On nous prend pour des pommes

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Dans le cadre des formations IFC (Institut de la Formation en Cours de Carrière), j’ai participé à une formation pour le moins surprenante. Je ne résiste pas à l’envie de vous en faire part…

Ce qu’annonçait le catalogue IFC

Il y avait ce qui était annoncé dans le catalogue des formations IFC : « Langues modernes : utiliser la baladodiffusion pour améliorer la compréhension d’une langue et l’expression orale. Construction d’une séquence d’apprentissage. » Les objectifs ? 1. À partir d’un questionnement à propos d’une situation concrète (ou tâche complexe, situation-problème, défi, …), envisager différentes activités pédagogiques axées sur l’activité de l’élève, du groupe-classe en vue d’élaborer une séquence d’apprentissages en langues modernes ; 2. Repérer quels apprentissages, quelles compétences sont travaillés lors de cette séquence ou de ces activités ainsi que les prérequis indispensables ; 3. Analyser l’intérêt d’utiliser différents outils informatiques (logiciels, didacticiels, Internet,…) pour développer ces apprentissages ; 4. Montrer en quoi ces outils peuvent faciliter leur acquisition ; 5. Prendre en compte les besoins spécifiques des élèves lors de la conception des activités pédagogiques. La prose habituelle de la Sainte Approche Par les Compétences, en somme.

Une réalité plus prosaïque

Une fois sur place, j’ai eu l’impression d’être le touriste-pigeon qui a cru que l’on pouvait pour trois fois rien obtenir une suite royale avec vue sur la mer dans les Caraïbes, si vous voyez ce que je veux dire.

Je me suis retrouvé dans un « espace conseil, vente et formations » autour de l’environnement d’Apple (c’est comme ça qu’ils appellent leurs magasins quand ils veulent berner les enseignants) pour suivre une formation de deux longues journées sur le podcasting ; c’est-à-dire le téléchargement a posteriori d’une émission de radio. Bref, le truc qu’on apprend en cinq minutes pour les plus habitués et en dix pour les novices.

Là, je sens votre curiosité s’éveiller : qu’a-t-il bien pu faire pendant deux jours, alors ? Que fait-on dans un magasin Apple quand on n’a rien de spécial à faire ? Ben, on fait joujou avec les bijoux à la pomme. À la différence que :

1. Dans ce cas, nous avions droit à une espèce de G.O. qui nous a initié à l’iMac, l’iPod, l’iPad, puis bien sûr à l’iTune, ainsi qu’à toute une série d’autres logiciels Apple.
2. La formation était offerte au frais du contribuable.

Pourquoi ? Comme le chantait François Béranger : « Après tant et tant d’années, j’en suis encore à me le demander ».

Plus sérieusement, s’il y en a encore qui doutent que l’enseignement est devenu un vaste marché où les grandes marques essayent de placer leurs produits grâce à la bienveillance des pouvoirs publics et de certains profs soucieux de légitimer leur attrait pour les gadgets, je les invite fortement à assister à cette formation.

Après l’introduction des ordinateurs dans les classes, ce qui a contribué à écouler des vieux stocks mais surtout à microsoftiser durablement les esprits à partir du milieu des années nonante, après l’introduction, dans les écoles, des tableaux interactifs à grands frais, alors qu’aucune évaluation sérieuse sur l’apport des ordinateurs en classe n’avait été faite, voilà que la secte à la pomme montre le bout du nez de la manière la plus pernicieuse possible puisque cela se fait sous couvert d’une formation officielle.

Je ne suis pas opposé à la technologie, bien au contraire ; mais elle n’est utile que quand elle est au service de l’homme, pas l’inverse.

On oublie trop souvent que l’ordinateur est une machine, il ne nous apprend rien, il exécute. Tous les gadgets informatiques nous ont dépossédés à tel point que l’on se retrouve souvent perdus devant sa machine.

De même, on s’imagine que l’on va fabriquer de l’interactivité avec un tableau lumineux alors qu’en fait, on augmente un peu plus notre dépendance à la machine.

Finalement, plutôt que d’être des avancées, ces technologies, en tous cas proposées et utilisées de la sorte, sont plutôt des reculs. Elles ne nous émancipent pas, mais nous soumettent un peu plus à la dictature des marchés.

Grâce aux calculettes, on ne sait plus compter, grâce au GPS, on ne connaît plus sa ville, sa région, grâce aux iPod et leurs milliers de chansons, on n’écoute plus de musique mais on la consomme. On ne retient plus le moindre numéro de téléphone. Nos souvenirs, nos amis, nos désirs sont numérisés.

Combien de personnes seraient plongées dans le plus grand désarroi si pour des raisons de protection de l’environnement, l’électricité devait un jour être limitée à la conservation des aliments et autres usages de première nécessité ?