L’école en Résistance

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La situation géopolitique née du déclenchement de la guerre contre l’Irak place les enseignants devant une grave responsabilité.

En agressant l’Irak au mépris du droit international, en lançant la Guerre Sainte pour le Pétrole, en agissant contre la volonté exprimée par leurs propres populations, les gouvernements des Etats-Unis, de Grande-Bretagne, d’Australie et d’Espagne ont définitivement jeté le masque de la démocratie. Ils dévoilent à la face du monde leur nature de puissances impérialistes cherchant à imposer une dictature sans partage au reste de l’humanité.
La situation est-elle pour autant parfaite en France, en Belgique ou en Allemagne ? Malgré leur hostilité face au déclenchement de cette guerre, les dirigeants de ces pays continuent d’afficher leur solidarité avec les pays agresseurs et n’envisagent aucune mesure de rétorsion sérieuse à leur encontre. Ils les traitent en « amis », en « alliés » et disent « partager les mêmes valeurs fondamentales ». Pendant dix ans ils ont soutenu un embargo meurtrier. Et en forçant l’Irak à désarmer pour se conformer aux diktats de l’ONU, ils ont sans doute contribué à affaiblir la capacité de défense de son peuple face à l’agression actuelle. Tant que nos gouvernants n’auront pas rappelé leurs ambassadeurs aux USA et en Grande Bretagne, interdit le survol, le transit ou l’accès des eaux territoriales de nos pays aux troupes d’agression, expulsé les représentants militaires et agents secrets des pays agresseurs (y-compris ceux oeuvrant dans le cadre de l’OTAN), tant qu’ils n’auront pas soumis à l’ONU une résolution condamnant ces pays, exigeant leur retrait immédiat du territoire irakien en les menaçant d’un embargo économique international, nous vivrons dans des pays alliés, donc complices, des agresseurs.

Désormais nous sommes en guerre et, pour notre malheur, nous sommes du mauvais côté de la barrière. Du côté de ceux que l’histoire retiendra comme les agresseurs. Nous voilà comme les Espagnols sous Franco, les Français sous Pétain : complices, soumis ou Résistants.
En ce qui nous concerne, le choix est fait. Il l’est sans doute aussi pour la plupart de nos lecteurs habituels. Ce que cela implique pour chacun d’entre nous, comme citoyen ou comme travailleur, nous ne le développerons pas ici. Nous vous renvoyons aux nombreux sites Internet qui organisent déjà la lutte et la résistance (par exemple, en Belgique, www.stopusa.be ou www.cnapd.be ).

Mais dans ce vaste mouvement, nous avons également une mission spécifique à remplir en tant qu’enseignants. Face à la formidable machine de propagande que sont les mass-médias, il nous appartient aujourd’hui d’investir et d’utiliser au mieux cet autre appareil idéologique qu’est le système scolaire. A l’heure où l’Etat tend à se désengager de l’école, à l’heure où les révisions dérégulatrices des structures et des programmes ouvrent la porte au développement inégal, profitons-en au moins pour y occuper le terrain et transmettre aux jeunes générations le message et les armes intellectuelles de la Résistance. Utilisons nos cours de géographie pour apprendre aux élèves et aux étudiants la nature de l’impérialisme et celle de l’impérialisme américain en particulier. Utilisons nos cours d’économie pour leur enseigner les mécanismes de l’exploitation et de la domination, pour leur faire comprendre la nature de ce système économique qui conduit tous les demi-siècles l’humanité à l’auto-destruction. Utilisons nos cours d’histoire pour leur expliquer les origines du sous-développement, pour leur faire découvrir les enjeux géostratégiques du pétrole, pour leur démontrer le rôle idéologique et la source historique du racisme. Utilisons nos cours de math et de sciences pour leur apprendre à réfléchir avec leur propre tête et non avec celle de CNN. Utilisons nos cours de langues pour diffuser les films de Mike Moore (Bowling for Columbine), pour faire lire les livres de l’opposition intellectuelle muselée aux Etats-Unis. Utilisons nos cours de philo, de morale ou de religion pour dénoncer les références à Dieu dans la propagande américaine. Utilisons le temps entre les cours pour mobiliser les élèves, pour les appeler à participer aux actions, aux manifestations, aux pétitions, pour diffuser et faire diffuser tracts, badges, autocollants et affiches. Utilisons notre autorité de maîtres pour contester la voix du Maître, pour démolir les discours de Bush, pour stigmatiser l’inconsistance des dirigeants européens.

Au delà de notre devoir de solidarité envers un peuple agressé, au delà de notre devoir de citoyens épris de paix, au delà de notre volonté de militants opposés au nouvel ordre capitaliste globalisé, il en va de notre légitimité comme éducateurs et comme enseignants. Comment pourrions-nous prétendre exercer une autorité pédagogique sur nos élèves si, dans une question aussi fondamentale, nous ne leur montrons pas que le savoir est porteur de compréhension du monde et de capacité d’action ?

Certains objecteront que ce serait là aller à l’encontre de notre devoir de neutralité. En effet. Dans les circonstances actuelles, on ne peut être neutre qu’en étant complice. Entre ces deux maux, il n’y a pas à hésiter.

Nico Hirtt est physicien de formation et a fait carrière comme professeur de mathématique et de physique. En 1995, il fut l'un des fondateurs de l'Aped, il a aussi été rédacteur en chef de la revue trimestrielle L'école démocratique. Il est actuellement chargé d'étude pour l'Aped. Il est l'auteur de nombreux articles et ouvrages sur l'école.

4 COMMENTS

  1. > L’école en Résistance
    Pour info
    Avis aux parents, professeurs et élèves.

    A la suite de l’attaque contre l’Irak, les élèves du J’M Oxfam de l’Athénée de Morlanwelz voudraient diffuser l’avis suivant, et vous donner quelques suggestions.

    Pourquoi fait-on la guerre?

    Extrait du cours de “Modélisation et Gestion des ressources naturelles 1”, Institut polytechnique de Milan.
    Le coût de la guerre du Golf de 1991: 40 milliards de $ ou 42 milliards d’euros.
    Qui a payé?
    25% financé par les USA (10 milliards de $)
    75% financé par les pays arabes (Koweït et Arabie Saoudite) (30 milliards de $)
    Le prix du baril de pétrole avant la guerre: 15 $ le baril
    Le prix du baril de pétrole après la guerre: 42 $ le baril donc profit estimé :
    60 milliards de $
    Dans les pays arabes est appliquée la règle du partage moitié-moitié : 50% au gouvernement local, 50% à la multinationale qui contrôle le gisement , donc : 30 milliards aux compagnies pétrolières et 30 milliards aux gouvernements arabes (Koweït et Arabie Saoudite)
    Au Moyen-Orient l’extraction et le commerce du pétrole sont totalement aux mains des 7 sœurs (Shell, Esso, Tamoil,…), toutes américaines, et dont cinq appartiennent à l’état américain, donc : 21 milliards au gouvernement américain et 9 milliards aux intérêts privés .

    *

    Donc les USA ont gagné 20 milliards de $.
    Et qui utilise le pétrole, c’est NOUS.
    Les USA ont gagné 11 milliards directement et 49 milliards indirectement.
    Les 40 milliards de $ de dépenses de guerre sont allés dans les industries de guerre qui sont toutes américaines.
    Il est maintenant facile de comprendre les deux événements de l’actualité: la guerre en Afghanistan et la guerre en Irak.

    La guerre en Afghanistan. En instaurant un gouvernement fantoche dans un pays déjà écrasé par 30 ans de guerre, la voie est libre pour la construction d’un oléoduc de 2,500 KM.

    La guerre en Irak. Les USA sont en rupture ouverte avec leur principal fournisseur de pétrole au Moyen-Orient: l’Arabie Saoudite, parce que l’Arabie Saoudite est l’un des pays les plus impliqués dans le terrorisme de Ben Laden, mais aussi parce que l’opinion publique internationale a pris massivement position contre ce pays du fait de son non-respect des droits de l’homme les plus élémentaires. Donc rechercher une alternative pétrolière à l’Arabie Saoudite au Moyen-Orient. Donc faire la guerre en Irak et instaurer un régime fantoche sous le contrôle direct des USA. De plus, ce pays ne peut pas se défendre (la pauvreté engendrée par l’embargo provoque chaque année la mort de faim de 300.00 enfants). l’Irak offre un prétexte facile (dictature de Saddam Hussein, violation des doits de l’homme, non-respect des résolutions de l’ONU). Et l’Irak ne bénéficie pas de la protection d’aucun état puissant.
    Depuis trois mois a éclaté la dramatique révolte sociale au Venezuela, conséquence des conditions de vie désastreuse de la population, dues aux multinationales américaines du pétrole. Le Venezuela est le premier fournisseur de brut des USA.

    Que pouvons-nous faire?

    1. Soutenir toutes les associations qui se battent contre cette guerre inutile (manifestations, pétitions,…).
    2. Accrocher un chiffon blanc à son sac ou suspendre un drapeau de paix ) à son balcon.
    3. Les élèves du J’M Oxfam de l’Athénée de Morlanwelz vous suggèrent pendant une première phase de trois semaines de réduire votre consommation d’essence par divers petits gestes:
    – ne pas prendre la voiture pour des trajets inutiles;
    – réduire sa vitesse sur autoroute de 10 à 20 km/h;
    – privilégier les transports publics et la marche à pied;
    – sortir les vélos.
    Au bout de trois semaines, vous comptez le nombre de kilomètres parcourus sans voiture. Calculez votre économie ( 1 KM = 0,20 euros). Et éventuellement versez cette économie à une association qui milite pour la paix. Prolongez l’expérience. Vous vous sentirez mieux physiquement et mentalement.

  2. > L’école en Résistance
    Cher Nico, nous souscrivons à ton appel auprès des enseignants et c’est pour cela que nous avons affiché ton texte et que nous avons décidé avec quelques professeurs du lycée Rascol à Albi (Tarn) d’organiser une projection des films de M.Moore et de F.Gillery, avec des discussions, entre les élèves et les profs.
    Cependant, c’est dans ce même lycée que la pétition (« pas en notre nom »)laisse un grand vide depuis le début (trois signatures sur 250 profs)et, dans ce même lycée que j’ai entendu un professeur d’histoire se plaindre à haute voix du départ de certains lycéens, aujourd’hui, pour manifester dans la ville avec les étudiants de , l’université, avec ces mots: « pour une fois que je suis d’accord avec Chirac, je ne vais donc pas manifester… A quoi sert de manifester contre la guerre si Chirac est contre?… ». je ne gloserai pas sur ces paroles trop significatives de l’état dans lequels sont les Français actuellement: le syndrome de Vichy n’est pas loin, les signes d’une paponisation du corps enseignant plus que patent.. Mais Cher Nico, cela fait longtemps que nous avons mesuré l’état de soumission des profs en france vis-à-vis de la hiérarchie de l’Education Nationale. On peut dire que la guerre en irak aura manifesté pleinement les comportements si peu démocratiques des Français(et si parfaitement hypocrites après le plébiscite pour Chirac, digne d’une République bananière). La guerre en Irak est bel et bien soutenue par la France malgré la farce jouée par les partis de gauche et de droite derrière le chef de l’Etat « nobélisable ». J’ai honte d’être française… Christine Escarmant et Dominique Pauvert

  3. > L’école en Résistance
    Je reprends un peu le cours de ma lettre précédente, je suis énervée… Ajoutons que nous appelons au boycott radical de tous les produits américains et britanniques… Nous avons déjà lancé l’idée auprès d’Attac; pour l’instant sans résultat… Nous ne sommes que deux individus…L’Aped peut-il relayer ce genre d’appel qui devrait se généraliser. Stopusa existe-t-il en France? Sais-tu comment les contacter?? C.Escarmant

    • > L’école en Résistance
      J’ai l’impression d’avoir à faire à de grands naïfs qui n’ont jamais quitté l’école pour y être en sécurité! Biensur la guerre est horible et rien ne la justifie, mais nous sommes depuis la nuit des temps dans de relations de pouvoir où l’argent règne. Aujourd’hui les américains et demain une autre puissance : regardez la chine, certains pays arabes… Je crains que l’homme est l’aniamal le plus dangereux pour lui même. Ce qui se passe à l’echelle de la planete se passe dans notre pays, entre nous, lors des élections. Qu’est ce qui se cache derrrière la demande d’un minorité corse : le pouvoir hors de toute démocratie. Alors que faire : rester objectif et analyser à partir des faits, rien que des faits.

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