Travailler plus et gagner moins = plus d’efficacité ?

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Mme Marie-Dominique Simonet, dans sa campagne électorale, avait été claire : le vrai capital d’une société, c’est l’intelligence et la créativité et il convient dès lors de valoriser les métiers de l’enseignement car leur statut social s’affaiblit au fur et à mesure que leur fonction se complique. Leur salaire a trop longtemps stagné, leur emploi est précaire tant qu’ils ne sont pas nommés, leur compétence professionnelle spécifique est contestée et ils se sentent dépossédés de leur propre métier.
Dès lors, le Cdh compte, sans effet d’annonce et sans précipitation, après une large concertation avec les organisations représentatives, proposer des réponses à ces interpellations, réponses qui sont sans doute plus à chercher dans un véritable « statut social » revalorisé et valorisant plutôt que dans de nouvelles couches de contraintes ajoutées dans le « statut administratif ».

Aujourd’hui, les élections sont passées et on nous annonce enfin les premières mesures tant attendues.

Résultat ?
Première mesure prévue : une augmentation des heures prestées pour un salaire identique ;
Deuxième mesure : la suppression progressive des mesures de fin de carrière.

On a beau avoir parcouru les 128 pages du programme de Mme Simonet, ces deux informations ne s’y trouvaient pourtant pas !
Ainsi, après les grèves de 91 et 96 qui n’ont laissé que désolation et amertume, après les résultats catastrophiques de nos jeunes aux différentes évaluations extérieures européennes et qui n’ont entraîné aucune mesure concrète et alors que la pauvreté et les inégalités s’accroissent, notre mandataire n’a trouvé que ces deux solutions au problème de l’enseignement. Bravo !

On dira : « Les enseignants ont deux mois de congé. »
On leur répondra : « Ils ne sont pas payés. L’enseignant est payé 12 fois par an pour 10 mois. »
On dira : « Il n’y a pas assez d’élèves par classe. »
On leur répondra : « C’est vrai pour certaines classes et certains cours, mais de très nombreuses classes comptent une vingtaine d’élèves dont un nombre important qui devient ingérable par l’indiscipline généralisée de nombreux jeunes. »
On leur dira : « Pourquoi ne pas travailler plus ? »
On leur répondra : « Si le nombre d’heures global de travail ne change pas, cela entraînera des pertes d’emplois car plus il y aura d’heures prestées par personne, moins il y en aura pour ceux qui démarrent dans la profession ! Les anciens devront travailler plus, plus longtemps et les jeunes resteront sur le carreau. L’augmentation horaire aura aussi des effets négatifs sur la qualité. Une évidence : chaque période de cours nécessite recherche, réflexion, préparation et correction : la prestation horaire n’est qu’une petite partie du travail ! »
On dira : « C’est la crise partout ! Alors, chacun son tour ! »
On leur répondra : « La crise n’est pas partout, ni pour tout le monde et ce n’est pas parce que les enseignants vont avoir des difficultés que cela va soulager les problèmes des autres secteurs de la société et inversement : si certains secteurs vont mal, les mesures de restriction dans l’enseignement n’y changeront rien ! Il faudrait, au contraire, créer de nouvelles solidarités entre tous ceux qui sont touchés par des mesures arbitraires. »

Dès lors, les enseignants devront être donc moins nombreux pour travailler plus et plus longtemps pour un salaire moins important ! Bravo ! Et ils devront certainement faire preuve de civisme dans leurs cours et faire découvrir aux jeunes les vertus de la démocratie et les mérites de la citoyenneté responsable incarnée par … par exemple… Mme Simonet !
Pendant ce temps, les milieux financiers se frottent les mains, les rentiers fêtent leurs futurs achats et les boursicoteurs reprennent leurs vieilles habitudes ! Cherchez l’erreur !

Et enfin : que faire du « plus beau métier du monde » ? Dans ce monde voué au fric et à la spéculation, quelle véritable place laisse-t-on encore aux valeurs d’éducation ? Quel avenir sombre est–on en train de tisser pour toute une génération qui a tellement besoin qu’on lui redonne de l’espoir et de l’ambition ?
Alors, on peut mentir à un petit nombre très longtemps.
On peut mentir à beaucoup de personnes un petit moment.
Mais on ne peut pas mentir à tout le monde tout le temps.
Les rumeurs entourant les futures décisions du bureau Simonet ne nous rassurent pas. Elles nous angoissent et nous invitent à une seule réaction : LA R – E – S – I – S – T – A – N – C – E !

ANDRE Jean-Pierre

rue de la Station 4 à 4670 BLEGNY

Enseignant en banlieue depuis 1980, dans les sections de 1ère Accueil et 2ème Professionnelle.