Le président des riches

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Michel Pinçon & Monique Pinçon-Charlot, Le président des riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Zone/La Découverte, 2010, 223 p.

Récemment, l’hebdomadaire Télérama présentait le couple Pinçon-Charlot comme des personnes capables de faire trembler l’Élysée. Ces sociologues se sont spécialisés dans l’étude de la bourgeoisie (cf. Sociologie de la bourgeoisie, éd. La Découverte) et leurs enquêtes fouillées sont extrêmement précieuses pour découvrir le dessous des cartes habituellement dissimulés soigneusement par l’oligarchie. Premier constat, assez déprimant : la bourgeoisie nationale et transnationale est, hélas, la seule classe pour soi à l’heure actuelle, totalement consciente de ses intérêts et de son rôle historique, solidaire entre elle et remarquablement bien organisée, bien que minoritaire. Le personnel politique et les élites économiques communient désormais dans une sainte alliance contre les peuples. Nicolas Sarkozy est le représentant de l’oligarchie en France depuis son élection à la mairie de Neuilly en 1983, mais son statut de président de la République depuis 2007 a évidemment démultiplié son pouvoir de favoriser les riches au travers de plusieurs mesures politiques ou gouvernementales : le bouclier fiscal, qui est passé de 60% à 50%, mais aussi la création de nouvelles niches fiscales ; la loi TEPA favorisant les donations et la transmission de l’héritage dans les dynasties bourgeoises ; la tolérance envers la présence des capitaines d’industrie au sein de multiples conseils d’administration ; la mise sous contrôle des magistrats ; le pantouflage généralisé entre le privé et la politique ; la distribution généreuse de la Légion d’honneur aux amis ; la tentative de dépénalisation du droit des affaires et des abus de biens sociaux ; le contrôle de certains espaces géographiques (XVIème arrondissement, commune de Neuilly, département des Haut-de-Seine) par les membres de l’oligarchie, etc. Les auteurs reviennent aussi sur l’affaire de la suppression de la publicité sur France Télévision et en montrent les motivations réelles. Quoi d’autre ? Sarkozy refuse encore d’abroger le cumul des mandats, entretient la confusion entre la fonction d’avocat d’affaire et celle de mandataire, a tenté de placer en force — finalement en vain — son fils Jean à la tête de l’EPAD, organise le mélange des genres entre État, famille et couple, a mis le grappin sur le quartier de la Défense, a multiplié les effets d’annonce contre les paradis fiscaux sans jamais les menacer réellement… Arrêtez, n’en jetez plus, la coupe est pleine ! Après la lecture de ce livre, on prend définitivement conscience du piteux état de la démocratie en France. Dans leur conclusion, les auteurs finissent par une série de recommandations. Ils en appellent d’abord à prendre connaissance de l’oligarchie : « Ne pas chercher à en apprendre plus sur les dominants est une complicité involontaire avec la domination que l’on subit » (pp. 196 & 197). Ensuite à retrouver l’intelligibilité des rapports de classes, prélude à l’indispensable unité des classes moyennes et populaires pour contrer la dérive sarkozyenne et organiser la riposte. Mais tant que celles-ci resteront prisonnières de la concurrence distinctive et de la rivalité mimétique, les riches auront encore de beaux jours devant eux… Il faudrait encore changer la loi pour que la représentation des élus à l’Assemblée nationale reflète mieux la réalité sociale du pays (car, par exemple, aucun ouvrier n’y est représenté !) et encore nationaliser les banques. Il y a du boulot!

Bernard Legros