Les vautours du coronavirus 1

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Dans mon quartier-village du centre-ville de Liège, les habitants ont constitué depuis des années une mailing-liste pour toutes les communications utiles. En ces temps de confinement, elle sert à organiser des solidarités pour les courses alimentaires, le partage de lectures, etc.

Puis arrive ceci : « Bonjour à tous, je vous relaie une information provenant d’une start-up liégeoise qui pourrait intéresser celles et ceux ayant des enfants dans le secondaire. Belle journée, B. »

L’information en question ?

« Bonjour,
SOSmaths est une plateforme de soutien scolaire en ligne destinée aux élèves du secondaire. Elle aide les élèves à dépasser leurs blocages, gagner en confiance et devenir meilleurs en mathématiques. Pendant la crise du Coronavirus, son fondateur a décidé de rendre l’accès à sa plateforme gratuit. Cette gratuité est possible parce que les « profs au bout du fil » ont accepté de travailler bénévolement par solidarité avec les élèves qui en ont besoin. SOSmaths lance un appel aux étudiants de l’enseignement supérieur (ingénieur, maths, etc.) pour qu’ils rejoignent la plateforme pour devenir tuteurs bénévoles pendant la période de confinement. Cordialement,
S.S. Créateur SOSmaths, un prof au bout du fil.
 »

Les candides y verront une bonne nouvelle : en ces temps de crise, voilà une offre gratuite, fondée sur le bénévolat, qui peut aider des jeunes brouillés avec les maths, et Dieu sait s’il y en a !Applaudissements nourris, donc !

Sauf que… c’est bien d’une start-up que l’on parle. Définition : jeune entreprise de haute technologie qui présente un potentiel important de croissance. Objectif, à moyen terme, donc : faire du profit en vendant de l’aide scolaire individualisée (21 euros pour 50 minutes en classe virtuelle ou 5 questions). La gratuité n’est ici que de circonstance, la crise sanitaire offrant à la start-up une occasion inespérée de se faire connaître et de se construire une belle image.

Sauf que… comme le soulignent nos collègues de CGT éduc’action, « plus que jamais, enseigner est bien un métier qui s’apprend, qui n’a de pertinence et d’efficacité que lorsque cela se fait en présentiel, avec un lien direct entre personnels et élèves, une interrelation permettant des échanges constructifs. »

Le nouveau rapport à l’apprentissage, « à distance », qui profite de la crise pour s’étendre, juxtaposition d’êtres atomisés, de consommateurs de savoirs-marchandises, dans des conditions d’accès toujours plus inégales, est-ce bien l’humanité que nous voulons ?

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