Décret « inscription » ou la permanence de la lutte des classes

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Le retentissement de la mise en œuvre du « décret » inscription illustre l’actualité d’une polarisation « gauche-droite » dans les choix de société que traduisent certaines décisions politiques.

La FGTB wallonne est attentive au rôle fondamental que doit jouer l’école dans la lutte contre les inégalités et pour l’émancipation des enfants issus des classes sociales les plus faibles. Cet objectif n’est pas rencontré chez nous. Les résultats des différentes enquêtes PISA confirment l’écart entre les résultats de « bons » élèves et ceux des élèves les moins favorisés. Cette réalité explique grandement la faiblesse des scores moyens de la Communauté française en matière d’enseignement. S’y attaquer constitue donc bien une priorité et permettre une plus grande mixité sociale des écoles est non seulement une des manières d’y arriver mais encore une nécessité. C’est aussi un choix de société… qui n’est pas, à l’évidence, celui de la droite libérale.

Le décret de la ministre Arena est peut-être imparfait mais il représente incontestablement un pas dans le bon sens !

La volonté militante de parents issus des milieux les plus aisés de maintenir pour eux seuls la possibilité d’inscrire leurs enfants dans quelques écoles (15 sur 700 en Communauté française) présentées comme des institutions « d’élites » est choquante ! Le retentissement donné par les médias à leurs actions et leur recours au payement d’étudiants pour faire la file interpelle le Bureau de la FGTB wallonne qui s’est réuni ce jeudi 27 novembre à Namur (Beez).

Il rappelle que l’urgence en matière d’éducation, c’est de permettre à tous les enfants, y compris donc à ceux des travailleurs, de réussir un parcours scolaire dans les mêmes conditions que ceux des enfants des classes sociales les mieux nanties. La FGTB wallonne soutient donc, et continuera de le faire, les initiatives qui permettent la réduction d’inégalités plus scandaleuses que la présence, dans le petit matin, de files de parents qui manifestent d’abord une détermination à défendre des… privilèges !

3 COMMENTS

  1. Décret « inscription » ou la permanence de la lutte des classes
    Petit pamphlet
    Nous sommes partagés entre le rire et les larmes: bien sûr, on peut admirer ces braves parents qui contre vents et marées, engelures et flocons de neiges, se sont installés devant les temples du savoir pour que leur progéniture s´y voit un jour dispenser, c´est du moins leur espoir et leur croyance, le meilleur des enseignements.

    Comme nous les comprenons! Nous aussi, du temps de notre jeunesse folle, nous sommes allés faire la file pour obtenir le meilleur: un abonnemement à la Monnaie, l´Opéra Royal de Bruxelles, un sésame pour pénétrer dans le Saint des Saints, pour fouler les tapis rouges, monter et descendre les grands escaliers qui se souviennent encore du trépignement des fondateurs de notre pauvre Belgique, les révolutionnaires de 1830 qui y étaient venus écouter la Muette de Portici.

    La dure loi de l´offre et de la demande était telle qu´il avait fallu en passer par là. Alors aussi il y avait plus d´appelés que d´élus. Faire la file! Nous nous comparions sans vergogne à la ménagère soviétique qui faisait la file des heures durant dans l´espoir d´une marchandise incertaine.
    Nous étions arrivés vers minuit, une dizaine d´heures avant l´ouverture des portes du bureau de location, avec sièges de toiles, couvertures, sandwiches et une thermos de café brûlant. Nous avons fait les mêmes gestes: repérer les voisins de file, échanger des impressions, surveiller les inévitables resquilleurs, parfois même les tancer, demander qu´on nous garde notre place au moment des besoins urgents…Les plus organisés,-des philanthropes!-, s´étaient même mis à distribuer des tickets portant les numéros d´ordre d´arrivée. L´ambiance était plus bonne enfant que tendue, on s´est fait des copains…D´ailleurs, après trente ans, j´en croise encore un de temps à autre, nous prenons alors le café ensemble et nous remémorons cette nuit d´attente mémorable! Et ces quelques heures héroiques sur la place de la Monnaie nous ont procuré des dizaines de soirées éblouissantes dans la salle rouge et or, sous le grand lustre, en compagnie des gens du meilleur goût et de la meilleure tenue, pour des spectacles qui nous ont arraché des larmes de joie.

    Que les bourgeois qui font la file devant ce qu ´ils imaginent être les meilleures écoles se consolent: dans trente ans ils en parleront encore, à leurs petits-enfants et puis à leurs arrière-petits-enfants… Et que sont ces quelques heures dans les tranchées des barrières Nadar en comparaison des milliers d´heures bienheureuses que leurs progénitures passeront sur les bancs et les chaises des Cathédrales de la Connaissance (car, -c´est du moins ce qu´en rapportent les médias-, on fait davantage la file devant les écoles catholiques que devant les athénées, davantage pour les écoles qui proposent le seul enseignement général que celles qui ont davantage vovation à l´enseignement technique ou professionnel). L´analyse est connue: les pratiques élitistes de certaines écoles, quand il ne s´agissait pas d´un filtrage à l´inscription, aujourd´hui heureusement proscrit, ont toujours su séparer le bon grain (catholique, bien-pensant et fortuné, éventuellement charitable) de l´ivraie (pauvre et immigrée). Pour paraphraser Snoopy: il vaut mieux être riche et bien portant et inscrire ses enfants dans les meilleures écoles, que pauvre, immigré et malade, et content que son enfant soit accepté dans une école ghetto.

    L´actualité est pourtant riche d´enseignement: la France voisine nous donne le spectacle consternant de la révolte des ghettos. L´histoire nous apprend aussi, que les gens qui vivent dans les ghettos n´ont pas choisi ce lieu de résidence, ils y ont été contraints, soit par le parquage, soit par la misère. Mais peut-être certaines écoles ne dispensent-elles pas ce savoir historien-là?

    Amusant tout cela? Cela relève d´une conception égocentrée du corps social. Moi, moi, moi et ma famille d´abord, le meilleur pour moi, pour les autres les miettes, et que le politique s´occupe du reste. Amusant certes pour les cyniques: jusqu´ici l´actualité scolaire était plutôt celle du décrochage et la question de savoir comment fidéliser les enfants dans les écoles, leur donner le goût d´y rester, d´y grandir, de s´y développer.

    Il est clair que ce matin on ne fait pas la file dans les écoles dont on se défile. Le décret de la Ministre Arena est un excellent décret, il s´applique à fonder un enseignement plus égalitaire, à développer une égalité des chances dans l´espoir d´arriver à une égalité des acquis.

    Bon, cher lecteur, il va falloir que je prenne congé. Je suis grand-père et vais conduire mes petits-enfants à l´école. J´en profiterai pour déposer une nouvelle thermos de café à l´étudiant de location qui a passé la nuit dans la file à notre place devant les portes du bureau des inscriptions de Saint-Nicolas-du- Chardonneret*. Ce n´est pas parce que je l´ai payé 500 euros pour la nuit qu´il n´a pas droit à un traitement humain… L´expérience m´a d´ailleurs appris qu´il vaut toujours mieux choyer ses employés, cela les fidélise et accroît la productivité. Et il faut montrer l´exemple à mon petit-fils. Un jour il reprendra l´entreprise!
    Papinet
    *école fictive

    • Décret « inscription » ou la permanence de la lutte des classes
      Voici bien des propos… Mais ne faudrait-il pas se pencher sur les conditions sociales à la maison qui sont les causes bien souvent des bulletins malades? Plutot que de soigner les conséquences par de longues proses bien adroites ma foi?

  2. Polarité de la notion de « Guetto »
    Selon que l’on trouve le Parti Socialiste dans l’opposition ou au pouvoir, la notion de Guetto peut être différente.

    En effet, en France, les Guettos sont les zones défavorisées. En Communauté française, Madame Arena appelle les Guettos les écoles efficaces, dites aussi « élitistes ».

    Ces écoles n’effectuent d’ailleurs aucun filtrage des élèves sur base de leur origine socio-économique. Simplement, le ryhtme de travail et les investissements des élèves y sont souvent plus lourd que dans d’autres établissements. Et donc un certain public ne désire pas y entrer (peu importe leur origine socio-économique – comme nous avons pu le voir dans les files).

    Il est consternant de voir qu’au 20e siècle, les syndicats sont n’osent pas dire tout haut ce qu’il pense tout bas (que ce décret ne change rien). Ce qui les intéresse est de positionner le débat en lutte des classes.

    Et pendant ce temps, les files de chômage s’allongent alors que nous manquons de main-d’oeuvre qualifiée…

    Les personnes originaires des pays ex-communistes sont prêts eux à travailler. Plusieurs d’entre eux ont d’ailleurs fait le choix de rejoindre des établissements dits élitistes sans s’en voir barrer la route.

    A investissement égal, résultat égal!

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