La force humanisante de l’éducation artistique

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Ce texte est conçu comme un appel à tous ceux qui se sentent concernés par le bien-être et le développement harmonieux de chaque enfant et qui veulent encourager les responsables de l’enseignement et les représentants du monde des arts à unir leurs efforts pour donner un sérieux coup de pouce à l’éducation artistique et culturelle dans nos écoles et de mettre en pratique les nombreuses et très belles propositions qui ont déjà été faites en ce sens.

Je souscris pleinement au projets de tous ceux qui visent à instaurer une intense collaboration entre tous les acteurs impliqués dans l’enseignement artistique. Le moment est venu de réunir et d’harmoniser les savoirs disparates et d’établir une liste des stratégies les plus efficaces dans ce domaine trop peu exploité.

J’espère de tout cœur que notre idéalisme permettra de persuader tous les partenaires qu’il faut offrir à chaque enfant les moyens de découvrir en lui-même les premières étincelles de la chaleur des muses et qu’il faut nourrir le feu naissant de sa créativité par une éducation substantielle et diversifiée en la matière des arts et de la culture.

J’écris le présent texte dans le but d’inspirer tous ceux qui collaborent pour plus d’éducation artistique, en souhaitant qu’ils établissent un programme concret de formation artistique à proposer aux responsables politiques. Ce plan devrait convaincre les décideurs de ne plus considérer l’éducation artistique comme simplement désirable, mais comme un projet à réaliser dans les plus courts délais, ensemble avec les partenaires européens.

Je n’ai pas hésité à m’exprimer dans un langage clair. Si parfois mon propos manque de nuance, c’est que, comme l’auteur du Petit Prince, j’ai été animé par le sentiment de l’urgence. Mon intention n’est nullement de critiquer ou de ridiculiser. Il va sans dire que j’apprécie énormément tout ce qui se fait déjà dans le domaine de l’éducation artistique. Mais il s’agit maintenant d’avancer et il faut pour cela mobiliser les esprits.

 

L’enseignement dans une société en mutation

Pendant toute ma carrière d’enseignant, j’ai remué ciel et terre pour promouvoir l’éducation artistique. J’ai toujours pensé que le rôle de l’enseignement n’est pas seulement de suivre attentivement l’évolution rapide de la société actuelle, mais tout autant et plus encore de participer activement à la création de la société de demain. Nos enfants doivent évidemment apprendre tout ce qui leur permettra de gérer le monde extérieur, mais n’est-il pas plus important encore qu’ils apprennent à se gérer eux-mêmes ? L’éducation artistique et culturelle est sans doute le meilleur moyen pour permettre au plus grand nombre de se forger une personnalité stable et de se socialiser sans heurts. Un enseignement qui se limite à doter les enfants de toutes les qualités qu’on attribue généralement aux robots, et ne tend qu’à les préparer à la production et à la consommation, me semble une perversion. C’est réduire l’être humain à un rouage muet de la machine, une pièce détachée prête à tourner sans poser de questions.

Le danger que court l’enseignement aujourd’hui, c’est de se laisser entraîner dans une course folle à l’efficacité économique. Cette logique nous promet la désorientation et la perte de sens que Chaplin a si bien mis en images dans Modern Times.
On voit aujourd’hui de plus en plus d’écoles suivre le modèle méritocratique anglo-saxon où l’on juge de la valeur d’un établissement et d’un type d’enseignement selon son apport sur le long terme au PNB. Je trouve cela hallucinant. Une telle approche déshumanise l’enseignement et sacrifie l’âme de nos enfants au profit. Je me demande sérieusement si les responsables pédagogiques ne se laissent pas systématiquement guider par des préoccupations extérieures au domaine de l’école. Les programmes qu’ils conçoivent déçoivent. Il me semble qu’ils ont complètement perdu de vue que l’enfant n’est pas un produit à fabriquer, mais une âme à nourrir et un esprit à former.

L’expérience m’a appris que de nombreux responsables qui créent les programmes scolaires à partir de leurs tours d’ivoire, ne se posent pas de questions sur les choix fondamentaux sur lesquels reposent leurs systèmes. Ils s’occupent continuellement d’apporter des mises au point et des réparations à leurs constructions et celles-ci deviennent de plus en plus impraticables. Malgré leur zèle exemplaire et leur bonne volonté, que je n’oserais mettre en doute, ils ne parviennent pas à se libérer du préjugé que l’enseignement doit être un puissant moteur pour le PNB et donc préparer les jeunes à la société de consommation. Ils ne parlent que de professionnalisation et de rationalisation, comme si l’école devait devenir une fabrique. Obnubilés par le désir de transformer les écoles en des établissements rentables et les élèves en apprentis modèles, ils ne parviennent pas à penser ‘out of the box’. Celui qui ne croit pas nécessaire de grimper jusqu’au sommet de la colline pour regarder le paysage de loin et s’assurer d’une vue d’ensemble, n’est bientôt plus capable d’auto-critique. Il développe des systèmes dont le sens ne peut plus être mis en question. Il façonne des dogmes et se contente de nier l’inefficacité des projets qu’il développe, tout en apportant sans cesse de nouveaux changements qui ne font que compliquer le travail de tout le monde. Un pédagogue qui perd de vue le point de départ du système, qui est le désir d’apprendre des jeunes, perd le contact avec la réalité. Et la pensée méritocratique l’amène à construire une tour de Babel. Tout le monde sait comment cette histoire se termine…

 

Nourriture humanisante et contre-poison

La recherche obsessionnelle du rendement économique crée dans l’enseignement une rapide perte de chaleur humaine et mine l’enthousiasme nécessaire des enseignants. C’est pourquoi je plaide pour l’instauration d’un enseignement artistique et culturel digne de ce nom depuis l’école maternelle jusqu’à la dernière année de l’enseignement supérieur. Je tiens à ce que nos enfants et nos jeunes deviennent beaucoup plus que des ‘idiots utiles’, qu’ils apprennent à penser, et par là à comprendre et à respecter les autres. Dans ce monde qui devient chaque jour un peu plus complexe, je veux les amener à trouver du sens et de la joie, ce qui me semble un investissement plus rentable que les actions de la firme ‘Ego et Toujours-Plus’.

 

Le chemin du cœur – de l’expérience au langage profondément vécu

Les enfants ont droit dès le plus jeune âge à un regard ouvert sur les choses de la vie et pour cela il faut leur fournir les moyens de découvrir d’une façon très personnelle le monde sous tous ses aspects. Je crois qu’il faut leur donner la liberté de contempler le monde dans toute sa pureté, afin que se produise dans leur esprit ce grand étonnement qui éveille en eux le désir d’apprendre. Les enfants sont extrêmement curieux, ils veulent découvrir et comprendre. Or ils ne demandent pas à être gavés comme des oies d’un savoir qui ne fait que leur enfler la tête. Là où l’émerveillement est réel, l’apprentissage devient un jeu. ‘Faites de vos leçons un voyage vers l’inconnu.’ dit Malaguzzi. ‘Il ne faut pas vouloir apprendre à un enfant ce qu’il peut découvrir par lui-même, car ce qu’il découvre et digère à sa façon s’intègre mieux et ne sera plus jamais oublié.’ 

Pour éveiller la curiosité de l’enfant et rendre possible cet émerveillement, il faut éviter de lui présenter la matière par petits morceaux professionnellement découpés et fourrés dans des moules artificiels, ‘one size fits all’.

Je préconise qu’on libère une fois pour toutes ‘les autoroutes de l’expérience multi-sensorielle’ de la tutelle des experts, qu’ils soient pédagogiques ou autres, et de toute programmation autoritaire. Il faut permettre aux enfants d’assimiler bras ouverts tout ce qui les entoure, et cela d’une façon très personnelle, sans leur imposer ce que les autres pensent et sentent et veulent. Il s’agit donc de leur permettre de découvrir le monde à leur guise et de seulement ensuite leur fournir les explications nécessaires par le biais des langues, des mathématiques et de la science que je considère comme les moyens d’analyser, d’intégrer et d’évaluer ce qu’ils ont découvert d’abord par l’expérience vécue. Et pas l’inverse ! Je me rends très bien compte que cette façon de procéder, qui consiste à partir de l’expérience personnelle et du vécu de l’élève et non plus d’un programme préfabriqué imposé à tous, demande un retournement de 180 degrés. Mais ce retournement, les vrais pédagogues comme Freinet, Petersen et Vigotsky le demandent depuis longtemps. Ces vrais pédagogues ont démontré la plus grande richesse d’un savoir acquis à travers l’expérience vécue par rapport au savoir selon le dictionnaire et la pure sémantique. (En 1923 mon grand-père disait déjà : il faut mener les enfants dans le jardin, sous le pommier. Il faut qu’ils le sentent, l’embrassent, qu’ils cueillent les pommes et y mordent à pleines dents, qu’ils en fassent de la confiture, et c’est seulement après qu’ils comprendront ce qu’en classe on leur expliquera sur les pommes.)

Tout le monde comprend sans peine que la réalité se présente dans une lumière froide et lointaine à ceux qui ne la connaissent qu’à partir des formules et des théories apprises en classe. La réalité est tellement plus riche que ce que nous pouvons en saisir avec les mots. Il faut la présenter aux enfants dans toute sa diversité et sous tous ses aspects.

‘Ouvrons les écluses du sens au lieu de les fermer dès l’enfance. (Et si tu as oublié le code secret des écluses, essaie alors peut-être une fois avec A-R-T, c’est ma devise.)

 

Approfondir

Sans approfondissement, sans questionnement, il n’y a pas d’humanisation possible ; chercher du sens ; se comprendre mieux soi-même et les autres et la société si complexe. Cela est incompatible avec la survie superficielle et la froide pensée biologiquement déterminée. Cela fait de la place à l’émerveillement profond et au mystère…, à tout ce qui ne s’explique pas par les mots, pas par les formules mathématiques…, ni par les théories scientifiques. Cela ouvre les portes vers ce qui nous fait arrêter bouche bée, ce qui, sans que nous puissions l’expliquer, nous touche, nous fait rire, pleurer, danser, être joyeux, mais aussi par moments nous met en colère et nous désespère. Cela nous ramène à ce dont nous ne savons que répéter : ‘Je voudrais te le dire, mais je ne peux pas.’ C’est ‘beyond words, thoughts…’ Ce dont Henry Moore disait : ‘Among those who understand, you say ‘ho and ha’ and everything has been said.’

Il existe évidemment de nombreuses façons d’intégrer dans l’enseignement cette pensée plus profonde et cette recherche d’un sens plus fondamental. Il faudrait en tout cas accorder beaucoup de temps dès le plus jeune âge à ce qu’on est trop souvent tenté d’appeler les ‘matières inutiles’, qui toutes sont à classer sous l’éducation culturelle. Je pense d’abord aux sciences humaines, la philosophie, l’initiation à la psychologie et à la sociologie. Ces choses peuvent à mon avis déjà être introduites sous une forme simple à l’école maternelle. Elles devraient en tout cas figurer au programme de toutes les options et de tous les niveaux de l’enseignement secondaire. Malheureusement, ces sciences humaines modernes sont traitées comme des parias. Toutes les filières de l’enseignement secondaire devraient se montrer dignes de cette belle appellation d’humanités, mais ceci dans le sens originel du terme : ‘chemin vers l’humain’. C’est précisément pour cette raison que ces sciences de l’homme devraient partout figurer parmi les priorités. Je ne comprends pas du tout pourquoi on limite l’étude de ces matières à la seule option des sciences humaines. Et d’où vient ce mépris de l’éveil et de l’éducation artistique, qui est peut-être le chemin le plus court vers une approche plus intense et plus humaine de la réalité ? Nous ne le comprenons pas, mais nous espérons que dans les discussions autour du renouvellement de l’enseignement secondaire et des objectifs de qualité de l’enseignement primaire, on prendra très au sérieux la mise en place d’une éducation culturelle digne de ce nom (personnellement je pense aux sciences humaines et à l’éveil artistique). On ne peut pas continuer éternellement à bannir du processus éducatif tout un domaine du savoir et une méthode d’apprentissage que l’humanité entière juge extrêmement significatifs et importants. On pourrait finir par accoler au décideurs, s’il continuent à nier ce fait, l’épithète d’irresponsables.

 

Éveil artistique : qu’en est-il ? Que pourrait-ce être ?

J’y souscris donc : il nous faut briser une lance pour toutes ces matières so called ‘inutiles’, mais ce que je veux défendre et faire avancer en écrivant ce texte pour MUZES, c’est l’implémentation de l’éveil artistique dans toutes les options et tous les niveaux de notre enseignement. J’emploie le terme ‘éveil artistique’ (on discute beaucoup sur les termes – éducation culturelle – formation esthétique – formation artistique – formation musicale, etc.) parce que nous pouvons l’appliquer à tous les niveaux de l’enseignement. Nous parlons d’éveil artistique pour l’école maternelle et plus tard nous élargissons le terme et parlons d’éducation artistique.

Dans ce qui suit je décris ce que je considère personnellement être une belle formation artistique, ce que les programmations prévoient dans ce domaine, quelles sont les chances que le projet soit réalisé, et je donne en plus ma vision personnelle sur ce que devrait être l’éducation artistique dans l’enseignement secondaire.

 

Éveil artistique dans l’enseignement primaire

Pour vraiment comprendre l’essence de l’éveil artistique nous aimons partir de la sublime phrase de Loris Malaguzzi (fondateur des écoles Reggia Emilia), qui décrivait ainsi l’appauvrissante approche de notre enseignement robotisant : ‘Regardez les enfants dans la cour de récréation, regardez-les dans leur classe, regardez-les dans le cercle familial… ils parlent des centaines de langages : ils rient, chantent, sautent, grattent, caressent, ronronnent, gambadent, raclent une pierre contre un mur, se tiennent recroquevillés dans un coin, construisent des images avec des feuilles d’arbres… mais toujours, oui toujours ils nous racontent quelque chose et ce quelque chose est si important ! Ils emploient cent moyens de communication. Pourquoi, oh pourquoi leur enlevons-nous nonante-neuf de ces cent langages pour qu’ils ne conservent que l’italien ?’

En fait Malaguzzi fait référence à l’amputation de tant d’antennes et de langages que possèdent nos enfants et nos jeunes, et l’obstruction ainsi faite au développement de l’énorme potentiel qui est en eux. C’est une dénonciation de l’approche unilatérale, froide, purement cognitive de l’apprentissage.

 

Le développement d’un multilinguisme de la créativité

L’essence même de la formation artistique et culturelle dans notre enseignement primaire est le suivant : faire sentir aux enfants qu’on peut raconter aux autres d’une façon très personnelle comment tu ressens et comprends la réalité autour de toi par des images, de l’expression dramatique, du mouvement et des médias.

C’est une initiation par les langages (les formes de communication) créatifs et non pas par l’exercice imposé de techniques créatives. C’est laisser libre cours au multilinguisme créatif et artistique ; une mise en route vers la compréhension de centaines de langages faits d’images, de sons, de mouvements, de drames et de médias.

Ces langages créatifs et artistiques étant plus sensoriels et plus directs, nous touchent plus directement que les mots et les phrases (est-ce que nous ne nous servons pas volontiers nous-mêmes en tant qu’adultes de ces langages?), et nous font voir l’importance de nous en servir fréquemment auprès des enfants, afin qu’ils découvrent la réalité par tous leurs sens et qu’ils s’en servent pour s’exprimer. Nous comprenons aussi que ce qu’ils ont ressenti de cette manière devient une base beaucoup plus fiable pour acquérir le langage articulé. Ce qui est très important aussi, c’est que les enfants se rendent compte dans les cours de créativité artistique, que les langages artistiques qu’ils possèdent leur permettent de raconter des sensations qu’il est impossible de saisir par les mots. Peut-être devons-nous laisser ici la parole au Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry : ‘L’important est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le cœur.’

Les objectifs pédagogiques de qualité pour l’enseignement primaire définissent cinq domaines de l’éveil artistique : l’image, la musique, le mouvement, le drame et les médias. Il est important que ces différents domaines soient exploités de manière équilibrée, parce qu’ils amènent chacun une expérience différente et donnent dans leur ensemble une impression plus large et plus complexe de la réalité et enrichissent en même temps l’expression de la sensibilité.

PS : Nous nous rendons bien compte qu’on peut discuter sur le sens du mot ‘langage’ et que certains prétendent que le son et l’image ne sont pas des langages… (vieille controverse entre linguistes), mais nous employons pourtant ce mot parce qu’il remplace à notre avis avantageusement ‘moyen de communication’ et que nous savons que tout le monde comprend très bien ce que nous voulons dire.

 

Toujours raconter quelque chose

Il est important qu’une activité d’éveil artistique et créatif permette aux enfants de réellement raconter quelque chose à travers le moyen de communication qui leur est offert ou qu’ils ont eux-mêmes choisi. (Les exercices d’imitation pure et le bricolage en groupe peuvent s’avérer utiles pour l’apprentissage de la fine motricité, mais ne peuvent pas être considérés comme artistiques, puisque l’élève n’y raconte rien de personnel.)

La muse qui vit au sein de l’enfant et possède sa propre histoire doit pouvoir s’exprimer librement. C’est pour cette raison que dans le cadre de l’éveil artistique nous parlons de ‘lignes parlantes’, ‘formes parlantes’, ‘couleurs parlantes’, ‘sons parlants’, ‘mimiques parlantes’, ‘mouvements parlants’, ‘photos parlantes’, ‘rythmes imagiers parlants’…

C’est aussi à cause de cet aspect parlant, aussi étonnant que ce soit pour les enseignants, que je résume l’importance de l’éveil artistique en trois objectifs principaux : je cite :

Celui qui pratique l’éveil artistique de façon intense, se pose comme but que :

1/ L’enfant apprenne à se connaître mieux lui-même, à se comprendre et à s’accepter.
2/ L’enfant apprenne à mieux connaître les autres, à les comprendre et à les accepter.
3/ L’enfant apprenne à mieux connaître le monde extérieur, à le comprendre et à l’accepter.

Ces objectifs impliquent aussi ce que nous avons déjà décrit : le fait que tu accentues les choses d’une autre façon, plus large et plus riche, que par la sémantique seulement.

Note : Nulle part les objectifs pédagogiques de qualité ne stipulent que les enfants doivent être capables de copier parfaitement un vase rempli de fleurs, qu’ils doivent savoir lire une série de notes écrites, danser le cha-cha-cha à la perfection… Il y est seulement prévu que nous devons leur donner l’occasion d’exprimer leur ‘sentiment propre’ à l’aide de divers langages artistiques et créatifs. Trop souvent les enseignants pensent qu’ils doivent apprendre des techniques et des formes d’expression à leurs élèves et leur faire faire des exercices pratiques répétitifs.

 

Regarder, considérer, scruter, observer, contempler…

Avant d’être une initiation à la créativité, l’éveil artistique est un voie royale vers la contemplation active. L’enfant apprend à regarder et à écouter, il interroge du regard, il observe, il scrute : la danse, le drame, la musique, l’image et les médias sont autant de domaines qui exigent une attention visuelle et auditive intense. Dès lors qu’on encourage les enfants à s’y engager et qu’on leur laisse cette liberté d’action qui les oblige à des choix personnels, l’observation, la réflexion et l’échange des impressions avec les autres s’enrichissent à merveille. Les yeux s’ouvrent pleins d’étonnement sur tout ce que l’art a produit et produit encore partout dans le monde.

On recherche toujours un équilibre entre l’activité créatrice et la réflexion contemplative. Il s’agit donc de donner autant d’importance à l’impression qu’à l’expression : attention silencieuse devant les créations des autres et expression enthousiaste du sentiment personnel.

Les enfants examinent leur propre travail et disent ce qu’ils en pensent. Ils examinent le travail des autres et apprennent à formuler leur opinion de façon nuancée. Ils examinent aussi les œuvres de tant d’artistes partout dans le monde et de tous les temps. De Lascaux à Borremans, d’Afrorythmes en passant par Beethoven jusqu’à Stromae et plus.

De cette manière on apprend aux enfants à regarder et à écouter… et à ne pas simplement voir et entendre. On insiste beaucoup sur la nécessité de la concentration et de la réflexion : on leur donne la possibilité de méditer sur leurs impressions afin que chacun arrive à s’exprimer avec discernement selon sa sensibilité.

Il va de soi que cet examen approfondi ces langages artistiques divers mène à une meilleure compréhension de ces langages et en permet en partie aussi d’apprendre à les parler. Bien que cela ne s’applique pas sans plus pour les langages artistique (car on peut travailler de façon expérimentale), un enfant peut profiter énormément de la confrontation visuelle et auditive avec les œuvres des grands maîtres.

La contemplation ouvre aussi la porte vers l’émerveillement. Et pour cela il n’y a pas d’âge. Qui ne laisse pas tomber sa bouche ouverte à la vue d’un Rembrandt ou d’une danse d’Anne Thérésa Dekeersmaecker, à l’écoute d’un lied de Schubert ? Celui qui se laisse happer par l’œuvre ressent un émerveillement enfantin et une joie intense.

Dans le cadre de l’éveil artistique nous recherchons donc de façon très consciente à obtenir un équilibre entre la contemplation et la création. Il faut réserver autant d’attention à la contemplation (se laisser toucher par les créations des autres et les interpréter), qu’à l’expression des idées personnelles, les sentiments et les impressions, ce que nous appelons ‘créer’.

On constate que la contemplation n’est que très peu prise en compte et que, bizarrement, les enseignants ne pensent pas que ce soit une activité vraiment d’éveil artistique. Les en convaincre est pour eux un grand soulagement et apporte aux enfants un gain précieux.

 

Spécificité de chaque enfant

L’éveil artistique véritable met l’accent d’abord sur ‘la spécificité de chaque enfant’. L’authenticité, la véracité et la libre expression des sentiments sont les conditions premières de l’existence du beau.

L’éveil artistique est incompatible avec une approche pédagogique où les enfants sont comparés les uns aux autres selon des critères fixes préétablis. Nous pensons que chaque enfant qui nous fait part de l’émerveillement de ses découvertes en partant de ses moyens, qu’ils soient importants ou limités, nous raconte des choses valables et que surtout la sincérité de son récit importe.

En fait chaque petit travail exécuté par un enfant nous présente un auto-portrait… et il est indéniable qu’un enseignant engagé reconnaît immédiatement le travail d’un enfant parce qu’il y voit sans peine le propre de l’enfant. Il faut en tout cas faire attention à ne pas manipuler ni programmer l’impression de l’enfant pour que son travail soit conforme à ce que nous attendons de lui. C’est l’enfant qui détermine ce que nous allons voir. Nous ne sommes pas supposés déterminer nous-mêmes ce qu’il nous fera voir.

De la même façon, en ce qui concerne l’expérience vécue par l’enfant devant l’œuvre d’art, nous nous concentrerons sur la façon particulière de voir et de s’exprimer de chaque enfant. On lui apprendra à formuler de manière délicate ce qu’il trouve de ce que les autres ont créé. Il a droit à son opinion et il accepte que les opinions diffèrent parce que chacun interprète la réalité à sa façon. Petit à petit les enfants découvriront que la multiplicité des interprétations est une valeur en soi et que toutes les formes d’expression qui s’ensuivent forment un arc-en-ciel qui enrichit les esprits et réjouit les cœurs. C’est aussi par ce moyen que nous pouvons faire germer un grand respect et une acceptation de la multiculturalité.

 

Découvrir au lieu de répéter

L’éveil artistique permet aux enfants de découvrir toutes ces formes d’expression à travers l’expérience et d’arriver ainsi à une créativité personnelle. Ce résultat n’est pas obtenu en lui demandant d’imiter sans plus des formes stéréotypées ou en lui imposant un entraînement technique intensif. Le processus qui part de l’impression première et va ensuite par l’exploration et l’expérimentation jusqu’à l’expression personnelle est extrêmement utile pour arriver à réaliser les trois buts essentiels, et la liberté offerte là, et surtout aussi la façon délicate d’accompagner le trajet, garantira la véracité et l’authenticité de l’expression de l’enfant.

 

L’enseignant compagnon de route

Le maître d’éveil artistique est un compagnon de route, un coach, pas un prof. Il respecte à 200 % l’unicité de chaque élève et lui procure les moyens nécessaires (lieu, temps, motivation, impression, matériel, conseil…) pour qu’il parvienne à exprimer ce qu’il a en lui de plus profond. Il accompagne et – à la demande – aide l’enfant, toujours à l’écoute des désirs de l’enfant, jamais les déterminant. Il travaille et engraisse le sol artistique où chaque fleur qu’est un enfant peut croître à sa guise et fleurir. Mais ce n’est jamais lui qui décide quelle sera la fleur.

 

Une erreur qu’on voit fréquemment

De nombreuses écoles font de grands efforts pour donner toutes les chances à l’éveil artistique. Mais une erreur souvent commise est de penser que le nombre d’heures qu’on peut y consacrer a été fixé par les instances. Nulle part n’est précisé le nombre d’heures qu’il faut consacrer à tel ou telle matière. On ne demande aux écoles que de travailler intensivement à la réalisation de tous les objectifs pédagogiques et de réaliser ceux-ci dans les délais prévus par la loi. Les différents organes coordinateurs de l’enseignement ont prévu chacun leurs propres programmations et l’inspection recommande de consacrer à chaque matière un certain nombre d’heures, mais accorde une large liberté aux établissements. (La maison d’éveil de ‘De Wonderfluit’, une école primaire gantoise, réserve 9 heures de cours par semaine à l’éveil artistique et a obtenu une évaluation positive de l’inspection.)

 

Education artistique dans l’enseignement secondaire ?

En ce qui concerne l’éducation artistique dans l’enseignement secondaire, je constate malheureusement qu’on abandonne les précieux principes de l’éveil et qu’en première et seconde année on se limite à une petite heure de musique et une heure d’arts plastiques et qu’en plus on choisit des formes de travail rigides qui n’inspirent pas à la créativité. Il n’y a pas de place prévue pour l’éducation gestuelle (dansante), ni pour le drame ni pour la création par médias.

A partir de la troisième année on voit que la musique et l’image sont délaissées et qu’il ne reste que le cours d’esthétique, sauf pour les élèves des humanités artistiques. Certaines filières techniques et professionnelles laissent une certaine place à la musique et à l’image, mais la danse, le drame et la création par médias ne sont pas implémentées.

 

La question pressante du pourquoi

Puisque nous sommes si nombreux à dire et à répéter que l’éducation artistique est un des piliers les plus importants de l’enseignement ‘humanisant’, je ne puis que m’étonner du peu d’enthousiasme que celle-ci suscite auprès des responsables de l’enseignement. Si en plus nous sommes convaincus que c’est un pilier de base sur lequel une société vraiment humaine doit se construire, pour la bonne raison que l’art est ce qui donne de la couleur et un sens plus profond à notre vie, je n’y comprends plus rien du tout.

Mais il y a plus. Si nous prenons au sérieux l’éveil artistique dans l’enseignement primaire, je ne vois pas pourquoi nous ne pouvons pas continuer dans cette voie dans l’enseignement secondaire. Ce terme de formation artistique peut à mon avis être étendu aux humanités en leur totalité. Je ne vois pas pourquoi cela ne serait pas faisable.

Soyons honnêtes : est-ce qu’il est possible de concevoir une raison pour laquelle il serait défendu de s’exprimer encore par le dessin une fois qu’on à douze ans ? Ou par la danse et le drame, ou par les médias ? Peut-il y avoir une raison pourquoi il serait soudain défendu de voir et d’entendre comment les autres s’expriment dans tous ces langages, comment des artistes se servent de ces langages comme de leurs propre langage et même, n’expriment l’essence de leur message qu’à travers ces langages-là ? Serait-il possible qu’il y ait une vraie raison pourquoi la création artistique par le moyen d’un de ces cinq langages et la continuation de l’effort de s’exprimer en toute sincérité et authenticité ne serait plus aussi important à cet âge-là  ? Malgré tous mes efforts pour comprendre, je ne trouve aucune raison et je ne puis que le regretter.

 

Conservez la formation artistique à travers tout le parcours scolaire

Ces cinq domaines de l’éveil artistique doivent à mon avis être mis en place dans toutes les écoles secondaires. De la première à la sixième année. Et là aussi il faut accorder à la contemplation une place aussi importante que celle qui revient à la création et il faut continuer à veiller à ce que la spécificité de chaque enfant soit garantie.

Nous pouvons espérer que les cinq domaines qui seront inscrits dans les programmes pour le premier degré seront vraiment implémentés et que les horaires seront adaptés en ce sens. Nous ne pouvons qu’espérer que ce sera basé sur les principes de base de la véritable éducation artistique et qu’on ne cherchera pas à introduire des spécialisations et qu’on évitera l’exercice répétitif de certaines techniques. Ce qui importe surtout, aussi à cet âge du jeune adolescent, c’est ‘pouvoir’ et surtout ‘oser’ s’exprimer de façon tout à fait personnelle. Cela n’est possible que si on accepte de partir du vécu de l’élève même et de cesser de vouloir remplir les têtes des élèves de théories sur l’art.

Pour les deuxième et troisième degré, je plaide pour que les jeunes puissent avoir l’occasion de s’exprimer dans un, et si possible dans plusieurs et de préférence dans chacun des cinq domaines. En d’autres mots, je préconise l’introduction de projets artistiques permettant aux jeunes des deux degrés supérieurs de l’enseignement secondaire de créer de façon autonome dans tous les domaines. Je ne vois pas pourquoi à cet âge-là ils ne danseraient plus ou ne s’exprimeraient plus par le drame, les médias modernes, les images et la musique.

Je ne puis me retenir de m’arrêter ici pour m’indigner devant ce raisonnement bizarre des pilotes du système éducatif qui décident de ce qui se passe dans le secondaire. Leur position est celle-ci : on les laisse s’initier à ces cinq domaines dans l’enseignement primaire et après on les laisse décider (lorsqu’ils ont par exemple l’âge d’aller vers l’enseignement artistique) s’ils veulent continuer sur cette voie ou pas. Ils n’ont plus besoin de cette formation artistique. Alors je m’énerve et je réponds : Ah, bon ? Et pourquoi ne suit-on pas le même raisonnement pour l’éducation physique ? Et pourquoi veut-on implémenter les mathématiques et les langues et les sciences dans toutes les options ? Il faut donc que vous pensez que l’éducation artistique n’est pas importante, et bien plus, inutile ? Suit alors un long silence, si pas l’affirmation pure et simple de leur conviction qu’on n’a pas besoin d’art pour vivre heureux. Alors je souris pour ne pas exploser.

Dans l’enseignement primaire les cinq domaines d’apprentissage, la langue, les maths, l’ouverture sur le monde, la gymnastique, et l’éveil artistique sont décrits comme ayant chacun la même importance. Et si on réfléchit bien, on comprend que ce n’est que de justesse, puisque c’est bon pour chaque individu. Que ce soit précisément l’éducation artistique qu’on néglige, m’irrite beaucoup… parce que je ne saisis pas pourquoi, mais surtout parce que je sais que c’est là un énorme appauvrissement de notre enseignement général et pour chaque jeune une amputation pénible des moyens d’expression, une asphyxie de l’expérience du réel et un piège où la beauté et la vérité risquent de sombrer dans l’insignifiance. Je ressens cette vive indignation depuis longtemps et j’espère qu’elle ne m’abandonnera pas… jusqu’à ce que… qui sait ?

 

Un plus grand accent sur l’observation et une osmose avec les sciences humaines

Que la contemplation artistique dans le secondaire doit aller toujours en s’approfondissant, me semble une évidence. Avec cela je suis convaincu que l’histoire de l’art (parfaitement intégrable dans les projets) doit figurer partout au programme. Il faut réfléchir et philosopher sur l’art dans toutes les filières de l’enseignement en il faut montrer aux jeunes l’énorme importance sociologique de l’art dans notre société. A côté de cela je crois fermement qu’on peut faire comprendre aux jeunes combien l’art est important pour leur propre bien-être émotionnel et leur équilibre psychologique.

Ce que je veux dire est ceci : dans l’éducation culturelle dans l’enseignement secondaire la création artistique, la contemplation artistique, la psychologie, la philosophie, la sociologie et la compréhension des différentes formes artistiques de partout dans le monde depuis la préhistoire jusqu’à aujourd’hui et demain doivent aller main dans la main. Les sciences humaines (et j’y inclus l’histoire) et l’art doivent être présentés comme frère et sœur dans l’éducation culturelle générale, ou comme des amoureux, si vous trouvez cela plus beau et plus poétique.

Je ne doute pas que cela puisse se faire dans le cadre de projets globaux passionnants dans lesquels peuvent participer les professeurs de langue, de maths et de sciences exactes. Il n’existe pas de sujet, pour autant que je sache, où l’on ne puisse intégrer l’éducation artistique et en tirer grand profit.

Qu’on le veuille ou non, si on veut faire des jeunes des adultes chaleureux et humains, qui acceptent volontiers de construire une société chaleureuse offrant à tous la possibilité d’être authentiquement soi-même et de devenir heureux en toute beauté et vérité, on est bien obligé de constater qu’une table de l’enseignement, si l’on veut qu’elle soit stable, a besoin de cinq pattes et non de quatre.

 

Résumé et appel à la mobilisation

Je me suis limité dans ce texte au point de départ que l’éveil et l’éducation artistique donne aux enfants et aux jeunes l’occasion de laisser pénétrer le monde qui les entoure de façon multi-sensorielle et leur offre la possibilité de communiquer multi-sensoriellement aux autres par des langages artistiques ce qui vit en eux.

J’ai démontré que l’art donne une signification plus profonde, plus chaleureuse, plus colorée et plus vécue aux choses , parce qu’il introduit une approche différente de la réalité. L’art ne reproduit pas le visible, l’art rend visible (Paul Klee). La nature est en profondeur et non pas en surface (Cézanne).

J’ai soutenu qu’en se servant de l’art comme moyen de communication on assimile la réalité autour de soi et que c’est tout autre chose que si elle nous est apprise dans des ‘leçons’. Permettez-moi d’illustrer ce point par quelques exemples. Même si nous avons par exemple lu des tas de livres sur la dépression et que nous comprenons comment elle survient, ce qui se passe dans le cerveau, comment les médicaments peuvent y remédier… cela ne nous apprend rien sur la souffrance profonde que vit celui qui en est victime, ni sur le doute profond et les angoisses que ressent celui dont le conjoint est dépressif. Il est probable que la ‘Laitière’ (1658) de Vermeer raconte cent fois plus sur la beauté d’une vie simple que toutes les définitions de la simplicité rassemblées. Et soyons honnêtes : qui est en mesure d’exprimer par des mots ce que tu ressens en voyant la chapelle de Rothko ? Où en écoutant Strange Fruit de Nina Simone ? En voyant la dernière scène de Montand dans Manon des Sources, quand il apprend qu’elle est sa petite-fille ? Il ne nous reste devant toutes ces merveilles que ‘dass stilles stummes schweigen’ alors que notre être intérieur reçoit juste à ces moments-là un message si sensé et si consolant.

L’art est de tous les temps et à toujours joué un rôle primordial pour la convivialité des gens et surtout aussi par son pouvoir de rassemblement. L’espoir que l’art pourra sauver le monde n’est peut-être pas un espoir de rêveurs mais de réalistes au regard perçant, et très certainement de pédagogues de bonne volonté.

Et précisément à cause de tout ce qui est écrit ci-dessus, la tête me tourne encore quand je m’aperçois que, malgré tous les efforts, malgré tant de belles et précieuses initiatives, malgré tant de conviction que l’art est vraiment nécessaire, l’éducation artistique est si négligée dans nos écoles et n’est pas vue comme allant de soi.

Je ne veux pas du tout être négatif (même si ici et là j’ai pu vexer), je ne veux pas du tout prendre un ton dénigrant par rapport aux gens qui s’engagent quotidiennement dans notre enseignement, car il se passe tant de choses positives. L’honnêteté m’oblige d’ajouter par exemple que c’est une donnée que l’éveil artistique est pris beaucoup plus au sérieux dans l’enseignement primaire qu’il y a vingt ans… Mais il y a la peur d’y aller à fond en de miser encore davantage sur plus de formation artistique.

A côté de cela, j’espère que l’enseignement secondaire trouvera le chemin vers l’éducation artistique et une éducation culturelle générale poussée, et que celle-ci sera implémentée dans toutes les options et servira de pilier de base ensemble avec les sciences humaines modernes à une humanisation profonde des jeunes.

A vous tous qui le lisez, je vous demande de vous unir et de pousser plus loin la réflexion profonde. Vous pouvez vous inspirer de ce texte, l’approfondir, le relire d’un œil critique, le retravailler. Vous êtes nombreux à pouvoir ajouter des études importantes et des textes précieux à chaque aspect qui a passé la revue afin de rendre sa valeur de vérité plus objective.

Mais surtout : vous êtes nombreux à pouvoir aider à réunir les divers acteurs concernés par l’éducation artistique, puisque vous êtes passionnés depuis si longtemps par le sujet même. Vous êtes capables de donner de très nombreux exemples de bonnes pratiques et à partir de vos expériences positives vous pouvez ajouter à la motivation des autres.

De cette manière nous pouvons tous ensemble sans aucun doute proposer un large cadre de réflexion aux responsables des programmes didactiques qui décideront si l’art peut vraiment – doit vraiment – recevoir la place qui lui revient.

A nous donc de montrer de façon sincère à tous ces gens-là plus-value de l’art. Nous ne les convaincrons pas par des arguments abstraits et théoriques… Nous ne pouvons que décrire les avantages et faire ressentir ce que l’éveil artistique peut apporter. Nous pouvons leur ouvrir les yeux devant le fait objectif que l’art est une mine d’or en une source intarissable d’approfondissement et de sens. Nous pouvons les emballer dans notre récit artistique par notre enthousiasme et nos témoignages positifs.

Seul ce que nous avons vécu nous-mêmes et ce pourquoi nous nous sommes battus finira par les décider.

Continuons donc tous ensemble à nous battre, sincèrement et pleins d’enthousiasme et d’idéalisme, à l’honneur de ce petit miracle qui s’appelle ENFANT et du mystère ineffable en chacun de nous qui fait taire respectueusement celui qui prend la vie au sérieux.

Traduction : Patrick Schockaert