Rêves de droite

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Mona Chollet, « Rêves de droite. Défaire l’imaginaire sarkozyste », Zones-La Découverte, Paris, 2008, 150 p.

Au mitterrandisme et au chiraquisme succède le sarkozysme. Attachée à ces chefs d’État, il y avait (a) bien une idéologie, dont les trois déclinaisons spécifiques sont en continuité. C’est celle du dernier président de la République en date que la journaliste suisse Mona Chollet décrypte dans « Rêves de droite ». Bien entendu, son essai se situe aux antipodes du panégyrique de Yasmina Reza « L’aube, le soir ou la nuit ». Son langage fleuri et enjoué, témoignant de son amour de la littérature, dédramatise quelque peu la piteuse face idéologique de la France. En effet, le sarkozysme est un poison violent qui fait prendre des vessies pour des lanternes : un surcroît de travail permettant une (petite) augmentation du pouvoir d’achat est présenté comme une émancipation, une voie royale pour atteindre — illusoirement, on le sait — le standard de vie des « bling-bling », un idéal présenté comme possible pour chacun, à condition de faire preuve de volontarisme. L’usage de « success stories », dans le sillage de la « storytelling » analysée par Christian Salmon (La Découverte, 2007), vient renforcer ces fausses impressions : la garde des sceaux Rachida Dati, présentée comme une fille d’immigrés maghrébins partie du bas de l’échelle sociale et arrivée au sein de l’élite à force d’opiniâtreté et de talent, est le cas le plus emblématique de la saga sarkozyienne, sans oublier les deux autres dames-alibi, Fadela Amara et Rama Yade, « peopolisées » dans les médias aux ordres (et que dire de l’épouse-mannequin-chanteuse !). Dans la société civile, la figure de l’entrepreneur, « homme qui s’est fait tout seul », est présentée par le pouvoir comme le nec plus ultra de la citoyenneté. Mais l’auteure ne se contente pas de seulement fusiller la droite décomplexée. Dans le chapitre 3, elle accuse la gauche (la droite complexée ?) d’avoir succombé aux valeurs aujourd’hui véhiculées par le sarkozysme, mais qui commencèrent déjà à apparaître sous Mitterrand. Ensuite, c’est au tour de l’extrême-gauche d’avoir droit à son coup de griffe. Au « puritanisme sinistre » de ses militants, elle oppose sa propre conception de la résistance, qui se rapproche des réflexions vitalistes de Miguel Benasayag et de la « sorcière » Starhawk. Le dernier chapitre ouvre une porte de secours pour « repeupler l’individu » en tenant compte de ses aspirations personnelles, bien entendu hors du modèle libéral « bon à jeter aux orties », et en remettant à l’avant-plan le concept de « propriété sociale » développé par Robert Castel.

Bernard Legros