« Mixité sociale »

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Comment progresser vers une école de la mixité sociale ? Comment aller vers le tronc commun de longue durée, vers la fusion des réseaux, vers la fin du quasi-marché scolaire. Voilà questions au coeur de cet atelier. L’un des plus « politiques » de ce colloque du 3 mars.

Lire le compte rendu complet de la journée du 3 mars

Personnes-ressources : Prosper Boulangé (CSC-enseignement), Jean-Pierre Coenen (Ligue des Droits de l’Enfant), JP Kerckhofs (APED) et Michel Vrancken (CGSP-enseignement). Notes de Michèle Sacré

Après l’exposé de JP Kerckhofs, développant le projet de l’APED, les trois personnes-ressources prennent la parole.

M. VRANCKEN (CGSP-enseignement)

– Concurrence et inégalités ne trouveront pas de solution tant qu’on n’affrontera pas le problème de l’autonomie des Pouvoirs Organisateurs, qu’ils soient du Libre ou non.
– Le tronc commun pluridisciplinaire jusqu’à 16 ans est un objectif à long terme, mais il faut y aller progressivement (pour ne pas apeurer les affiliés !)
– Un réseau unique, publique et pluraliste : ce n’est pas seulement idéologique. C’est le seul moyen de créer une cohérence, d’annuler la concurrence. Tout le monde doit pouvoir se mettre autour de la table, en égalité de droits et de devoirs.
– On a touché au libre choix des parents. Il est difficile de l’imposer politiquement d’un coup. D’où l’idée de mesures incitatrices :
o Subventionnement différencié,
o Discrimination positive pour toutes les écoles classées de 1 à … , suivant une échelle,
o Encadrement différencié pour atteindre une égalité de résultats,
o Bonifier et récompenser les expériences positives de mixité sociale.

JP COENEN (LDE)

– Depuis novembre 1989, l’école n’est plus un devoir, mais un droit ! Il nous faut donc une école pour tous et chacun (aussi donc, le handicapé mental).
– La mixité sociale est nécessaire pour une société solidaire.
– Le droit des parents à choisir l’école ? Dès que ça concerne l’enfant, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant qui doit primer. Nous sommes les champions de l’échec scolaire. Une école équitable serait une école qui vise une égalité de résultats. Nous devons nous battre collectivement et tisser des liens sociaux (comme, par exemple, la plateforme de lutte contre l’échec scolaire créée en 2002).

P. BOULANGE (CSC-enseignement)

– La mixité sociale est un moyen pour plus d’efficacité de résultats. Où les plus faibles auront un niveau beaucoup plus élevé que maintenant, les plus forts ne perdront pas… Si on veut plus d’égalité de résultats, il faut s’appuyer sur les études de Marcel Crahay et Vincent Dupriez : non redoublement, large tronc commun, sectorisation, carte scolaire, traitement préférentiel des différences.
– Mais ça demande une modification de fond (formation des maîtres de type universitaire, politique au niveau des infrastructures scolaires, etc.)
– On est réduit à une politique de petits pas … de plus en plus petits …
– Il faut une majorité politique ;
– Il faut agir sur les corps enseignants (sinon il y aura échec, cf consultation des enseignants).
– Il faut que les réformes s’accompagnent de conditions de travail meilleures pour les enseignants.
– Un travail de conscientisation est nécessaire sur la carte scolaire, les bassins, les zones, etc. Cela fait peur aux gens.
– Si on veut bétonner à tout prix la liberté de choix, sautons sur le projet « bassins scolaires ».
– En terme de faisabilité politique en Communauté française, on peut avoir de grandes perspectives, puis mettre de l’eau dans son vin et, à la fin, l’eau est … transparente, alors que la majorité est rouge … Alors ?
– Subventionner différemment les établissements ? Que faire quand Arena semble dire que l’enseignement est sur-financé ?
– Fusionner les réseaux ? Est-ce que le réseau public y arrive mieux ? Non ! L’école publique n’est pas un service public. La CSC-E veut plutôt une collaboration accrue entre les réseaux.
– Enfin, l’école ne peut pas être conçue en fonction de l’économie mais la formation ne peut pas non plus être sourde à l’économie.

REACTIONS DE PARTICIPANTS

– D’accord avec vos constats et objectifs, mais comment y arriver ? Il faut d’abord convaincre enseignants et parents que la mixité sociale est un mieux pour tous. Une réforme demande adhésion.
– Un participant fait référence à un article d’A. Rea sur la mixité sociale, paru dans le Soir, et en trouve la présentation dangereuse.
– Le « catho » n’est pas mieux que l’officiel … et inversement. Dans la nouvelle école, il ne faudrait pas fusionner les réseaux. Les différents PO doivent se mettre d’accord sur un projet éducatif.
– Comment l’enseignement catholique pourrait-il renoncer à son projet d’évangélisation ?
– Soyons réalistes politiquement : faisons mieux que ce qui se fait aujourd’hui. Les mesures à prendre sont : subventions différenciées, bassins scolaires sur base de préférence, plus de moyens pour le culturel, collaboration des réseaux pour limiter l’effet de concurrence, mais pourquoi supprimer la coexistence des différents réseaux ? Ce serait l’ouverture d’une guerre scolaire.
– Une question à P. Boulangé : la CSC dit que si on touche aux réseaux, ce sera la guerre. Pourquoi ne dites-vous pas, vous, la CSC, que ce sera un plus pour les écoles ? Mais aussi, parfois, il vaut mieux ne rien faire que faire peu (cf. décret inscriptions). Et enfin, M. Arena dit qu’elle a le soutien des syndicats. Que dites-vous, vous, les syndicats ?

REACTIONS DES PERSONNES-RESSOURCES

JP Kerckhofs : d’accord avec l’idée de la CSC quand elle dit qu’il faut convaincre. On sait que ça prendra du temps. Pour lever les blocages des parents et des enseignants, il faut faire un travail de longue haleine.

M. Vrancken : notre valeur est la justice sociale. Souvent les gens veulent garder leurs privilèges de classe. Il faut néanmoins du réalisme … et tenir compte des freins.

P. Boulangé : la fusion des réseaux ne résout en rien l’inégalité sociale. De plus, cela voudrait dire rationalisation (cf. BMW et Audi) et perte d’emplois. Avec le front commun des PO au-delà des réseaux, nous reculons fameusement. Appliquons un principe de réalité : rapprocher les statuts des membres entre les différents réseaux, donnons de meilleures conditions de travail. Arrêtons la concurrence pour plus de justice sociale. Il y a 20 ans qu’on parle de lutter contre l’échec scolaire. Rien n’a changé. Il faut un vaste mouvement social.

QUESTIONS PROPOSEES POUR LE PANEL

– On a fait un état des lieux : si on demandait aux partis politiques de se positionner ?
– Le système est ségrégationniste. Ça déteint sur les structures publiques. Comment l’école peut-elle contribuer à rattraper les inégalités ?
– Comment convaincre enseignants et parents par rapport à la mixité sociale ?
– Si on supprime les réseaux, on va organiser des marchés autrement. Avez-vous pensé au danger des marchés privés ?
– A l’heure de la guerre en Irak, du constat du réchauffement climatique, mettre sur la table « la fusion des réseaux », serait-ce une guerre aussi effroyable qu’on semble le dire ?

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