Esprit critique et esprit grégaire

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Sur le forum que l’association Reporters sans Frontières consacre à la campagne pour le boycott des JO de Beijing, une jeune internaute de 15 ans écrit : « Je suis outrée de constater qu’en cours de géographie, aucun de mes professeurs n’ose dire que la Chine est une dictature. Nous sommes en passe de devenir des adultes, des citoyens mondiaux responsables, et certains de mes camarades n’auront jamais l’esprit critique, l’ouverture sur le monde pour voir ce qui saute aux yeux ».
Etrange raisonnement que celui où l’on identifie l’esprit critique au fait de « voir ce qui saute aux yeux ». Quelqu’un — peut-être son professeur de géographie ? — devrait expliquer à cette demoiselle que l’esprit critique consiste justement à ne pas prendre pour argent comptant ce qui semble évident. Avoir l’esprit critique face à l’actualité, c’est apprendre que la façon dont les grands médias reprennent en boucle (ou ignorent superbement) les images d’une manifestation ou d’une répression nous en apprend davantage sur ces médias, sur qui les contrôle, que sur l’événement qu’ils relatent ou qu’ils taisent. Avoir l’esprit critique c’est, ensuite, avoir le réflexe de rechercher des informations sérieuses. On ne s’informe pas sur l’histoire du Tibet en consultant le site des Amis du Dalaï Lama ou celui du ministère du Tourisme chinois. Il existe des sources sérieuses, des articles de chercheurs qui, sans prétendre à la neutralité ni même à une absolue objectivité, offrent au moins la garantie d’apporter des informations recoupées et vérifiables.
Le relativisme post-moderne a substitué les sentiments et les valeurs au savoir et à la connaissance. Dans la foulée, il ne reste souvent de l’esprit critique qu’une espèce d’émotivité militante qui ne fait plus l’effort de chercher à savoir, de chercher à penser avec sa propre tête, et qui donc, au bout du compte se complaît dans le cocon d’une pensée unique rassurante. Tout le contraire de l’esprit critique.

Nico Hirtt

2 COMMENTS

  1. Esprit critique et esprit grégaire
    « Ce qui saute aux yeux ». C’est pourtant rassurant qu’une jeune élève ait le courage de penser par elle-même et de formuler une opinion personnelle. Quand les médias suivent la ligne de parti: « ne faisons pas des ennemis de nos partenaires économiques », il faut du courage au particulier pour décider: « Je vais continuer à regarder, à analyser, à penser ». Bravo mademoiselle!

    • Esprit critique et esprit grégaire
      Malheureusement, l’esprt critique est une denrée rare, et nécéssite une intelligence multiple ainsi q’une capacité de discernement relativement exceptionnelle…
      La preuve en est la réponse ci-dessus, qui montre que la personne n’a pas bien compris l’article! Non pas qu’elle ne l’ait pas rééllement compris mais surtout qu’elle ne puisse pas le comprendre en profondeur.
      Une opinion « personnelle » est une chose très rare qui demande en plus d’un minimum de savoir « sérieux », un vécu particulier qui vient éclairer un aspect du monde ou de la vie. C’est pourquoi une personne jeune par son manque de maturité (en général) ne peut pas penser par elle-même. Mais rien ne l’empêche de s’entrainer à remettre en question ce qu’on lui apprends, et à exprimer ses opinions…
      Dans l’exemple ci-dessus cependant, il est évident que la première chose à faire est de questionner la réalité de l’information médiatique plutôt que celle des professeurs (dans un premier temps), parce que d’une manière générale, il faut se méfier de tout ce qui vient gratuitement à nous, comme par exemple une information médiatique. Lorsque quelque chose est gratuit il y a de grandes chances qu’il y ait quand-même un avantage indirect qui retombe sur un groupe économique, de pression, ou culturel…

      Seulement savoir se procurer de la bonne information n’est pas une chose facile, cela demande au moins une formation universitaire et encore, avec une motivation intellectuelle beaucoup plus importante que la moyenne. Et surtout, étonnement il faut avoir de l’humilité… ce qui manque bien souvent dans les milieux intelectuels.
      Par exemple, il est possible, quand on dicute avec une personne qui a fait des études universitaires, de savoir dans quelle université elle a fait ses études en découvrant ses paradigmes de réflexions. Plus concrêtement, si vous rencontrez un psychologue clinicien qui a fait ses études au mirail à Toulouse, il y a de grande chance qu’il soit « lacanien ». Et cela montre que même à un haut niveau intellectuel, cette personne ne pense pas à 100% par elle-même, elle a été formatée, et n’a pas eu l’humilité de s’ouvrir…
      Bonne continuation à tous

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