La Belgique encore et toujours championne de l’inégalité scolaire

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Le dernier rapport du Centre de recherche Innocenti de l’UNICEF, publié en novembre 2010, ne nous apprend strictement rien de neuf. Et c’est bien là que réside le problème ! Pendant que les responsables politiques de la Communauté française de Belgique se gargarisent du léger mieux de nos jeunes de 15 ans au test PISA en lecture, l’UNICEF stigmatise une nouvelle fois la Belgique pour ses inégalités scolaires records. Mais, curieusement, ces résultats-là font l’objet d’une diffusion, disons, plus confidentielle.

Fin 2002 déjà, c’est l’UNICEF qui nous avait mis la puce à l’oreille. Dans un de ses rapports, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance pointait du doigt notre pays pour ses inégalités de résultats scolaires. Depuis lors, l’Aped n’a cessé de parler de véritable « catastrophe scolaire belge ».

Vous avez dit Bilan Innocenti ?

Le Centre de recherche Innocenti a son siège à Florence. Créé en 1998, au sein de l’UNICEF, il a pour fonctions de « renforcer la capacité de recherche » du Fonds et de « soutenir son engagement en faveur des enfants du monde entier ». Le Bilan qu’il vient de publier, sous un titre explicite, « Les enfants laissés pour compte : Tableau de classement des inégalités de bien-être entre les enfants des pays riches », s’articule autour d’une idée maîtresse : « protéger les enfants durant les années décisives et vulnérables de leur croissance constitue à la fois la marque d’une société civilisée et un moyen de bâtir un avenir meilleur. »

Il se fonde sur la mesure des inégalités entre les enfants de 24 pays parmi les plus riches du monde, et ce, sur trois dimensions : le bien-être matériel, l’éducation et la santé. Autrement dit, dans quelle mesure les pays développés s’emploient-ils à n’abandonner aucun enfant ? Jusqu’où chaque société nationale laisse-t-elle le fossé se creuser ?

Le lamentable bulletin belge

Que nous confirme donc ce nouveau bilan ? Pour la Belgique, c’est limpide. Si, en bien-être matériel et sanitaire, elle se situe dans le ventre mou du classement, elle occupe par contre toujours la dernière place en bien-être éducationnel. Ce qui signifie bel et bien que c’est son système d’enseignement qui est en cause, puisque, non content de reproduire les inégalités sociales, il les creuse !
Le présent rapport se base, pour ce qui est de sa partie « enseignement », sur les données PISA 2006 en lecture, mathématiques et sciences. Le Centre Innocenti a comparé les scores des élèves (de 15 ans, pour rappel) situés au 50e et au 10e centile (centile = portion d’un centième de l’échantillon).
Au classement du combiné (les trois tests réunis), la Belgique conforte sa dernière place. Haut la main. En lecture et en mathématiques, y a pas photo. Juste une — bien maigre — consolation en sciences, où elle est antépénultième, coiffée sur le fil par les Etats-Unis et la France, mais d’un fifrelin.

La théorie des « dons » et l’élitisme battus en brèche

Comme beaucoup de documents émanant d’organismes officiels, le Bilan Innocenti agace à de nombreux endroits parce qu’il tente de ménager la chèvre et le chou, et oscille souvent entre analyses de gauche et de droite (on a même droit, page 21, à une citation d’Adam Smith, présenté — sans le moindre recul critique — comme le fondateur de la science économique moderne). Les auteurs prennent très complaisamment pour argent comptant les déclarations d’intentions de gouvernants qui mènent pourtant des politiques ultralibérales sources d’inégalités. On n’échappera donc pas une montagne de contradictions dans leurs analyses et propositions.

Néanmoins, nous nous plairons à souligner deux conclusions de la partie éducationnelle du Bilan. Parce qu’elles font oeuvre de salubrité publique.

Primo : la théorie des dons est pure foutaise. Certains croient pouvoir expliquer les inégalités de résultats scolaires par une distribution inégale des dons des enfants pour l’apprentissage. Vous connaissez les sempiternels refrains : « Il y a ceux qui sont doués pour les études… et les autres », ou encore « Il faut de tout pour faire un monde : des intellectuels et des manuels ». A quoi les auteurs du Bilan Innocenti rétorquent : « […] les inégalités de résultats scolaires observées […] présentent des configurations très différentes selon les pays de l’OCDE, et on peut raisonnablement supposer que cela résulte non de différences dans la répartition des aptitudes naturelles, mais bien de l’application de politiques qui ont permis au fil du temps de réduire l’écart vis-à-vis des élèves les plus défavorisés. […] en Finlande, en Irlande et au Canada, les moins bons élèves ont bien moins de risque d’encourir un retard scolaire par rapport à leurs condisciples qu’en Autriche, en France ou en Belgique. » Un peu plus loin : « la configuration des inégalités […] ne reflète donc pas seulement la loterie de la naissance et des circonstances. Elle pourrait également traduire les différences qui existent entre les pays s’agissant des efforts déployés pour réduire le handicap socioéconomique. […] Ainsi, si les enfants dont la mère n’a pas achevé ses études secondaires ont une probabilité bien supérieure d’obtenir de moins bons scores en lecture, ce risque est deux à trois fois plus élevé dans certains pays. »

Autre fumisterie descendue en flamme par le Centre Innocenti : la théorie de la ségrégation élitiste, de l’« apartheid scolaire ». Certains — souvent les mêmes qu’au point précédent — pensent (doux euphémisme) qu’il faut séparer les élèves en classes de niveaux pour permettre aux meilleurs éléments de progresser sans entrave. Les auteurs du rapport notent cependant « l’absence de relation entre un niveau supérieur d’inégalités et de meilleurs résultats médians. Il apparaît même que les pays les plus inégalitaires obtiennent des scores légèrement plus faibles au 50e centile. […] ce constat se vérifie également lorsque l’on s’intéresse aux résultats des meilleurs élèves. Là encore, les pays où les résultats du 90e centile sont les plus élevés sont généralement ceux où les inégalités sont les plus faibles dans la partie inférieure de la distribution. »