Nouvelles grilles horaires : déception prévisible

Facebooktwittergoogle_plusmail

Le Pacte d’Excellence poursuit ses travaux. Le 20 janvier, une journée du consensus a été organisée autour de propositions de grilles horaires qui devraient constituer une première mise en œuvre concrète du tronc commun. Ces grilles ne répondent pas vraiment à nos attentes…

Pas de place pour l’école polytechnique

Les grilles horaires proposées 1Les grilles horaires peuvent être consultées ici : http://www.pactedexcellence.be/index.php/2018/01/30/la-grille-horaire-de-lecole-de-demain-rapport-de-la-journee-de-consensus-du-20-janvier-2018/ incluent dans le temps scolaire habituel l’apprentissage polytechnique. La pratique artistique, la remédiation, les devoirs encadrés et un accompagnement individualisé sont, eux aussi, intégrés aux journées de cours. Vouloir ajouter tout cela dans un temps scolaire inchangé, c’est s’obliger à choisir un nivellement, avec « un peu moins de tout ce qu’on faisait avant » pour faire de la place aux arts et aux technologies. Il est donc impossible d’éviter de choisir des priorités dans les différentes matières. Malheureusement, c’est souvent le recentrage sur les demandes du monde économique qui dicte les choix. Ceux-ci sont orientés pour l’essentiel vers le numérique et les compétences dites de base, vu le nombre de fois où les initiateurs du pacte d’excellence évoquent l’urgence de combler le manque d’informaticiens. Comme on le voit dans les grilles proposées, le résultat sera un affaiblissement des savoirs porteurs de compréhension du monde : sciences et sciences humaines.

Notre vision du polytechnique c’est de découvrir les grands domaines de la production de biens et de services, leurs rapports techniques et sociaux ; ceci implique de l’étude théorique et de la découverte sur le terrain, non seulement du travail manuel mais aussi du travail de conception d’un produit ainsi qu’une réflexion sur l’impact social et environnemental des progrès techniques. Cette vision implique de disposer de beaucoup plus de temps que ce qui est envisagé pour le moment dans les propositions du pacte d’excellence.

L’Aped propose l’organisation d’une étude encadrée et personnalisée en dehors des heures obligatoires, en fin de journée mais aussi le mercredi et le samedi matin, dans une école plus collaborative, qui resterait ouverte à tous. La possibilité d’imposer pour un temps à un élève de participer à ces études devrait constituer le principal outil pour éviter les redoublements et réduire les inégalités.

Combien de temps pour le français et les langues modernes ?

Les grilles horaires proposées pour le tronc commun laissent une large place, plus importante que ce qui est proposé actuellement, aux heures de français. Est-ce bien utile ? Bien entendu, le niveau en écriture/lecture de nos élèves doit être revu à la hausse. Mais le français ne s’apprend pas seulement … au cours de français ! Améliorer la maîtrise de la langue scolaire, c’est la pratiquer à un haut niveau dans TOUS les cours. Faire plus de sciences et de sciences humaines, de la philosophie… c’est AUSSI faire du français. Ceci implique des exigences en termes de recrutement et de formation des enseignants, des exigences en matière de qualité des cours, d’élaboration des programmes, d’utilisation du vocabulaire spécifique etc. Il s’agit d’entrainer les jeunes à manier la langue, plus souvent et mieux que ce qui est demandé aujourd’hui, toutes matières confondues.

En ce qui concerne l’étude des langues modernes, une augmentation significative du nombre d’heures de cours est proposée. Le problème de l’apprentissage des langues ne se pose pourtant pas tant au niveau des volumes horaires que de leur mise en oeuvre. Les immersions sont organisées avec difficulté et de manière inégale. Les classes de langues sont trop peuplées, l’occasion de s’exprimer et donc de pratiquer réellement la langue proposée est peu fréquente. Tous ces facteurs nuisent à un apprentissage de qualité. De plus, on peut raisonnablement supposer que la pénurie des enseignants en langues modernes ne va pas se résoudre comme par enchantement parce que l’école organise plus d’heures de cours.

L’apprentissage des langues serait sans aucun doute beaucoup plus performant dans des plus petits groupes, ce qui motiverait davantage les enseignants soucieux de faire un travail utile, dans de bonnes conditions. Une vraie politique d’échanges linguistiques pourrait aussi redonner un nouvel élan à l’apprentissage du néerlandais. A la fin du tronc commun ou après celui-ci, il serait certainement souhaitable d’organiser, dès le secondaire, des séjours du type « Erasmus » y compris pour les filières qualifiantes. Cela permettrait, non seulement de pratiquer efficacement les langues modernes, mais aussi d’en comprendre la culture et de favoriser l’ouverture aux autres.

La souplesse du temps scolaire

L’idée d’un découpage du temps scolaire permettant de gros « blocs » d’heures d’ateliers, d’expression artistique ou d’immersion linguistique nous semble intéressante. Faut-il l’organiser régulièrement pendant une semaine complète ou laisser plus de souplesse dans l’organisation de ces périodes ? Il serait ainsi possible de concentrer ces blocs sur les après-midi ou sur certaines journées choisies librement par les écoles sans pour autant mettre toute une semaine entre parenthèses.

D’autre part, il est aussi question d’organiser les cours en périodes de 45 minutes, regroupées par deux afin de former un cours de 90 minutes. Des cours de 50 minutes (pouvant d’ailleurs aussi être regroupés par deux) sont présentés comme trop longs et risqueraient de fatiguer les enfants. L’alternance de cours, d’après-midi pratiques, de découverte des arts, de visites et d’activités physiques devraient rendre plus agréables et plus performantes les journées d’école sans qu’il soit nécessaire de réduire de 5 minutes les heures de cours. En effet, vouloir en faire toujours plus dans un temps scolaire sans cesse revu à la baisse nous semble illusoire.

Conclusion

Le pacte d’excellence reste coincé dans des limites étroites et manque d’ambition. Faute de moyens financiers et matériels, faute de courage pour bousculer les routines, ses promoteurs en sont réduits à s’entre-déchirer entre deux visions : celle qui entend élargir le spectre des apprentissages, mais au prix d’un abaissement du niveau, et une celle qui veut recentrer les apprentissages sur « l’essentiel » : les demandes du marché du travail.

References   [ + ]