Beaucoup d’épelé, peu de lu

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L’écrit, qu’est-ce que c’est, au juste ?

Un outil de communication, qu’on apprendrait à dominer grâce à des techniques préalables à toute production écrite et de sens ?

L’écriture, un moyen d’exprimer, de « faire sortir », ce qu’on pense ou ce qu’on sent ?

La lecture : un passage obligé par l’oralisation, la syllabation, le décodage sonore de fragments d’écrits simplifiés, comme un préalable à son apprentissage avant d’être une consommation d’évasions bien contrôlées par l’idéologie marchande

Le texte ?

Ou plutôt un message d’un auteur à son destinataire lecteur, inséré dans une situation d’action, de projet, de découvert, lesquels, pris ensemble, permettent d’aborder la construction du sens sans pré requis ?On sent bien que ce qui est en grande partie à la base de la réussite des transformations sociales et des alternatives au système marchand qui disloque les sociétés, les climats, les économies fragiles, qui consument la vie à consommer, c’est une certaine maîtrise théorique du réel.Or, l’écrit, celui des autres (lire) et le sien propre (écrire) est un passage obligé pour cette maîtrise, pour construire d’autres mondes dans celui-ci. Résister aux anesthésies médiatique, scolaire, culturelle, nécessite une activité intellectuelle permanente, en particulier d’écriture et de lecture.

Beaucoup de lucidité doit, en effet, présider aux pratiques économiques, sociales, écologiques, culturelles d’alternative au système productiviste ultra-capitalistique. Sans quoi les actions répètent le passé, colmatent ou offrent involontairement des dérivatifs illusoires. On le voit, par exemple avec les « 10 gestes pour sauver la planète » qui, repris sans analyse du système de la propriété actionnaire, conduisent à l’insu de leurs acteurs à des impasses, voire à la légitimation des pires prédateurs de la planète. Ils s’affichent « protecteurs de l’environnement » alors même que leur logique profonde détruit et la planète et les systèmes sociaux de solidarité collective.L’écrit est l’outil par excellence de la problématisation du réel.

Avant tout, il faut savoir poser des problèmes pour construire la causalité de ce qui semble n’être qu’une fatalité naturelle jusque dans les mots employés : la « fracture sociale », qui arriverait comme un phénomène quasi géologique, ou tous ces effets multiples en apparence indépendants les uns des autres (privatisations, retraites, décentralisations) qui ne se comprennent qu’en allant voir du côté de l’OMC via l’AGCS.

La question de l’écriture est donc d’abord celle de ce puissant moyen de théorisation et de construction de la pensée.

Mais elle est aussi celle des dominations et des inégalités. Les exclus sont maintenus, par un véritable « rapt du pouvoir d’écrire », dans l’incapacité d’élaborer et diffuser les savoirs et les cultures nécessaires à leur promotion collective.

« Ce qui manque à l’ouvrier, c’est la science de son malheur » écrivait F. Pelloutier, animateur des bourses du travail, à la fin du XIXe siècle.

Il y a ceux qui écrivent et pensent pour les autres, ceux qui lisent ce qui a été écrit et pensé pour eux, enfin ceux qui ne lisent pas et n’écrivent pas.

Pour prendre des pouvoirs d’émancipation dans la société, il est nécessaire de se rendre capable de penser. Cela ne se construira pas sans l’apprentissage des pouvoirs d’écrire et de lire

Une (RE) conquête est nécessaire…

Elle s’avère douloureuse, ô combien ! du fait même des infirmités provoquées par la violence symbolique de l’école, ses formes d’apprentissage contritionnel si invalidantes pour les dominés. Toutes les recherches le montrent : les meilleurs jeunes déchiffreurs (b a ba) de CP font les plus mauvais lecteurs, en 6ème, quelques années plus tard, et laissent des séquelles pour la vie, les appliqués des lignes, font les grands paralytiques de l’écriture sous toutes ses formes.Le pouvoir actuel s’emploie à réactiver ces dressages particulièrement invalidants pour les enfants du peuple.

Sous couvert d’un recours à des techniques soi-disant éprouvées, il procède cyniquement à l’ultra-domestication, dans le droit-fil de Jules Ferry qui voyait dans l’école obligatoire le moyen de « fermer définitivement l’ère des révolutions » et notamment de mettre fin à l’éducation mutuelle, qui avait montré sa supériorité au début du siècle et fourni tant de militants de la première internationale et de la Commune…Il faut remonter la pente de l' »inécriture » au sein des actions de résistance et d’invention d’autres mondes sous peine de voir chaque nouvelle avancée confisquée par toutes les délégations usurpations démissions de pouvoir…..

Faire que soient écrits par les « citoyens de base », en particulier les plus dominés, des pièces de théâtre, des tracts, de la poésie, des journaux alternatifs en circuits courts locaux, des brochures et des livres n’est-ce pas une des clés de la conquête de l’émancipation collective et individuelle ?

Il y a donc une mission pour l’éducation populaire nouvelle : contribuer à cette autonomie de pensée du mouvement d’émancipation des peuples par eux-mêmes, notamment via l’échange et la construction de pratiques de « démocratie cognitive », d »‘intelligence collective  » ?

Ces pratiques intégrées dans le mouvement, se nourrissent de la démocratie participative locale à visée « décisionnelle », comme les budgets participatifs, les conseils et collectifs citoyens, les relocalisations économiques et alimentaires, etc., et du mouvement global contre l’ultra mondialisation financière, visant à résister à l’œuvre de mort de la propriété privée mondialisée des moyens de la production matérielle et intellectuelle, mais aussi à inventer d’autres mondes au coeur même de ces résistances.

Si d’autres mondes sont possibles une autre éducation populaire n’est-elle pas nécessaire ?

COORDINATION de la NOUVELLE EDUCATION POPULAIRE :

1 COMMENT

  1. > Beaucoup d’épelé, peu de lu
    quelles sont les références de tous ces travaux ou recherches faisant un lien entre bon décodeur en CP / mauvais compreneur en 6ème ?

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