières possibles, entre autres via le marketing scolaire. Cette fois, c’est le célèbre personnage de dessin animé Bob l’éponge qui est appelé à la rescousse pour sensibiliser les écoliers français à la protection des océans, au moyen d’un grand concours national portant sur la réalisation d’une fresque.

La plaquette de présentation nous apprend que ce qui fait le succès planétaire de Bob, ce sont les « valeurs universelles et intemporelles qu’il véhicule : la bonne humeur, la joie de vivre, l’enfance éternelle, l’innocence et l’imagination ». Il est symptomatique que l’« enfance éternelle » soit aujourd’hui considérée comme une valeur universelle. La culture néolibérale, en effet, n’a certainement pas besoin d’adultes mûrs et responsables pour écouler ses marchandises ; des enfants, des ados et des « adulescents » font mieux l’affaire. Jusque là, il n’y a cependant pas de quoi fouetter un chat. Mais on apprend que Nickelodeon, filiale de MTV et de Viacom*, est le partenaire principal de l’opération. Nickelodeon est une chaîne étasunienne de télévision « engagée » à destination de la jeunesse, qui possède un département consacré au marketing scolaire. En quoi consiste donc son « engagement » ? Par exemple, à ne pas avoir hésité à couper son antenne pendant une heure le 26 mars 2011 à l’occasion de la « Earth hour » ! Un bel exemple d’éco-blanchiment, une gentille action symbolique totalement inutile, mais qui permet au pouvoir de manifester son souci (sic) pour la protection de l’environnement.

On apprend plus loin que « la grande forêt d’Amazonie est souvent appelée le poumon de la terre ». Pas un mot sur la déforestation effrénée que subit cette forêt, qui lui fera bientôt perdre son adjectif. Parmi les dix points du Pacte de protection des océans, on est stupéfait de lire que « la pêche industrielle doit être pratiquée de façon responsable ». Encore un exemple flagrant d’oxymore : la seule façon de pêcher d’une manière responsable est justement de sortir de la pêche industrielle pour revenir à la pêche à petite échelle. Certes, on ne pourrait plus manger de poisson quotidiennement, mais la soutenabilité du milieu halieutique est à ce prix…

« Protégeons les océans avec Bob l’éponge » est un avatar de plus de la pénétration pernicieuse de l’École par les marchands. Les enseignants responsables réaliseront eux-mêmes leur cours de sensibilisation aux océans en cherchant des sources scientifiques et philosophiques, peut-être moins « ludiques », mais plus objectives, et à terme, formatives pour l’esprit critique.

Bernard Legros

* Rappelons que le patron de Viacom n’est autre que le milliardaire Sumner Redstone.