L’école accueille, l’Etat expulse

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En vertu du droit fondamental à l’enseignement et des principes d’égalité et de non-discrimination, les écoles belges accueillent des enfants de familles sans-papiers et leur permettent ainsi de suivre leur scolarité aux côtés de leurs camarades « légaux ». Souvent, ni professeurs ni élèves ne savent qu’ils côtoient dans leur classe des enfants en séjour précaire et susceptibles, d’un jour à l’autre, de laisser une chaise vide en classe. « Est-il concevable d’imaginer nos élèves, les copains de nos enfants, menottés, entravés, bâillonnés et scotchés à leurs sièges d’avion pendant que leurs camarades étudieraient paisiblement Eluard (« J’écris ton nom, Liberté ») et que, sans trembler, on effacerait des listes les noms et prénoms des bannis ? » (RESF, France, 26 juin 2004)

Ceux que cette situation indigne sont nombreux notamment au sein du monde scolaire, et si l’Etat n’apporte pas de solutions durables dans l’intérêt des enfants, des individus prennent à cœur d’aider les familles sans-papiers vivant en Belgique.
Mais, individuellement, on ne sait pas toujours comment agir pour accompagner ces familles.

Une expérience contagieuse…

Le Réseau Education Sans Frontières existe en France depuis sa réunion fondatrice du 26 juin 2004. En un peu plus de trois ans, le réseau a réussi à tisser un large mouvement de soutien aux jeunes sans-papiers scolarisés et, au-delà, il a permis d’enrichir la résistance aux politiques iniques mises en place contre tous les sans-papiers et l’expérimentation de nouveaux modes d’actions qui ont souvent prouvé une efficacité directe. Des campagnes contre l’arrestation et l’expulsion des enfants, l’accompagnement des familles dans leurs démarches administratives, la visibilité et la dénonciation des pratiques et des conditions d’enfermement et d’expulsion, un soutien constant aux citoyens qui luttent pour que s’opposer à une expulsion ne soit pas considéré comme un délit passible d’amende et d’emprisonnement… Tant de mobilisations diverses ont contribué à conscientiser et à rassembler dans un mouvement d’ampleur nationale parents, personnel des écoles, élus et organisations politiques, syndicats, avocats, associations, collectifs de cinéastes et autres collectifs en tout genre, et, bien sûr, « simples citoyens » soucieux de réagir contre des situations concrètes de non-droit et de non-respect des êtres humains.

La situation précaire de la Belgique

En Belgique, la politique migratoire ne diffère globalement pas de celle de la France. Malgré les condamnations de la Cour Européenne des Droits de l’Homme (exemple : arrêt Tabitha, 12/10/2006), et les trop nombreuses plaintes concernant les arrestations et l’enfermement d’enfants dans les centres fermés, les gouvernements successifs de Belgique continuent de ne tenir compte ni du droit international (notamment la Charte européenne des droits de l’Homme) , ni, plus fondamentalement, de la volonté et du droit de tout individu de vivre décemment.
Face aux critiques unanimes provenant de la société civile concernant l’enfermement des enfants sans-papiers dans les prisons pour étrangers, l’Etat répond qu’il va « humaniser » les centres fermés, c’est-à-dire engager davantage d’éducateurs et de professeurs pour respecter l’obligation de scolarisation de ces jeunes, voire construire des centres fermés « alternatifs » spécifiques pour les familles. Mais comment peut-on concevoir maintenir des enfants entre barreaux et grillages (a fortiori en continuant leur scolarisation) et dans l’idée de les rapatrier demain vers un pays qu’ils ne connaissent pas ou plus ?
Depuis quelques années, participant à une dynamique globale, la mobilisation d’acteurs confrontés à des menaces d’expulsion dans leur environnement proche (école, quartier, commune, …), les relais trouvés auprès d’associations et de personnalités ainsi qu’un certain écho médiatique ont permis la régularisation du statut de plusieurs familles. Mais il reste trop de situations de détresse pour lesquelles personne ne réagit ou ne sait comment réagir.
Pour quelques cas qui ont abouti à une régularisation, des milliers d’autres sans-papiers subissent quotidiennement le stress de la privation de droits et le couperet de l’arrestation et de l’expulsion. Un jeune sans-papiers ou ses parents peuvent subir un contrôle d’identité dans les transports, sur le chemin de l’école, et voir ainsi détournée leur destinée, souvent déjà précaire, vers la barbarie de nos centres fermés.

Besoin de structurer la mobilisation

Dans ce contexte, il est impératif de sortir de l’isolement, tant de celui des familles sans-papiers que du nôtre car face à ces situations, ni eux ni nous ne savons vers où nous tourner pour trouver conseils, force, soutien.
Pour cette raison, nous appelons au développement d’un réseau de solidarité avec les jeunes sans-papiers scolarisés et leurs familles. Pour réapprendre les notions de solidarité, de liberté et de citoyenneté non plus théoriquement mais dans les actes, nous invitons tous ceux et celles attachés à combattre l’injustice et l’exclusion à s’associer à cet appel ;

Enseignants, personnel de l’enseignement, élèves et parents d’élèves, tuteurs, éducateurs, services d’aide à la jeunesse, organisations de jeunesse, avocats, syndicats, collectifs et organisations attachées à la défense des droits humains, préoccupés par la situation des enfants et jeunes sans-papiers (dès leur naissance ou leur arrivée en Belgique), construisez votre vigilance, rendez-vous visibles et faites savoir que vous êtes prêts à vous mobiliser pour soutenir et accompagner ces jeunes dans leurs parcours quotidiens. Aidez-les à surmonter ce paradoxe entre leur droit de vivre et d’apprendre comme tout autre enfant et leur situation sans droits, puisque enfants de sans-papiers. Mobilisez-vous pour que ces droits ne restent pas lettre morte et pour qu’ils puissent exister et se concrétiser sans ambiguïté grâce à la régularisation de ces familles. Mettez en place des comités de soutien au sein de l’école ou du quartier, autour des crèches ou des écoles de devoir, affichez-vous comme « protecteurs » des jeunes et de leur famille en séjour précaire, créez des espaces d’ouverture où ils puissent se sentir libres d’exprimer leurs préoccupations et leurs espoirs et de solliciter de l’aide pour être reconnus comme personnes à part entière.
Nous encourageons chacun à transmettre largement cet appel dans son entourage professionnel et privé et à sensibiliser les personnes susceptibles de s’y rallier.
Pour défendre nos valeurs démocratiques, mettons-nous en action dès aujourd’hui en nous inspirant d’expériences de solidarité riches et fructueuses.
Nous sommes convaincus que l’engagement au sein d’un tel mouvement sera bénéfique pour les jeunes sans-papiers mais aussi pour chacun de nous par l’apprentissage de l’action collective démocratique et de la solidarité en acte : c’est dans l’action que les mots égalité et liberté pourront prendre tout leur sens.

Bruxelles, 16 décembre 2007

Contact : info@resf.be

http://resf.be