Des citoyens critiques ?

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Quel est réellement, chez les jeunes qui achèvent l’enseignement secondaire, l’état de ces connaissances qui devraient faire d’eux des citoyens critiques, capables de prendre une part active dans l’action politique et sociale ? Des études comme PISA permettent d’avoir une idée précise des compétences des élèves dans les domaines des mathématiques de base et de la lecture. Mais nous ne savions à peu près rien de leurs connaissances en histoire, en géographie, en technologie… Jusqu’en 2008, quand l’Aped a réalisé une enquête auprès de trois mille élèves du troisième degré secondaire belge (des deux communautés, de tous réseaux et types d’enseignement). Avec, à la clé, la confirmation de la misère des « savoirs citoyens » (1).

L’environnement ?

Seuls 45% des élèves savent ce qu’est une énergie renouvelable. Près de neuf sur dix ignorent les causes du réchauffement climatique. Plus de 60% confondent l’effet de serre avec le trou dans la couche d’ozone. En moyenne, les élèves pensent que notre « empreinte écologie » (belge) peut encore doubler avant d’atteindre la limite des ressources naturelles et minérales disponibles sur terre.

Comprendre l’économie et les questions sociales ?

75 à 80 % des élèves s’avèrent incapables de comprendre et d’interpréter correctement un graphique représentant une croissance relative. Seuls 13 à 28 % (selon la façon de leur poser la question) ont une idée à peu près réaliste des écarts de revenus dans notre pays. Les autres n’ont pas d’avis (10%), donnent des réponses incohérentes (20 à 25%) ou tendent à sous-estimer très fortement les inégalités (40 à 50%)

Comprendre les relations Nord-Sud ?

Un élève sur deux pense que l’Europe et les USA émettent trois fois moins de CO2 que la Chine et l’Inde. En moyenne, les élèves sous-estiment d’un facteur dix l’écart de richesse (en termes de consommation) entre la Belgique et la Chine ; ils sous-estiment d’un facteur 60 l’écart entre la Belgique et le Congo. Un élève sur quatre ignore que le Congo a été une colonie belge ; dans l’enseignement professionnel, plus d’un sur deux.

Se situer dans le temps ?

Moins d’un élève sur trois parvient à situer plus ou moins correctement sur une échelle de temps des événements comme l’apparition de la vie sur terre ou l’apparition de l’agriculture. Pour un élève sur deux, la naissance du soleil a précédé le Big Bang. Quatre élèves sur dix situent la naissance de l’islam avant le catholicisme.

Connaître notre passé ?

Seul un élève sur trois sait que le Mexique a été une colonie espagnole ou que le Brésil fut portugais. Un élève sur cinq dans l’enseignement général et près d’un sur deux dans le professionnel ignore que les noirs d’Amérique sont les descendants d’esclaves. Moins d’un élève sur quatre comprend l’importance historique de la machine à vapeur dans la révolution industrielle du 19e siècle. A peine un élève sur sept sait que l’URSS a subi les plus lourdes pertes humaines durant le Deuxième Guerre mondiale. Un sur trois croit que la Belgique figure parmi les quatre pays ayant eu le plus de victimes.

Une confirmation : ils sont inégaux face à la citoyenneté

Le système d’enseignement échoue donc très largement à remplir ce qui devrait pourtant constituer sa tâche première : permettre à chaque jeune de devenir un citoyen capable de prendre une part active dans l’action démocratique et dans les luttes qui transforment le monde. Même le modeste et contestable objectif « citoyenniste » (connaître le monde pour s’y intégrer) n’est pas atteint. Même pas dans l’enseignement général.

De notre étude statistique, il ressort que les exclus du droit aux savoirs citoyens sont avant tout les élèves de l’enseignement qualifiant, les élèves issus des familles populaires et/ou de l’immigration. C’est dans les compétences de type “sciences humaines” (histoire, économie, problèmes sociaux…) que le fossé entre les types d’enseignement est le plus profond. Et en histoire, en sciences et dans les sujets socio-économiques que les performances sont le plus fortement déterminées par l’origine sociale des élèves.

Les filles aussi sont fortement désavantagées par rapport aux garçons. L’étude montre que l’influence du milieu — familial, social, culturel — détermine encore et toujours avec une force quasi mécanique l’accès des jeunes aux connaissances et compétences qui devraient assurer leur capacité à comprendre et à changer le monde.
Il nous reste du pain sur la planche !

Enquête disponible par téléchargement