Le temps d’un large mouvement contre le nationalisme et pour la solidarité est venu

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18 personnalités progressistes, dont Nico Hirtt de l’Aped, ont initié un appel pour un large mouvement contre le nationalisme et pour la solidarité. Il est paru dans le Soir de 19 janvier.

Six mois de négociations, trois notes et notre pays s’enfonce encore plus profondément dans la crise. Le jusqu’au-boutisme nationaliste ne semble pas connaître de limites. Certains, pour arrêter cette surenchère nationaliste, en viennent à espérer une intervention des marchés financiers internationaux. D’autres estiment qu’il est temps de tourner la page de la Belgique. Ces deux scénarios mèneront à la destruction de ce qui fait pour une grande part notre identité au Nord comme au Sud du pays: la solidarité.

Le temps est venu pour les syndicats, le monde du travail, les ONG, les associations, les intellectuels, les artistes, les jeunes de s’emparer d’un débat fondamental qui est depuis trop longtemps confisqué par les conciliabules secrets de nos politiques. Au Nord comme au Sud du pays. 
En Flandre, plusieurs appels et actions du monde artistique, scientifique et syndical s’organisent et font entendre une autre « voix ». Au Sud, des centaines d’acteurs du monde culturel ont manifesté leur opposition au nationalisme et leur volonté de dialogue, à l’appel de Culture et Démocratie.  Le 21 janvier, toutes ces voix se manifesteront lors d’une grande soirée au KVS (Koninklijke Vlaamse Schouwburg) à Bruxelles par le biais de la plateforme « Niet in onze naam » (« Pas en notre nom »). D’autres initiatives du 
même genre voient le jour comme un grand meeting syndical et associatif début février à Bruxelles.

Nous appelons à soutenir la constitution d’un large mouvement contre le nationalisme et pour la solidarité avec ceux au Nord du pays qui s’élèvent de plus en plus nombreux contre le programme anti-social qu’on nous prépare.  

Nous nous opposons ainsi à la création d’une image caricaturale de nos communautés, dressant les uns contre les autres les citoyens de notre pays décrits comme des groupes culturels inconciliables. En ce sens, si nous rejetons les clichés véhiculés au Nord du pays par les nationalistes flamands sur les francophones, nous rejetons également les stéréotypes d’une Flandre prétendument homogène, nationaliste et égoïste. Il existe encore aujourd’hui une très large majorité d’habitants – au Sud du pays mais aussi au Nord – qui sont contre la scission du pays. Il est important de donner une plus grande place à la voix de tous ceux qui ne se sentent pas représentés dans la manière dont on parle de chacune de nos communautés. Aussi nous sommes pour une approche commune où Wallons, Bruxellois et Flamands reconstruisent un projet d’une nouvelle Belgique solidaire. 

Derrière les discussions institutionnelles autour de l’avenir de la Belgique se joue l’avenir de notre sécurité sociale et de tous les éléments  qui constituent notre système social. Mercredi dernier, la N-VA a exigé la régionalisation de toute la politique de l’emploi, y compris la scission de l’ONEM, ce qui mènerait à la scission de toute la sécurité sociale. Et faciliterait ainsi son démantèlement. N’oublions pas que Bart De Wever, lors des négociations, n’a pas hésité à déclarer que « le Voka (fédération du patronat flamand) est mon patron ». Le VOKA partage avec la N-VA des points de programme comme la limitation des allocations de chômage dans le temps, la suppression totale des prépensions, la généralisation du travail intérimaire, le blocage total des salaires. Or le modèle de société du VOKA est celui d’un pays où les profits primeront sur la solidarité. Il se dessine donc déjà un débat sur les solutions à la crise économique. Sur ce plan, il ne s’agit pas d’une opposition entre néerlandophones et francophones comme on nous la présente trop souvent, il s’agit de savoir comment faire face à la crise économique et qui va la payer. 

C’est pourquoi la défense de notre système social ne peut pas se faire au nom des intérêts des francophones mais au nom de l’intérêt commun des citoyens du pays. Il est crucial de dépasser la logique de la défense de « sa » communauté inhérente à la division électorale sur base communautaire de notre champ politique qui entraîne trop souvent une dynamique centrifuge dangereuse. Aussi si les partis francophones autour de la table se sont opposés à la scission de la sécurité sociale et des impôts au cours des négociations, ils l’ont fait trop souvent dans une logique de défense économique de Bruxelles et de la Wallonie, et non dans celle de l’intérêt commun du monde du travail du Nord comme du Sud du pays. Cette logique s’est malheureusement faite au détriment d’un réel soutien aux courants d’opinion en Flandre qui défendent également une sécurité sociale nationale et ce au nom de tous les citoyens.

L’Union européenne se construit sur un modèle néo-libéral et mène des politiques d’austérité. En France, en Grèce, au Portugal, en Grande-Bretagne, en Italie, jeunes et travailleurs ont exprimé, dans un cadre national, leur rejet de ces politiques. Les acquis sociaux qu’ils défendent ont été acquis à ce niveau. Et leur défense efficace passe par le développement d’une solidarité au niveau européen qui est contraire à tout repli sur des «entités culturelles » encore plus petites. Et « la culture déborde les frontières et défie les logiques de repli »(1). Aussi dans l’Europe à laquelle nous aspirons, notre pays a tous les atouts potentiels (en raison de sa diversité de langues et de cultures) pour être un exemple d’unité et de solidarité, un  modèle pour la société de demain.   

« La Belgique représente bien plus que la vieille “Belgique de papa”, elle est également celle du prêtre Daens ou de Julien Lahaut. La Belgique, c’est également la mise sur pied de la sécurité sociale, « la plus belle cathédrale du pays », comme le disent les syndicalistes. Une cathédrale qui fut bâtie par des Flamands, des Wallons, des Bruxellois et des immigrés venus de nombreux horizons : le mouvement social belge. »(2)   
   
L’heure est venue de reconstruire ce mouvement social et de jeter à nouveau un maximum de ponts entre Wallons, Bruxellois et Flamands qui s’opposent au nationalisme borné. Nous ne voulons pas rester silencieux face à la fuite en avant vers le séparatisme. Nous pensons qu’il est temps de développer d’autres perspectives. Des perspectives capables de dépasser le clivage communautaire. Et de travailler à ce dont la NV-A a le plus peur : un mouvement large contre le nationalisme et pour la solidarité.

Pour souscrire à l’appel, envoyez vos nom, prénom, fonction et adresse email à gilles.aden@gmail.com

Initiateurs :


Gilles Martin (éditions Aden), 
Nicolas Ancion (écrivain, prix Rossel des jeunes 2009), 
Jean-Louis Collinet (directeur du Théâtre National), 
Jean Cornil (ancien député et sénateur PS, ex-directeur adjoint du Centre 
pour l’Egalité des chances), 
Vanessa De Greef (chercheuse ULB, Droit) 
Pascal Durand (professeur à l’ULG, Sociologie), 
Josy Dubié (sénateur honoraire, ancien journaliste RTBf), 
Pascale Fonteneau (romancière), 
Raoul Hedebouw (co-auteur « Priorité de gauche », porte-parole du PTB), 
Sophie Heine (auteur « Oser penser à gauche », chercheuse et politologue à 
l’ULB),  
Nico Hirtt (enseignant, Appel pour une école démocratique), 
Paul Lootens (secrétaire général de la Centrale Générale de la FGTB), 
Anne Morelli (professeure ULB, Histoire), 
Marco Van Hees (auteur de « Reynders, l’homme qui parle à l’oreille des 
riches », prix Gros Sel 2008), 
Felipe Van Keirsbilck (secrétaire général national de la CNE-CSC), 
Daniel Zamora (chercheur ULB)

Autres signataires au moment où nous publions :

Bruno Baudson (secrétaire national industrie CNE-CSC), 
Isabelle Wanscoor (secrétaire principal du Hainaut CNE-CSC)
, Mirello Bottin (ancien président FGTB – Charleroi Sud Hainaut)
, Jean-Louis Bavay
Christine Lebrun (surveillante-éducatrice)
, Jean-Charles Dupin (Attaché)
Geneviève Clerbaux (Enseignante)
Pol Jansegers (Médecin)
, François Ghesquière (Assistant-chercheur en sociologie, ULB)
, Francis Vloebergs (Artiste plasticien)
, Jacky Adam (Auteur de la série « Des Moulins et des Hommes »)
, David Meuleman (Ingénieur)
, Guy Delhasse (Éducateur et écrivain), 
Linda Van Moer (Enseignante)
, Patrick Buyl (Assistant social)
, Nicole Straetmans (Médecin hématologue)
, Jean Pestieau (Professeur émérite de l’UCL)
, Michelle Fourez (Écrivain)
, Myriam Gérard (Secrétaire régionale de la CSC de Bruxelles)
, Valérie Laplanche (Enseignante à la Haute École de la Province de Liège et échevine (Neupré)), 
Pierre Keller (Enseignant), 
Jean Plusquin (Enseignant à la retraite)
, Christian Palmero (Employé), 
Matthieu Lietart (Producteur, docteur en sciences politiques)
, Laurence Plasman, 
Françoise Irkhine (Employée)
, Stephane Ginsburgh (Musicien), 
Gaëlle Amerijckx (Chercheuse ULB)
, Lionel Cattaux (Retraité)
, Martine Notté (Relations Publiques, Théâtre National de la Cocof)


(1) « Privilégier le dialogue, refuser le nationalisme », Le Soir 22 décembre 2010.  
(2) « Appel La solidarité grandit une culture », Le Soir, 19 octobre 2010.

1 COMMENT

  1. Le temps d’un large mouvement contre le nationalisme et pour la solidarité est venu
    Comment faut-il faire pour signer?

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