L’école française sur les traces de l’école belge

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L’école belge, parce qu’elle est érigée en quasi marché, parce qu’elle est la plus libérale des pays industrialisés, détient le triste privilège d’être la plus inégalitaire. La France se pose désormais en sérieuse candidate au titre !
Gilles Balbastre, documentariste, a mené l’enquête pour un dossier « éducation secondaire » dans le Monde diplomatique d’octobre. Les gouvernements Raffarin, Villepin et Fillon ont accumulé les réformes qui dérégulent le service public et y imposent les principes du management privé « moderne ».
L’assouplissement de la carte scolaire n’a pas tardé à avoir les conséquences que nous annoncions : en 2009, la Cour des comptes relevait que 186 des 254 collèges du RAR (Réseau Ambition Réussite, instauré en 2006 suite aux émeutes dans les « banlieues ») avaient perdu jusqu’à 10% de leurs élèves. Les voilà désormais lancés dans une concurrence effrénée pour séduire des clients potentiels. Avec, comme outil de marketing suprême, le « projet ». Et son corollaire, la logique de la subvention « au projet », véritable cheval de Troie idéologique. Ce que décrit très bien F. Lepage : « Aujourd’hui, on réunit un groupe de jeunes. Avec eux, on monte un « projet ». Ce projet dure un an. On défend ce projet en échange d’une subvention, en concurrence avec d’autres porteurs de projets. Ce projet n’est pas fini qu’on est déjà en train de préparer le projet suivant pour obtenir la subvention suivante. » Une mise en concurrence qui divise les professeurs et fragilise ceux qui ne font pas partie des projets gagnants. Sans la moindre évaluation de l’efficacité pédagogique desdits projets.

La solidarité du corps enseignant – jusque là très égalitaire en France – est par ailleurs cassée par la création d’une hiérarchie intermédiaire entre profs ordinaires et chefs d’établissements : recrutement de professeurs sur profil, préfets des études pour chaque niveau – sortes de contremaîtres version enseignement -, professeurs référents, etc.

Tout cela s’ajoute à une autre attaque, bien connue chez nous aussi : la suppression massive de postes (50 000 ces dernières années).
Et Balbastre de conclure sur une question brutale : « Précariser le statut enseignant pour enseigner à des populations précarisées. Et si c’était cela, le « projet » ? »

PhS