Chances (égalité de…)

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Le système scolaire, qui se veut et se dit démocratique, ce système qui déclare poursuivre l’égalité des chances, fonctionne aussi, et surtout, suivant les agencements et les rythmes du capitalisme (la concurrence, l’individualisme, la méritocratie, les inégalités en général).
Notre société, capitaliste, hyper-concurrentielle, doit mesurer le mérite individuel.
Et le principe du mérite masque une fonction bien connue dans les fabriques : le principe du travail à la pièce.

La formation des jeunes, la participation sociale et active dans la société, la compréhension des dynamiques sociales, la participation à la vie culturelle et ainsi de suite, ce sont tous des aspects de l’école, qui naviguent et survivent plus ou moins facilement dans un contexte de sélection et de classification.

A l’affirmation répétée de la valeur en Soi de l’étude et du savoir, s’ajoute aussi sa valeur instrumentale. Déjà à l’école maternelle, les parents et les enseignants se demandent si le niveau atteint peut être acceptable; ils se demandent si ce niveau peut permettre à l’enfant d’atteindre une position sociale de mérite.

Mais l’école obligatoire n’a pas, et n’a jamais eu, pour tâche de former des élites et de former un très petit nombre d’élèves particulièrement performants (1).

Que l’industrie cherche à employer des travailleurs qualifiés et performants, voilà qui est justifié et adéquat. Justifié, du point de vue du patron, de l’exploitation et de l’optimisation des ressources ; adéquat a la réelle nécessité d’une main-d’œuvre qualifiée. Mais que cette sélection du « meilleur » doive se développer à l’école obligatoire … Voici quelque chose de moins … puis-je dire, «adéquat» ?

L’école qui poursuit « l’égalité des chances » aujourd’hui est aussi l’école qui « optimise » les différences. A l’extérieur, elle les optimise par la reconnaissance des apprentissages informels.
A l’intérieur, elle les optimise par la mise en œuvre de pédagogies différenciées.
Dans notre société de classe hiérarchisée, hyper-compétitive et individualiste, soutenir ces différences individuelles apparaît comme un processus démocratique, égalitaire. Ainsi il semble totalement démocratique que celui qui a la chance d’avoir plus, aura encore plus…

(1) Quand j’écris que  » l’école obligatoire n’a pas, et n’a jamais eu, pour tâche de former des élites et de former un très petit nombre d’élèves particulièrement performants » en effet je veux dire que telle ne devrait pas être la tâche de l’école.

“Mais, objectivement, c’est bien une des tâches de l’école obligatoire, sous le capitalisme, de contribuer à sélectionner des « élites ». Car si la sélection se fait essentiellement sur une base sociale, il y a néanmoins des lieux et des époques où l’école obligatoire est chargée de faire plus que simplement « reproduire » ces inégalités d »origine. Ainsi, dans les années 20-30, l’apparition de nouveaux emplois ouvriers à plus haut niveau de qualification, fit que l’école primaire devint un instrument de sélection sur une base méritocratique. Pareillement, dans les années 60-70, l’école secondaire fut chargée d’orienter vers l’enseignement supérieur les meilleurs éléments des enfants des classes moyennes et populaires, afin d’alimenter le marché du travail en universitaires” (Nico Hirtt).