L’idéologie européenne dévoilée

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Benjamin Landais, Aymeric Monville, Pierre Yaghlekdjian, « L’idéologie européenne », Aden, Bruxelles, 2008, 388 p.

Sur près de quatre cent pages, le trio cloue au pilori cette eurolâtrie qui contamine tous les partis, de gauche comme de droite, ainsi que la majorité des citoyens européens. C’est que la machine à propagande est bien rôdée, en fonction depuis plus de cinquante ans. Les auteurs sont tous trois membres du PCF, seul parti français qui se soit systématiquement prononcé contre les pertes successives de souveraineté nationale consécutives aux coups de boutoir de la construction européenne, par traités interposés. On comprend dès lors qu’ils soient « remontés » contre celle-ci, mais ils vont bien au-delà de la simple indignation ou du coup de gueule. « L’idéologie européenne » propose une analyse historique des différentes étapes qui ont rythmé la construction économique du Vieux Continent : Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA), Marché commun, CEE, Acte Unique, traité de Maastricht, etc. La thèse est la suivante : l’Union Européenne s’est faite depuis le départ contre l’intérêt des peuples et pour celui des possédants, son projet étant ainsi irrémédiablement vicié et non réformable. Elle fonctionne d’une manière antidémocratique et fait preuve d’impérialisme, n’ayant pas à rougir de la comparaison avec le « grand frère » étatsunien. Les auteurs en appellent au retour des luttes sociales, mais à l’intérieur des États-nations, ce qui constitue le meilleur cadre pour faire reculer le patronat et paradoxalement renouer avec l’internationalisme, qu’il ne faut à aucun prix confondre avec une prétendue « Europe sociale » que tentent de nous vendre tant la sociale-démocratie que la gauche antilibérale et ses associations-satellites (Attac, Fondation Copernic, entre autres). Et les auteurs de voir dans la France, forte de sa tradition révolutionnaire et ouvrière, la nation qui est la plus à même aujourd’hui de freiner le rouleau compresseur néolibéral de la Commission, rappelant la victoire du 29 mai 2005 qui a vu 55% des votants rejeter le traité constitutionnel. L’annexe finale fait un tour d’horizon actuel, pays par pays, de la casse sociale. Y’a du boulot !

Bernard Legros