Le point sur les épreuves externes du CESS

Facebooktwittergoogle_plusmail

Depuis quelques années, des épreuves externes centralisées sont organisées en 6e secondaire dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), sur deux matières du programme de cours (français et histoire). Elles sont obligatoires et certificatives depuis cette année et sont donc directement liées à l’octroi du certificat de fin d’études secondaires, le CESS. C’est pourquoi on parle aujourd’hui en général de CESS pour désigner les épreuves externes elles-mêmes (ce sera le cas dans les articles du présent dossier), même si le CESS est pour le moment essentiellement le produit de la réussite d’épreuves internes classiques.

A lire dans ce dossier :

La mise en place d’épreuves externes en général en FWB prend place dans un dispositif large de pilotage du système éducatif cristallisé pour la première fois dans le décret « Missions » de 1997, et détaillé officiellement depuis lors dans différents décrets[[- Communauté française de Belgique (1997). Décret définissant les missions prioritaires de l’enseignement fondamental et de l’enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre. Moniteur belge, 23/09/1997
– Communauté française de Belgique (2002). Décret relatif au pilotage du système éducatif de la Communauté française. Moniteur belge, 17/05/2002
– Communauté française de Belgique (2006). Décret relatif à l’évaluation externe des acquis des élèves de l’enseignement obligatoire et au certificat d’études de base au terme de l’enseignement primaire. Moniteur belge, 23/08/2006
– Communauté française de Belgique (2007). Décret portant des mesures urgentes en matière de description de fonction et d’évaluation dans l’enseignement. Moniteur belge, 13/7/2007
– Communauté française de Belgique (2009). Décret visant au renforcement du dispositif d’évaluation externe des acquis des élèves de l’enseignement obligatoire. Moniteur belge, 30/4/2009
– Communauté française de Belgique (2013). Décret modifiant diverses modalités d’épreuves externes prévues par le décret du 2 juin 2006 relatif à l’évaluation externe des acquis des élèves de l’enseignement obligatoire et au certificat d’études de base au terme de l’enseignement primaire. Moniteur belge, 28/3/2013]]. Ce dispositif de pilotage, comme son nom l’indique, a pour objectif de mieux réguler et piloter le système éducatif. Les épreuves externes à caractère certificatif ont été lancées en 2006, avec le premier CEB (certificat d’étude de base de fin de primaire), auquel sont venus s’ajouter le CE1D (certificat de fin de 1er degré du secondaire) et puis le CESS (appelé TESS jusqu’à cette année).[[Voir tableau. Pour une information détaillée sur l’historique du dispositif de pilotage, lire Lafontaine, D. (2012). Des politiques aux pratiques d’évaluation en Belgique francophone: la cohérence en questions. Actes du colloque : l’évaluation des compétences en milieu scolaire et en milieu professionnel. 24e colloque de l’Admée-Europe, Luxembourg, Luxembourg : université du Luxembourg. Pour une description des différentes épreuves, voir le site internet enseignement.be.]]

image1.jpg

Tableau 1 : historique et panorama des épreuves externes en fédération Wallonie-Bruxelles
En gris, les épreuves certificatives ; en blanc les épreuves non-certificatives.
P = primaire, S = secondaire, diff : différenciée, com : commune, compl : complémentaire
Source : Lafontaine 2012, citant comme source initiale le service du pilotage, administration générale de l’enseignement et de la recherche scientifique.

L’organisation des premières épreuves externes en 6e secondaire date de 2011 et jusqu’à présent, comme indiqué précédemment, seules deux matières ont été testées, le français et l’histoire. En pratique, cette année, deux épreuves ont été organisées en français, une dans l’enseignement général et de transition, et l’autre dans l’enseignement qualifiant. Pour l’histoire, seule une épreuve a été organisée, pour l’enseignement général et de transition, et elle a finalement été annulée pour cause de fuite(s) des questions.

Il faut préciser que les évaluations ne portent que sur une des compétences principales de la discipline concernée ; on considère généralement que de l’ordre de un sixième de la matière est testé dans ce cadre. Par ailleurs, le pourcentage de la note globale pour un cours imparti à l’épreuve externe est laissé au choix du professeur, de l’école ; une école peut donc pour le moment décider que l’épreuve externe de français comptera pour 10% ou 50% ou n’importe quel autre pourcentage de la note globale de l’examen final de français de l’élève.
La déclaration de politique communautaire (DPC) 2014-2019 prévoit à terme l’organisation d’épreuves dans plusieurs autres matières. Voici un extrait de la DPC, qui permet au passage d’approcher l’objectif officiel actuel de l’organisation du CESS, même si on reste peut-être un peu sur sa faim.

« 1.2. Généraliser une épreuve externe certificative en fin de secondaire
Dans la foulée de la mise en œuvre progressive des évaluations externes et de la révision des référentiels, le Gouvernement généralisera progressivement une épreuve externe certificative en fin de secondaire. Cette épreuve externe certificative commune comprendra un tronc commun de questions identiques pour tous les élèves en français, mathématiques, sciences et langues modernes afin que chaque élève soit préparé utilement avec des mêmes exigences de qualité à appréhender sa vie professionnelle ou son passage vers l’enseignement supérieur. L’élève devra complémentairement présenter un examen approfondi soit dans l’une des quatre matières précitées, soit dans une autre matière enseignée. »

Au niveau décrétal, il était prévu qu’on organise dès cette année des épreuves à titre expérimental pour d’autres disciplines que le français et l’histoire, à savoir pour les mathématiques et les sciences, mais cela n’a finalement pas été mis en place. Début juillet, nous avons pris contact avec l’inspection générale de l’enseignement secondaire ordinaire, chargée du suivi des épreuves externes certificatives, pour connaitre le calendrier prévu de mise en place de nouvelles épreuves pour les prochaines années. Ce calendrier n’était alors pas encore conçu ou, en tous cas, les consignes du gouvernement n’étaient pas encore parvenues à l’administration.

——-

L’évaluation centralisée dans le programme de l’Aped

L’évaluation centralisée constitue un des dix points de notre programme, Vers l’Ecole commune, publié en 2006. Nous écrivions : « Une évaluation centralisée pour mieux piloter l’école : notre système scolaire manque cruellement de données statistiques. Nous préconisons des épreuves centralisées régulières. Non pour juger les élèves (ces épreuves ne seraient pas certificatives) ou classer les écoles, mais pour évaluer et garantir les niveaux des acquis, les pratiques pédagogiques et le système dans son entièreté. L’analyse de ces données guiderait les établissements et les enseignants. »

Mais il importe de replacer cette revendication dans la globalité de notre projet d’Ecole commune. Selon nous, « les dix points de ce programme constituent un tout indissociable, sans quoi le libéralisme scolaire et ses inégalités reviendraient en force. L’école commune, ses épreuves centralisées et sa pédagogie de la réussite ne peuvent se mettre en place sans les préalables suivants : la fin de la concurrence entre écoles, la révision des programmes, l’injection de moyens et, surtout, la réduction des inégalités de résultats dans les premières années d’enseignement.» En d’autres termes, les tests centralisés n’ont de sens que dans la perspective d’une Ecole générale et polytechnique pour tous, d’un véritable tronc commun jusqu’à 15-16 ans, d’un renforcement massif des moyens dans le fondamental, d’une réelle mixité sociale, d’une redéfinition des contenus d’enseignement, d’un système scolaire délivré de toute forme de concurrence et de toute marchandisation…
Il nous apparaît dès lors qu’organiser des épreuves centralisées certificatives comme on le fait aujourd’hui, c’est mettre la charrue avant les bœufs. Puisque rien de vraiment courageux n’est entrepris pour aller vers une Ecole commune.