« Temps forts, temps morts, t’en crèves »

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Depuis la cuisante défaite du mouvement de 2003 en France le paysage des luttes s’est transformé. Régulièrement, des appels sont lancés, qui à un rassemblement, qui à une action, qui à une journée de grève, dénommés « Temps Forts », malheureusement sans préalable et surtout sans continuité. Ce qui fait dire à de nombreux manifestants : « Temps Forts, Temps Morts, T’en Crèves ». Patrick Toro

Si les mots d’ordre syndicaux sont ciblés, ce qui s’entend dans les défilés est d’une tout autre nature, c’est la manifestation d’un ras le bol général. Les défaites systématiques, l’incapacité des syndicats à s’entendre sur des revendications communes, à catégoriser les mouvements, à les distinguer les uns des autres, ne répondent pas aux exigences des bases : créer un mouvement interprofessionnel, et une riposte commune face à toutes les attaques. L’une des conséquences de cet état de fait est que bien des appels se sont soldés par de véritables fiascos. Ces journées sans lendemain ont largement découragé même les plus combattifs.

De la grève du 27 septembre et de la fameuse présence des enseignants du privé…

L’une des caractéristiques de la journée du 27 septembre, c’est que, pour la première fois, ont défilé officiellement aux côtés des enseignants du public, les personnels enseignants du privé, avec des revendications quasi identiques. La presse, les syndicats, le gouvernement et les tenants de l’école privée (à 96% confessionnelle) se sont emparés du fait et l’on décliné à longueur de communiqués, de prises de parole et de discours, pour montrer que le malaise n’existait pas que dans le secteur public : suppressions de postes, manque de moyens, conditions de travail indignes, etc. Mais à y regarder de plus près, cette confusion des genres, public/privé, sur des revendications communes, n’est pas anodine. Elle tente d’accréditer l’idée que ce secteur aurait une fonction publique et, à ce titre, devrait bénéficier de moyens ; elle tente aussi de masquer la réalité des faits, à savoir que l’école privée est et a été très largement favorisée aux dépens de l’école publique. Le système français, fondé sur le principe de Laïcité et de séparation des églises et de l’état, a été de plus en plus souvent détourné au gré de différents accords signés – les accords Rocard, les accords Lang/Cloupet et, plus récemment, l’amendement Charasse et la loi Carle, qui obligent les communes à payer les frais de scolarité des enfants qui vont dans le privé. A quoi s’ajoute la reconnaissance des diplômes délivrés par les universités catholiques.

Deux nouveaux appels à l’action ont été lancés: le 13 décembre, appel interprofessionnel, et le 15, spécifique à l’Education. Dans le contexte actuel, certains diront: « Cherchez l’erreur ». Nombreux sont-ils à dire qu’ils ne feront qu’une journée, sans savoir encore laquelle !!! Nous sommes nombreux aussi à souhaiter une étincelle, mais nous craignons surtout de voir resurgir le spectre du : « Temps Forts, Temps Morts, T’en Crèves ».

Malgré ces constats peu reluisants, le pessimisme n’a pas vaincu, de nouvelles voies de luttes sont explorées, pratiquées et apportent de nouvelles lueurs d’espoir. Leur renforcement amènera sans doute le syndical et le politique à revoir leur copie et à tenir compte des aspirations de tous. C’est ce à quoi nous travaillons.