« Quels contenus pour le tronc commun de 6 à 16 ans ? »

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Cela m’a fait du bien de me retrouver avec des personnes qui réfléchissent de près ou de loin à la manière la plus « citoyenne » d’ enseigner aux jeunes de 6 à 15 ans et qui ne se contentent pas de grandes théories désincarnées et décontextualisées ; elles essayent plutôt de trouver ensemble les concrétisations les plus cohérentes possible avec leurs options philosophiques. Bref, notre groupe a parcouru, cette après-midi-là, un chemin, c’est-à-dire une suite de questionnements, de prises de positions et de co-constructions. Je vais vous livrer ce que j’en ai retenu.

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Personne-ressource et animation : Jean-François Manil (GBEN) et Nico Hirtt (Aped). Compte-rendu de Lutgarde Dumont

Selon la plupart d’entre nous, tout acte d’apprentissage est « politique » et, si nous souhaitons rendre nos élèves autonomes, il faut leur faire acquérir prioritairement des capacités d’expression, d’esprit critique, de construction (de graphiques ou de raisonnements), de décodage, d’analyse, d’expérimentation, de mise en lien avec le vécu quotidien, d’accès à l’information.
Par ailleurs, pour assurer aux générations futures des capacités d’action et d’influence sur leur milieu, il s’agit de les informer suffisamment sur celui-ci, son histoire, ses composantes et son fonctionnement.
Enfin, pour permettre aux futurs adultes de vivre harmonieusement et solidairement en société, leur seront nécessaires des outils de pratique du débat, de l’argumentation, de l’ écoute active et de la décision collective, ainsi que des informations sur les différentes cultures et les différents milieux sociaux, sur l’actualité socio-politique proche et lointaine (dans l’espace et dans le temps).

Certes, la difficulté est de savoir jusqu’où nous devons aller dans la transmission de ces savoirs, savoir-faire et savoir-être ; les inégalités que nous voulons combattre diminueront en fonction de cette limite « juste » que nous nous serons fixée. Comment définir ce plancher minimal pour tous et toutes ? Quels sont les débats de société actuels indispensables à partager ? En tout cas, nous semble-t-il, ceux portant sur les inégalités sociales et les déséquilibres écologiques.
Quelles sont les compétences, connaissances et attitudes qu’il est opportun de maîtriser pour être à même de mener décemment une vie à la fois citoyenne, professionnelle et personnelle épanouissante ?

Une autre question de fond fut débattue : l’enseignant.e est-il/elle donneur de savoir ou artisan de savoir ? Une partie de réponse se trouve dans les paragraphes précédents ; la suite, je la formulerai ainsi, à partir de nos échanges : donner du savoir tout autant qu’apprendre à le construire ou à le découvrir, en soi ou hors de soi ; partager de soi, ce que l’on sait, ce que l’autre « devrait » savoir pour être un adulte lucide et participant ; exercer une sorte de compagnonnage pour donner les moyens à nos cadets de se faire leur propre opinion sur base d’une information à la fois multiple, ouvrante, stimulante et proche de la réalité ; telles devraient être les composantes d’un enseignement de base pour tous. Car le savoir n’est pas un objectif mais un moyen.

Enfin, nous avons abordé la question des nouvelles compétences qu’exige cette attitude pro-active des formateurs et, par là-même, la dimension de tuteur et d’informateur engagé qu’il est amené à exercer.
Aussi, vais-je clore cet article en insistant sur l’intérêt, voire même la nécessité, d’une part, d’introduire ces notions dans le programme de base des enseignant.e.s ; d’autre part, d’inciter ceux-ci et celles-ci à se former et s’informer régulièrement dans les domaines socio-politiques et éducatifs au sens large. Bien sûr, pour cela, il faut des moyens (humains et financiers). Cela devrait être une des priorités de tout programme politique : rendre les enseignants acteurs et co-acteurs afin que la loi de notre vie en société ne soit pas celle du « plus fort » mais bien plutôt celle de « nous tous plus forts ». Un directeur d’école ne disait-il pas : « Le conseil de classe est trop souvent une confrontation des échecs : il devrait servir à mettre en projet plutôt qu’à évaluer. Le vrai problème, c’est comment mettre en œuvre des stratégies de réussite. Si, en première année, il y a 50% d’échecs, c’est interpellant. Il n’y a pas 50% d’incapables ! » ?

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