Hommage posthume à André Gorz

Facebooktwittergoogle_plusmail

André Gorz, « Écologica », Galilée, Paris, 2008, 159 pages.

Disparu en septembre 2007 à l’âge de 84 ans, le philosophe André Gorz, disciple de Sartres, était en France le principal penseur de l’écologie politique dans sa génération. Pour lui, l’écologie n’était pas qu’un simple intérêt pour la préservation de la nature, mais une démarche anthropologique des sociétés humaines en vue de préserver l’unité de leur « monde vécu » subjectivement, monde menacé, et parfois détruit par la rationalité économique. On lui doit, entre autres, « Ecologie et liberté » (1977), « Adieux au prolétariat » (1980), « Métamorphoses du travail » (1988), « Misère du présent, richesse du possible » (1997) et « L’immatériel », son dernier ouvrage, paru en 2003. Les structures du capitalisme, il les a analysées et critiquées en profondeur, tout en mettant l’accent sur certaines impasses écologiques et sociales qu’entraînait le modèle de remplacement, le socialisme. Il a également le mérite d’avoir pensé le concept de liberté en dehors du cadre du libéralisme. Écologiste, il n’a pas pour autant négligé l’économie politique. Son étude des trois catégories fondamentales de celle-ci — travail, valeur, capital — est particulièrement remarquable, formulée d’une manière accessible. Publié dans une édition de luxe, « Écologica » est un recueil posthume de six articles parus entre 1975 et 2007 qui constituent une excellente introduction à son œuvre. Ils traitent notamment de la financiarisation de l’économie, des rapports entre expertocratie et autolimitation, de l’opposition entre la sphère de la liberté et celle de la nécessité, de l’idéologie sociale de la bagnole, de la décroissance et de la richesse. Certaines de ses thèses sont moins convaincantes : le rôle-clé que jouerait l’économie de la connaissance, basée sur des logiciels libres, dans la sortie prochaine du capitalisme, ainsi que son plaidoyer pour un revenu universel découplé de la sphère du travail (mais alors, comment le financerait-on ?).

Bernard Legros