Le grand marché transatlantique

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Ricardo Cherenti, Bruno Poncelet, Jean-Luc Mélenchon (préface), Le grand marché transatlantique. Les multinationales contre la démocratie, Bruno Leprince, 2011, 107 pages.

L’anthropologue Bruno Poncelet et le politologue Ricardo Cherenti nous alertent à propos d’un nouveau coup fourré que nous préparent « nos élites » de part et d’autre de la Grande Flaque : un « grand marché transatlantique » qui viendra(it) couronner, dès 2015 (demain !), la politique néolibérale que les peuples subissent déjà depuis trente ans. Mais cette fois-ci, comme ils nous l’expliquent, on passe à la vitesse supérieure. En comparaison, l’Acte unique, les traités d’Amsterdam et de Lisbonne font figure d’amuse-bouche. On ne rigole plus puisqu’il s’agit de libéraliser totalement le commerce dans la zone, de lever définitivement les derniers archaïsmes étatiques et obstacles au plein déploiement du libre-échange. Tout cela au bénéfice exclusif des multinationales bien secondées par une partie des mandataires politiques et par les séides de la Commission européenne. Le pouvoir s’est doté d’une série impressionnante d’institutions – Conseil économique transatlantique, European American Business Council, Transatlantic Policy Network, etc. – qui ont chacune leur rôle dans la mise en place du « machin ». Mais il y a en plus à craindre pour nos libertés civiles et pour la démocratie pas seulement réduite au rituel électoral. Le grand marché transatlantique prévoit aussi un renforcement de la coopération policière et militaire dans le cadre de l’opportuniste « lutte contre le terrorisme », dont la définition est toujours aussi floue et toujours plus élargie. On pouvait déjà lire dans le journal officiel de l’Union européenne en 2003 que « l’extradition judiciaire transatlantique facilite grandement la libre circulation des détenus et des suspects de l’Union européenne vers les États-Unis (à l’exception des cas où la peine de mort pourrait être appliquée). » Belle consolation, quand on imagine que des altermondialistes européens pourraient se retrouver un jour à Guantanamo ! Autrement dit, la loi étatsunienne serait d’application sur le sol européen. La société de contrôle, dont parlait Michel Foucault, se renforce comme jamais, ainsi que la marchandisation forcenée du monde. Les auteurs ont la bonne idée de nous rappeler l’histoire récente des relations Europe/États-Unis et de nous livrer d’utiles réflexions pour battre en brèche la pensée unique (comme, par exemple, le fait que le marché n’a rien de naturel, mais est au contraire une construction politique).

Vu sa nature très pédagogique, ce court essai pourrait être proposé aux élèves du troisième degré de l’enseignement général sans aucun problème. Mais il se trouvera encore des enseignants pour le trouver « tendancieux ». Qu’importe. Que les autres s’en emparent comme d’une arme intellectuelle contre la destruction annoncée de notre monde commun, sociétés et écosystèmes. En attendant, un acte citoyen est déjà possible : signer la pétition en ligne sur www.no-transat.be.

Bernard Legros