L’éducation à la citoyenneté critique est bafouée

Facebooktwittergoogle_plusmail

Nous avions déjà consacré un dossier à l’éducation à la citoyenneté en 2004 [[Consulter la rubrique « citoyenneté et idéologie »]]. Il nous semble cependant nécessaire de remettre le couvert. Pour deux raisons. Primo, cette préoccupation est et reste au coeur même du projet et des actions de l’Aped. Secundo, la citoyenneté au sens où nous l’entendons est de plus en plus édulcorée, voire carrément bafouée, par tous les pouvoirs confondus [[Selon la formule chère à Geoffrey Geuens (Ulg), qui a si bien étudié la confusion des pouvoirs économique, politique et médiatique.]], qu’ils soient économique (rien d’étonnant, leur objectif n’étant pas démocratique), politique (c’est déjà moins normal, du moins dans le chef de formations qui se prétendent “progressistes”), médiatique (inacceptable de la part d’organes qui se disent indépendants, critiques et proches du citoyen) ou même pédagogique (tant que les PO et leurs fédérations soutiennent un système scolaire antidémocratique). Mais qu’entendons-nous au juste par “éducation à la citoyenneté critique” ? Et en quoi cette mission de l’enseignement est-elle trahie, spécialement par la coalition actuelle ?

Comprendre le monde pour le changer

Si l’enseignement ne peut évidemment à lui seul changer les rapports sociaux et économiques qui régissent notre planète, il peut en revanche apporter à ceux qui les subissent la capacité de comprendre le monde et donc d’agir, collectivement, à le transformer. Telle est une des convictions fondatrices de l’Appel pour une école démocratique. Le sens de notre engagement, au sein de nos écoles comme dans notre association, est on ne peut plus clair : ce qui nous importe, c’est le changement, le progrès social. Dans le fameux triptyque « liberté, égalité, fraternité », là où l’idéologie dominante s’entête à affirmer la primauté de la liberté – au sens restrictif, individualiste, du terme -, nous mettons l’accent sur l’équité et la solidarité. Pas parce que nous serions liberticides, mais précisément parce que ces deux valeurs sont les passages obligés vers une véritable émancipation de tous les citoyens.

Dans quelle démocratie vivons-nous ?

Ne tournons pas autour du pot : nous ne considérons pas la société actuelle comme démocratique. Formellement peut-être. Et encore ! Mais sur le fond, assurément non. Expliquons-nous brièvement.

Bien sûr, le “modèle occidental” se parre et se gargarise de tous les attributs de la démocratie : élections au suffrage universel, régimes représentatifs, séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, droits fondamentaux et liberté des citoyens, liberté de la presse, système de sécurité sociale, etc. Mais les faits sont têtus et nous obligent constamment à remettre en cause cette vision idyllique. Quelques exemples, sans entrer dans le détail. Un pourcentage élevé de personnes établies en Belgique depuis des (dizaines d’) années ne peuvent toujours pas voter à tous les échelons de pouvoir. Les partis de gouvernement ont organisé un quasi monopole d’éligibilité (seuil à 5 %) pour protéger leur pré carré. Loin d’être indépendants les uns des autres, les mondes politique, judiciaire et médiatique sont souvent comme cul et chemise, ou alors s’enlisent dans des guéguerres lamentables. Les médias de masse sont pieds et poings liés à leurs annonceurs. Les individus voient leurs droits et libertés garantis tant qu’ils restent dans le rang. S’ils en sortent, ils s’exposent à une justice de classe … et à des frais insurmontables. Quant aux mailles du filet de la sécurité sociale, elles ont une furieuse tendance à se distendre.
Démocratie formelle peut-être, et encore … disions-nous.

Mais sur le fond ? En quoi nos régimes sont-ils réellement, substantiellement démocratiques ? Quel sort réservent-ils à leurs citoyens ? Et particulièrement aux plus “petits” d’entre eux ? En Belgique, un citoyen sur sept vit en dessous du seuil de pauvreté. Près d’un chômeur sur trois, et une personne sur quatre en maladie/invalidité, sont confrontés à un risque élevé de pauvreté [[Baromètre interfédéral de la pauvreté]]. Le destin social des ouvriers – salaire, conditions de travail, risques d’accidents graves, espérance de vie – reste bien plus dur que celui des professions plus « nobles ». Les services publics, privatisés et mis en concurrence, sont de plus en plus médiocres, ce qui touche d’abord les personnes les plus précaires (pensons à la disparition de centaines de bureaux de poste de proximité). L’enseignement belge continue d’être une catastrophe, non pas tant par son niveau moyen, mais par le sort qu’il fait aux jeunes les plus fragiles socialement. Nulle part ailleurs dans le monde industrialisé, l’écart entre le niveau moyen et les plus faibles n’est aussi abyssal. Nulle part ailleurs, il ne sort de l’école autant d’adolescents quasi illettrés. Ce qui constitue, soit dit en passant, la principale barrière dressée devant ces jeunes à l’exercice de leur citoyenneté ! Nous pourrions aussi nous étendre, plus largement, sur les conséquences de plus en plus désastreuses des crises climatique, écologique et énergétiques qui s’annoncent, sur la misère du logement social, les conditions de détention dans les prisons, l’impasse dans laquelle se trouvent confinée la jeunesse « des quartiers », la chasse aux chômeurs, la précarisation et la flexibilisation du travail qui mènent tout droit à de nouvelles formes d’esclavage, le racisme, le sexisme ou l’homophobie. Cette liste est malheureusement loin d’être exhaustive.

A ceux qui seraient tentés de nous rétorquer que le régime démocratique libéral est quand même « le moins mauvais » des régimes et qu’on n’y vit pas si mal, nous tenons à rappeler que les avancées politiques et sociales du XXème siècle – bien réelles chez nous – n’ont pas été offertes par les puissants dans un élan d’altruisme spontané, mais arrachées par les citoyens au prix de très dures luttes sociales, de leur résistance en 40-45 et des rapports de force résultant de celles-ci. On voit d’ailleurs combien il est devenu difficile de préserver ces progrès sociaux, face aux attaques incessantes des forces néolibérales depuis le tournant de 1980, quand ces rapports se sont inversés. Il est juste aussi de rappeler à ceux qui se réjouiraient de l’efficacité économique (et sociale) de la démocratie de marché qu’elle s’est nourrie de l’exploitation sans limite des ressources naturelles et minérales d’une planète désormais au bord du gouffre écologique … et de l’exploitation des « damnés de la terre », plongeant plus des deux tiers de l’humanité dans une misère insoutenable.
Devant un bilan aussi affligeant, tout démocrate est en droit d’exiger des explications. A tout le moins, il convient de s’interroger, sans œillères, sur les causes systémiques d’un tel gâchis. Serait-ce là le sens de l’appel du pied que fait le politique à l’Ecole en matière d’éducation à la citoyenneté ?

La commande du politique à ses écoles : une citoyenneté du statu quo

Depuis 1990, en effet, toutes coalitions gouvernementales confondues, les dirigeants de notre Communauté insistent lourdement sur cette mission de l’enseignement. Dans notre précédent dossier, nous nous étions déjà posé la question : mais pourquoi diable les pouvoirs établis veulent-ils développer la citoyenneté critique chez leurs administrés ? A l’époque, nous avions avancé deux hypothèses qui tiennent toujours la route. Un : le tournant des années ’90 avait vu la résurgence de l’extrême droite, une authentique menace pour la démocratie (et les partis en place, notez bien). Il fallait donc « vacciner » la jeunesse contre la tentation du vote antidémocratique. Deux : en ’90, cela faisait déjà dix ans que la population souffrait des politiques d’austérité néolibérales… dont les conséquences commençaient à se faire sentir durement. Au point d’alimenter une contestation sociale de plus en plus menaçante (dans le monde scolaire, notamment). Il fallait donc également « neutraliser » de potentiels mouvements venant … de gauche. En somme, donc, défendre la démocratie telle qu’elle était, à savoir une société formellement démocratique, mais dominée par les « lois du marché ». Défendre une ligne qui exclue toute velléité de changement un tant soit peu radicale. Une volonté traduite en une expression très commode : « tout sauf les extrêmes ». Une ligne de défense partagée par les trois familles « traditionnelles », passées entre-temps à quatre, qui semblent ne plus débattre que de nuances, puisqu’aucune d’entre elles n’ose encore remettre fondamentalement en cause les dogmes de l’économie capitaliste. Une ligne de défense qui sert incontestablement les intérêts des puissants lobbies privés, tapis dans l’ombre des ténors politiques, mais néanmoins présents et actifs. Vingt ans après les premiers sursauts « démocratiques » et « citoyens », quel message nous délivre l’autorité politique en la matière ? Rien de tel qu’une lecture attentive de la Déclaration de Politique Communautaire [Signée en juillet 2009 par les partenaires du gouvernement communautaire, CDH, ECOLO et PS, elle est disponible sur le site de la Communauté : [http://www.cfwb.be/index.php?id=1774]] pour y voir plus clair. En guise d’apéritif, une première citation qui ne laisse planer aucun doute sur les priorités du gouvernement : « L’enseignement doit évoluer avec le monde qui l’entoure. En même temps, le monde économique a besoin de l’enseignement […] » (p. 62). Le ton est donné.

La citoyenneté de l’Olivier : l’harmonie dans la soumission aux « impératifs » économiques

Une lecture transversale du plat de consistance, la volumineuse partie consacrée à l’enseignement dans cette Déclaration, fera frémir tous les démocrates attachés à une citoyenneté critique. Ce terme apparaît bien à de nombreuses reprises dans le texte, mais, en dernière analyse, il y est psalmodié de manière purement incantatoire. Ou alors, il faudra nous expliquer les contradictions suivantes.

Pour les jeunes qui « s’orientent », même positivement, vers le qualifiant, comment concilier une solide formation générale (historique, sociale, scientifique, culturelle, philosophique, etc.), condition sine qua non d’une réelle citoyenneté, avec une généralisation des stages professionnalisants, de la formation en alternance et de la modularisation (p. 44), cheval de bataille déclaré de la coalition ? Aujourd’hui déjà, la misère structurelle des cours généraux dans l’enseignement professionnel est telle qu’atteindre les objectifs du décret « Missions » relève de la mission impossible [Ph. Schmetz, [En finir avec le professionnel et Des vœux pieux du décret « Missions » à la réalité ]]. Avec pour résultat les profondes lacunes mises en évidence par notre enquête de 2008 (« Seront-ils des citoyens critiques ? »). A propos de la promotion de l’alternance, « priorité de cette législature », un détail piquant (on ne rit pas, svp) : les entreprises qui engageront (traduisez : « exploiteront ») des stagiaires (traduisez : « de la main d’œuvre bon marché ») seront symboliquement récompensées par un label… d’ « entreprise citoyenne ». Ça ne s’invente pas !

Autre contradiction : comment accéder à une citoyenneté critique si le gouvernement revoit à la baisse les compétences de base à atteindre par tous au terme du tronc commun à 14 ans (p. 29, la liste : « la compréhension en lecture, l’expression orale, l’expression écrite, la résolution de problèmes mathématiques, l’apprentissage de la démarche scientifique, la connaissance de langues étrangères ») ? Il n’y a là que des compétences instrumentales, rien au niveau d’éventuels contenus permettant de comprendre le monde et ses enjeux !

Tout s’éclaire quand on débouche sur la définition de la citoyenneté, page 49 : « Etre citoyen, cela signifie adhérer à et respecter une série de règles permettant le « vivre ensemble ». Ce contrat social, fait de règles communes à tous, permet à chacun de développer des relations harmonieuses, en toute sécurité, avec son environnement. Le décret « Citoyenneté à l’école » va dans ce sens. ». « Adhérer », « respecter », « des règles communes », « contrat », « relations harmonieuses », « sécurité » (et « environnement » pour marquer l’arrivée des Verts au pouvoir). Il s’agit donc de s’inscrire dans la société comme elle est. Point barre. Et éventuellement d’y développer sa personnalité … à condition de ne troubler ni l’ordre ni l’harmonie sociale, bien entendu. On vous expliquera le fonctionnement formel des institutions, on vous expliquera la structure de la sécurité sociale, mais on évitera soigneusement d’aborder les inégalités et leurs mécanismes. Pour se donner bonne conscience à moindre cout, on marquera du sceau de la citoyenneté des actions en matières aussi diverses et fourre-tout que la lutte contre les assuétudes, le commerce équitable, etc.

Le hasard est parfois facétieux : bien involontairement, sans doute, les auteurs de la Déclaration de Politique Communautaire pointent, l’un derrière l’autre, un des symptômes les plus désespérants de l’Ecole d’aujourd’hui, le « manque de motivation » des jeunes (p. 50). Et, sans faire le lien, pourtant évident à nos yeux, sa raison principale : la citoyenneté de la soumission où ces mêmes autorités veulent contenir les jeunes ! Vous leur proposez, comme seuls horizons, d’être des instruments au service des entreprises et d’obéir aux règles d’un certain « vivre ensemble » … et vous vous étonnez de les voir manquer de motivation !?

Mobilisation générale !

En conclusion, tout porte à croire que le pouvoir politique et son bras pédagogique se gardent bien de braquer trop crument les projecteurs sur les responsabilités du pouvoir économique dans la souffrance vécue par une majorité de citoyens. Un pouvoir économique qui, de son côté, n’a plus besoin d’une élévation du nombre de jeunes hautement qualifiés, vu la nouvelle dualisation du marché du travail. Un pouvoir qui aurait tout à perdre d’une génération de citoyens hautement instruits, critiques, sensibles à toutes les formes d’aliénation et d’oppression, capables de s’exprimer et de s’organiser collectivement et déterminés à changer le monde. Ceci explique certainement cela : un abandon à peine voilé des objectifs démocratiques de l’école. Il nous appartient dès lors de résister et de promouvoir une autre Ecole possible, pour un autre monde possible.

Sur le plan des politiques éducatives, il est urgent d’initier un débat de fond sur la philosophie même de l’éducation dans nos sociétés : l’école est trop souvent reléguée au rôle de pourvoyeur de main d’oeuvre diversifiée pour un marché du travail imprévisible et dualisé. Former des citoyens critiques ne se réduit pas à apprendre à lire et à calculer, ou à inculquer un peu d’esprit d’entreprise et de flexibilité. L’Ecole ne doit pas reproduire les conditions de survie de la société existante mais, au contraire, former les acteurs d’un changement de société toujours plus urgent. Concrètement, cela passe par la réalisation de réformes comme celles préconisées dans le programme en dix points de l’Aped.
En particulier, il faut retarder l’orientation vers des filières qualifiantes en prolongeant le tronc commun d’enseignement général et polytechnique jusqu’à 16 ans ; en attendant et après 16 ans, relever le niveau de la formation générale dans les filières qualifiantes ; combattre la ségrégation sociale dans l’enseignement en remplaçant l’ultra-libéralisme actuel des choix d’école par une gestion de la mixité sociale des écoles ; revoir les programmes d’enseignement afin d’y introduire davantage de rigueur, de clarté ; laisser une plus grande liberté aux enseignants sur le plan des pratiques pédagogiques, tout en étant plus directifs sur le plan des contenus (ils doivent en particulier garantir l’acquisition d’un corpus commun de connaissances et de compétences jugées indispensables au citoyen critique du XXIe siècle) ; prévoir le contrôle de ces connaissances par des évaluations centralisées. Une école de la citoyenneté sera aussi une école ouverte, où la présence des élèves ne se limitera pas aux heures de cours journaliers, mais où ceux-ci seront de véritables acteurs de la vie scolaire, dans ses dimensions domestiques et culturelles, mais aussi politiques et sociales, économiques et technologiques.

——
Lire également :
Citoyen du marché ou école démocratique citoyenne ? par Vito Dell’Aquila
Des citoyens critiques ?
Le documentaire “Apocalypse” ou La négation de l’esprit critique
——

Extrait de la Déclaration de Politique Communautaire, juillet 2009 (1)
« Accompagner les élèves dans leur construction citoyenne »

Ils nous invitent à continuer de croire que nous vivons dans le moins mauvais monde possible et qu’il nous faut « vivre ensemble », en harmonie, sans faire de vagues, dans une sorte de « contrat social ». Ils oublient, comme d’habitude, de nommer les enjeux les plus lourds de conséquence pour la majorité de citoyens de ce bas monde : les inégalités socio-économiques, quand le profit de quelques-uns prive presque tous les autres d’une citoyenneté digne. Et ils se gardent bien, du moins dans ce passage stratégique de la Déclaration, d’employer le terme « critique ».

« La citoyenneté et la démocratie appellent une éducation : on ne naît pas citoyen et démocrate, on le devient. Cette situation implique un effort de formation, d’éducation aux valeurs démocratiques, de compréhension de l’univers public au sein duquel chacun est appelé à jouer son rôle de citoyen.
Etre citoyen, cela signifie adhérer à et respecter une série de règles permettant le « vivre ensemble ». Ce contrat social, fait de règles communes à tous, permet à chacun de développer des relations harmonieuses, en toute sécurité, avec son environnement. Le décret « Citoyenneté à l’école » va dans ce sens.
Ces engagements citoyens s’apprennent et se vivent avant tout à l’école. Ils doivent être à la base de tout projet d’établissement et constitutif de toute culture d’école afin de participer à la préparation de jeunes citoyens.
Outre la culture citoyenne globale développée par chaque école, le Gouvernement veut prendre des mesures complémentaires, qui reposeront notamment sur des partenariats entre les acteurs scolaires et extrascolaires […] »

Un fourre-tout de pistes consensuelles

Après ces considérations générales – instructives pour qui pense à ce qui ne s’y trouve pas -, viennent, en vrac, quelques pistes concrètes. Oh, rassurez-vous, rien qui fasse mauvais genre. De nouveau, l’accent est mis sur un « vivre ensemble » trop consensuel pour être honnête.
Jugez sur pièces : un module d’initiation à la citoyenneté commun à tous les élèves, en complément des cours de morale et de religion ; des outils d’accompagnement pour mettre en œuvre le décret « Citoyenneté à l’école » ; des structures de représentation des élèves dès la 5e primaire ; des modules sur la vie affective et sexuelle (e.a. contraception, égalité entre les sexes, violence faite aux femmes), et les assuétudes ; des modules de formation pour les enseignants ; favoriser les attitudes de coopération en tant que « savoir être » et les dynamiques collectives ; intensifier les expériences positives d’éducation à la citoyenneté au sens large, y compris la lutte contre toute forme de discrimination, l’éducation au développement durable, l’éducation à l’inter-culturalité, le commerce équitable, l’éducation aux médias, la sensibilisation à l’art ; des animations sur la violence dans les jeux vidéo, à la télé et sur Internet. « Un peu de tout », quoi.

(1) Déclaration, pages 49 et 50