Socialisme néomoderne

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GÉNÉREUX Jacques, Le socialisme néomoderne ou l’avenir de la liberté, Seuil, 2009, 390 p.

L’économiste Jacques Généreux, désormais conseiller du nouveau Parti de Gauche (PG) de Jean-Luc Mélenchon, prolonge ici sa réflexion entamée dans La dissociété en 2006, à savoir une refondation de la philosophie politique à partir des connaissances anthropologiques. Sans la nier, il en appelle à un dépassement de la modernité au profit d’une « néomodernité ». S’il reste attaché au terme « socialisme », c’est qu’il conçoit l’être humain non comme l’atome libre qui fait fantasmer les libéraux, mais comme un être foncièrement social, pour le meilleur et si possible sans le pire : la « société de progrès humain » qu’il appelle de ses vœux cherchera à concilier les deux aspirations ontogénétiques, à savoir « la possibilité égale pour chacun de, tout à la fois, conduire sa vie personnelle et bien vivre avec autrui. » (p. 288). Là où beaucoup ont séparé les notions d’égalité et de liberté, il montre qu’elles doivent être instituées ensemble par la société de progrès humain. S’il exalte les vertus de la coopération, il reconnaît à l’esprit de concurrence et à la recherche de la distinction une certaine légitimité, pourvu qu’ils portent uniquement sur des enjeux symboliques (honneur, reconnaissance, admiration) et non matériel (argent accumulé, pouvoir effectif sur les autres). Le néolibéralisme, le capitalisme et l’économie de marché sont mis hors jeu par une argumentation scientifique, et pas seulement politique ou philosophique. Dans le dernier chapitre, Généreux donne les pistes concrètes pour une société de progrès humain qui s’articule autour de quatre champs : le développement personnel et l’émancipation ; la sociabilité et l’harmonie sociale ; la réduction des inégalités et la justice ; la préservation de l’écosystème et l’écologie. Lui aussi rejoint le camp des objecteurs de croissance en appelant à « la nécessité d’une décroissance radicale des productions et des consommations qui épuisent le stock des ressources non renouvelables, qui participent au réchauffement climatique et qui dégradent l’environnement naturel […]. » (p. 327) Par contre, il s’en distingue en n’imaginant pas l’avenir autrement que dans le salariat et l’industrialisme, même si l’un et l’autre doivent être, selon lui, fortement régulés. En cela, sa position reste fondamentalement sociale-démocrate. Mais cette réserve ne diminue en rien l’intérêt de ce livre, très riche en réflexions théoriques, comme l’était déjà La dissociété. Bernard Legros