Lettre ouverte à Madame Arena

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Madame la Ministre-présidente,

Au terme de cette année scolaire, notre groupe de travail « altermondialiste », qui réunit des enseignants des différents réseaux – communal, libre, de la Communauté française et de l’université de Liège -, a participé au débat autour du projet de contrat stratégique pour l’éducation que vous avez initié. Nous pensons que ce projet de contrat a eu le mérite de reconnaître que l’inégalité sociale est la cause déterminante de la relégation scolaire et de proposer des perspectives de solutions.

Mais les moyens mis en oeuvre, en dernière analyse, les moyens financiers, ne sont pas à la hauteur du défi à relever.

En l’absence d’un véritable refinancement, il court à l’échec. Si une réforme démocratique échoue, elle risque de provoquer un retour vers l’élitisme et la privatisation. Le dépôt du contrat pour l’école, moins ambitieux, nous conforte dans notre analyse.

La réforme du qualifiant (la fusion du technique et du professionnel à partir de la 3e année), reste extrêmement confuse. Lors de la table ronde que nous avons organisée le 5 mars, et suivant les informations reçues par la suite, il semblait acquis que :
-aucune réforme ne serait mise en œuvre avant 2013 (achèvement de la réforme du fondamental et du tronc commun)
-le tout à l’alternance était abandonné,
-le principe d’un CESS à la clé du troisième cycle était retenu, mais en pratique mal défini.

Nous n’y voyons pas plus clair avec la nouvelle version du contrat.

Nous maintenons notre ferme opposition
-au principe d’un passage automatique des élèves en situation de redoublement et d’échec vers la formation en alternance, l’apprentissage ou les autres opérateurs de formation,
-à la substitution de la formation professionnelle à l’enseignement,
-à la délivrance de diplômes officiels par des opérateurs privés,
-au développement de l’apprentissage et de la formation en alternance, puisque leur logique ne se soucie pas de l’élève en tant qu’être humain à préparer pour la vie, mais de la formation à court terme pour le marché de l’emploi du moment,

-à une modularisation conduisant à certifier des compétences opérationnelles détachées d’une formation générale, culturelle et citoyenne,

Nous sommes heureux de constater que les organisations syndicales interprofesssionnelles s’engagent à défendre le jeune stagiaire et l’apprenti comme un travailleur qui a des droits, mérite salaire et sécurité sociale.

Il faut constater que rien n’est prévu pour faire face à la situation difficile de l’enseignement professionnel d’aujourd’hui, ni pour contrarier les logiques de sélection/relégation propres à tout l’enseignement secondaire actuel avec ses écoles et sections hiérarchisées dans les faits.

Des budgets sont annoncés pour renforcer l’encadrement dans l’enseignement fondamental. C’est positif, mais rien n’est prévu pour revaloriser de manière significative la formation initiale -piégée dans une enveloppe fermée- le statut pécuniaire et les conditions de travail des enseignants.

Le contenu et les modalités pratiques de la mise en œuvre du tronc commun, porté à 14 ans (alors que 16 serait l’âge optimal), restent vagues.

Nous restons sur nos gardes parce que partout en Europe, sous la pression des grandes organisations patronales et dans la logique de la Commission (une économie de plus en plus compétitive, un marché du travail de plus en plus flexible), l’enseignement est mis sous pression pour répondre aux demandes des entreprises, tout en coûtant le moins possible aux pouvoirs publics. En conséquence, il est amené à privilégier l’acquisition des compétences immédiatement rentables et à tourner le dos à des avancées démocratiques.

Nous espérons, Madame la Ministre, que vous serez sensible à nos remarques et nous vous prions de bien vouloir agréer l’expression de nos salutations militantes.

POUR LE GROUPE DE TRAVAIL,
JULES PIRLOT

« La civilisation, c’est d’être éduqué
en dehors des lieux de travail. »
Mateo Alaluf
À la table ronde écolEntreprise