L’éducation en butte au FMI et à ses programmes d’ajustement structurel : le cas du Cameroun

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L’exemple du Cameroun permet de mieux comprendre comment les programmes d’ajustement structurel du FMI handicapent le développement de l’enseignement dans les pays du Tiers-Monde.

Le Cameroun est sans conteste une jeune nation dont la politique éducative, dès le lendemain des indépendances, est axée sur la démocratisation de l’école. Cette volonté prend appui sur la loi n°63/cor/5 du 03 juillet 1963 dont l’article 1er dispose que « l’enseignement primaire est laïc et gratuit. Il est ouvert à tous sans discrimination de sexe, de confession ou de race ». Dès lors, l’Etat avait exprimé un ensemble de mesures incitatives à l’adresse des jeunes scolarisables. Il en allait de même des subventions substantielles octroyées aux établissements privés.

Au fil du temps, cette détermination s’est illustrée à travers une succession d’engagements au niveau international et par la formulation d’actions stratégiques au plan national. Le Président de la République réitéra cette volonté par décret n° 2001/041 du 19 février 2001. En son article 47, il est dit que « les élèves des écoles primaires publiques sont exemptés des contributions annuelles exigibles ».

La question qui vient à l’esprit est celle de savoir si les facteurs environnementaux, agissant sur le contexte camerounais actuel de l’éducation, ne fragiliseraient pas cette volonté des pouvoirs publics d’offrir la chance à tous les enfants, de toutes les origines sociales, sans distinction de sexe ou de religion, à un égal accès à l’école.

Facteurs handicapants

Il est constant que, pour un développement global et harmonieux, toute jeune nation fait face à un éventail de défis relevant de secteurs différents. S’agissant spécifiquement du secteur éducatif camerounais, les contraintes sont nombreuses et requièrent d’importantes ressources.

Sur le plan démographique, le Cameroun, en pleine croissance, compte aujourd’hui plus de 20 millions d’habitants. La tranche jeune, représentée à plus de 50 %, aspire massivement à l’éducation. Elle attend des réponses appropriées de la part de l’Etat.

Concernant l’aspect socio sanitaire, le pays fait régulièrement face aux endémies et épidémies, à la consommation grandissante des stupéfiants par sa jeunesse… Vulnérables et sans prise en charge médicale, les populations démissionnent de leurs responsabilités parentales, professionnelles ou civiques. Les principales victimes sont les jeunes. Pour la plupart du temps orphelines, abandonnées et/ou analphabètes, elles sont par ce fait portées à se détourner de l’école.

Abordant la question des TIC, vecteur par excellence du phénomène de mondialisation, son impact a bouleversé les valeurs et les modes de vie. La jeunesse, non préparée, appréhende l’avenir avec une approche qui n’adhère plus aux principes établis. De faux modèles sociaux et ceux importés, la soif de modernité, l’envie pressante d’aller voir ailleurs et leur corollaire d’exigences sont à l’origine de nombreux maux qui ont une forte répercussion sur la vision des politiques éducatives.

Le facteur aggravant et le plus tentaculaire est la crise économique. Le recours aux institutions de Bretton Woods a valu au Cameroun la mise en œuvre des mesures drastiques imposées par le Programme d’Ajustement Structurel (PAS). S’en est suivie une litanie de contraintes dont les effets ont été désastreux sur l’offre éducative.
Pendant que le pays traverse ces instants critiques, il apparait bon nombre de phénomènes nouveaux. Des insurrections au pays et dans la sous-région depuis un moment sont venues déstabiliser les institutions et questionner les politiques éducatives.

Répercussions sur le système éducatif et les acteurs

Les mesures restrictives, prises à la demande du FMI, ont sérieusement affecté la situation financière de l’Etat, et par ce biais, le secteur éducatif. C’est ainsi que dans une tentative de réponse à la demande pressante de l’éducation, il a délivré tous azimuts des autorisations de création d’écoles (publiques et privées). Malheureusement, ce phénomène a ouvert la voie à l’amateurisme dans la profession, amplifiant la question de qualification des enseignants et de marchandisation de la chose éducative. En effet, la baisse des salaires a clochardisé la fonction enseignante. L’arrêt des recrutements et la fermeture des établissements de formation ont diminué considérablement le personnel enseignant. Et de ce fait, la qualité du produit s’est terriblement dégradée.

Dans ce contexte de rareté des ressources, le paysage éducatif camerounais a de fait érigé en institution financière les associations de parents d’élèves (APE). Débordant d’initiatives, elles interviennent dans le processus de mise en place et dans le fonctionnement des établissements scolaires. Dans cette optique, les parents sont invités à s’acquitter des frais de cotisation fixés par les APE. Egalement, ils doivent payer des fournitures scolaires à leur progéniture et répondre aux subterfuges des enseignants, soucieux d’arrondir leurs fins de mois. En violant ainsi des dispositions du décret portant gratuité de l’enseignement primaire, de telles pratiques réduisent la capacité d’intervention du parent. Au même moment, elles favorisent la corruption et la mauvaise gouvernance. Au final, elles mettent en péril l’action pédagogique.

Par ailleurs, le climat d’insécurité à l’origine des milices armées, des mouvements de populations, de l’afflux de réfugiés, de la terreur infligée aux jeunes scolaires et aux enseignants dans des régions en insurrection, sont autant de besoins nouveaux qui remettent en question l’offre éducative disponible.

Difficile accès de tous à l’éducation

La pauvreté ambiante a rendu les populations exsangues et par conséquent promptes à échafauder des subterfuges pour leur survie. La jeunesse vulnérable et désarçonnée s’est frayé des raccourcis susceptibles de l’amener à se désintéresser de l’école….
Ainsi, malgré la volonté affichée par l’Etat, il reste établi que le contexte de récession économique et de mondialisation dans leurs effets respectifs, la démographie galopante, les grandes endémies et les stupéfiants, l’instabilité au pays et dans la sous-région … sont à ce jour des facteurs les plus marquants qui mettent à rude épreuve la disposition du Cameroun à répondre, de manière adéquate, à un si large éventail de défis.
Un cumul de maux qui réduit la capacité de l’Etat à faciliter l’accès de tous à l’éducation.

Constance Odile Mbatoumou est présidente du CEMEA Cameroun