Les conditions de l’éducation

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BLAIS Marie-Claude, GAUCHET Marcel, OTTAVI Dominique, Conditions de l’éducation, Stock, 2008, 265 p.

Le pédagogisme triomphant ayant envahi l’École depuis quelques décades déjà, il est bon de lire des auteurs lucides qui rappellent que l’enseignement est inséparable des conditions sociales et anthropologiques qui le sous-tendent, car aujourd’hui plus que jamais « l’école est prise dans un maelström civilisationnel qui la dépasse et auquel il est vain de vouloir apporter des réponses pédagogiques. » (p. 160) En souvenir du philosophe et (néanmoins) pédagogue John Dewey (1859-1952), ils en appellent à une prise en compte urgente de ces conditions, non seulement pour être capable de poser un juste diagnostic sur les problèmes, mais pour avoir la moindre chance de réajuster le tir, pour autant que ce soit encore possible : « avant d’entreprendre de redonner aux savoirs un sens qui n’apparaît plus, il convient d’analyser les composantes du milieu culturel, scientifique et technique dans lequel évoluent les élèves aujourd’hui et qui ont sans doute quelques répercussions sur leur rapport au savoir. » (pp. 114 & 115) Ni pessimiste ni optimiste, le trio nous explique que la situation est cependant complexe car multi-factorielle. L’analyse se développe sur quatre fronts : les relations de l’École avec la famille, le sens des savoirs qu’elle dispense, l’autorité dont elle a besoin, sa place dans la société. Une idée-force se dégageant de l’ouvrage est l’inscription nécessaire de l’enfant, par les adultes, dans la précédence symbolique d’une communauté qui le dépasse : « L’être humain a besoin d’être “institué”, c’est-à-dire inscrit dans un collectif et intégré dans une histoire. Il devient lui-même en comprenant qu’il participe à une œuvre qui se fait dans le temps et qui le projette dans un avenir commun à toute l’humanité. » (p. 59) Voilà de quoi faire réfléchir nos modernes « individualistes » ! Au passage, le rôle des médias, de la technique, du rapport avec le passé, de l’idéologie de la concurrence, etc., est aussi évoqué. Les idées de Dewey sont, elles, développées sur plusieurs pages quand il s’agit de repenser les liens entre école et société. « Le problème brûlant de l’école, à l’âge industriel et urbain, est de remédier à l’appauvrissement du milieu symbolique de l’enfant, qui entrave son développement global ». (p. 225). Une salutaire lecture pour tout enseignant.

Bernard Legros