Une école de base commune de 6 à 15 ans

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L’obligation scolaire à 3 ans, n’est-ce pas une pression sociale excessive ?
Une école commune de 6 à 15 ans. Et avant 6 ans ?
Vous envisagez une même école de 6 à 15, donc une redistribution des entités scolaires. Dans un unique bâtiment ? Et que faites-vous des écoles de village ?
Votre école commune, c’est irréaliste : mes élèves de 3ème professionnelle ne suivront pas dans un tel enseignement !
Il y a des esprits concrets et des esprits abstraits, des manuels et des intellos… Les premiers ne risquent-ils pas de s’ennuyer dans les cours généraux ?
Certains élèves s’ennuient déjà dans les cours généraux. Et vous voulez en rajouter ?
Ne risquez-vous pas de faire augmenter le nombre d’échecs ?
16 ans, n’est-ce pas trop tard pour entamer une formation professionnelle ?
Mais il y aura tout de même une sélection à partir de 16 ans ? Qu’est-ce que ça change si vous ne faites que retarder l’inégalité ?
Comment allez-vous orienter les jeunes en fin d’enseignement de base ?
L’enseignement sera encore plus inadapté aux besoins de l’économie
La concurrence entre écoles et entre réseaux n’accroît-t-elle pas la qualité de l’enseignement ?

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Ce que dit le texte du programme de l’Aped :

Une école de base commune de 6 à 15 ans

Après un enseignement maternel distinct, obligatoire à partir de 3 ans, avec des objectifs clairement définis – acquisition de la langue parlée, spatialisation et autonomie -, nous proposons une seule structure d’enseignement de base commune, de 6 à 15 ans. Donc, la rupture entre « primaire » et « secondaire » disparaît. Concrètement, cette réforme se matérialise par la redistribution des entités scolaires. Dans cette école commune, les enfants passent progressivement d’un instituteur unique à des maîtres spécialisés par branche. De 16 à 18/19 ans, les jeunes fréquentent des lycées préparatoires à l’enseignement supérieur ou des lycées qualifiants. Mais, dans tous les cas, un socle commun de formation générale y est organisé. Une formation générale exigeante, évaluée en termes d’acquis.
La mise en œuvre de l’école commune devra se réaliser progressivement, soit en dix ans. En effet, il est impossible de supprimer la sélection au début du secondaire du jour au lendemain : en l’état actuel, les écarts de niveaux au sortir du primaire sont trop importants. Par contre, dès maintenant, il faut renforcer la formation générale dans les premiers degrés de l’enseignement qualifiant. Enfin, précisons que l’école commune ne signifie évidemment pas la disparition d’un enseignement spécialisé pour les enfants et les jeunes souffrant de handicaps particuliers.

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L’obligation scolaire à 3 ans, n’est-ce pas une pression sociale excessive ?

Tout dépend de ce que l’on entend par « pression sociale ». Si vous craignez que nous voulions amener les enfants à devenir « performants » le plus tôt possible, à les rendre « productifs » en leur inculquant un maximum de compétences instrumentales, soyez rassuré : tel n’est évidemment pas notre objectif.
Par contre, trois ans est l’âge où le « cocon » familial devient souvent trop étroit. D’ailleurs, plus de 90 % des enfants fréquentent actuellement l’enseignement maternel. Ce n’est pas trop tôt pour socialiser les enfants, leur apprendre le « vivre ensemble » dans le respect mutuel et leur transmettre des valeurs. Il s’agit d’aiguiser leur curiosité, de développer leur intelligence, leur expression, leur psychomotricité, de mettre en place déjà des capacités de raisonnement logique et de représentation spatiale, de développer leur “oreille musicale” et leur goût, mais tout cela … dans une atmosphère sereine et détendue.

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Une école commune de 6 à 15 ans. Et avant 6 ans ?

Si le programme en 10 points ne se centre pas sur l’école maternelle, c’est que les changements majeurs à envisager concernent la structure de l’enseignement « des fondements », de 6 à 15 ans. Car c’est essentiellement là qu’il faut garantir la nécessaire mixité sociale, pour un plus juste équilibre des populations scolaires et pour enrayer la transformation des inégalités sociales en inégalités scolaires. Les changements les plus radicaux se situent donc au cœur de l’école primaire et secondaire.
Le point de vue de l’APED sur l’école maternelle est cependant très clair : il ne s’agit pas que « l’école des petits » soit déjà une école « qui les prépare à être grands » ! Il ne s’agit pas d’une école qui mette déjà la pression sur le développement de compétences individuelles – préparant la sélection des meilleurs ! Il est hors de question pour nous de repérer précocement les atouts des uns et les lacunes des autres, pour « tirer vers le haut ceux qui ont des prédispositions », et « faire ce qu’on peut avec les autres » !
Ce que nous souhaitons, c’est une école maternelle pour tous, dès 3 ans. Une école qui mette l’accent sur l’épanouissement de l’enfant, au sein d’un groupe, une école qui l’aide à devenir autonome, à sortir progressivement de son égocentrisme, à découvrir qu’il peut compter sur les autres … Une école qui l’éveille au monde qui l’entoure. Une école qui lui permette de jouer librement, tout en lui offrant un cadre, des règles de vie. Une école qui le soutienne dans l’acquisition du langage oral et qui lui permette de premières découvertes de l’intérêt que représente le langage écrit. Une école qui lui laisse le temps de grandir et de se développer, de se poser des questions et de chercher à les résoudre, une école qui lui offre des opportunités d’apprentissages sans le précipiter vers la suite !

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Vous envisagez une même école de 6 à 15, donc une redistribution des entités scolaires. Dans un unique bâtiment ? Et que faites-vous des écoles de village ?

Notre idée de départ est de permettre aux enfants de fréquenter une école de proximité (accessible à pied, à bicyclette ou en transport en commun), sans que les parents doivent s’occuper du trajet en voiture. Dans les villes et dans beaucoup de grandes communes, où la densité de la population est élevée, les enfants pourront fréquenter la même école de base pendant 10 ans. Dans les petites communes, par contre, il y a trop peu d’élèves pour organiser dans chaque village la formation générale et polytechnique complète (avec toute l’infrastructure nécessaire). Les enfants y suivront les (six) premières années, puis seront regroupés dans une autre école. Quand la distance entre domicile et école sera trop grande pour s’y rendre à bicyclette, ou le transport en commun inexistant, l’école organisera le ramassage scolaire en bus (de façon plus efficace qu’aujourd’hui, puisque que les élèves du même quartier iront à la même école). Le nombre d’écoles de base « complètes » (10 ans) dépassera le nombre actuel d’écoles secondaires (1ier et 2ème degrés) .

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Votre école commune, c’est irréaliste : mes élèves de 3ème professionnelle ne suivront pas dans un tel enseignement !

Nous en sommes parfaitement conscients. Aussi n’est-il pas question de prolonger soudain le tronc commun, sans prendre, au préalable, des mesures garantissant que les élèves acquièrent tous un niveau suffisant dans les premières années d’enseignement. La réalisation de notre programme, qui prévoit des mesures pédagogiques et matérielles pour améliorer les apprentissages ainsi que l’équité de l’enseignement dans les premières années d’école, ne peut se faire que progressivement. Il faudra au moins huit années avant que les élèves âgés de 14 ans ne soient effectivement tous capables de suivre l’enseignement général et polytechnique que nous proposons.
En revanche, nous récusons l’idée que cela serait impossible “par essence”. Les “élèves de 3P” ne sont pas des déficients mentaux. Ils n’ont pas bénéficié, durant leur scolarité primaire, de toute l’aide et de tout le suivi qui auraient été nécessaires. Mais le succès de l’enseignement de tronc commun jusqu’à 16 ans, par exemple dans les pays scandinaves, est la preuve que rien ne peut s’y opposer en principe : c’est une question de volonté, de structures, de moyens et, sans doute, de culture pédagogique.

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Il y a des esprits concrets et des esprits abstraits, des manuels et des intellos… Les premiers ne risquent-ils pas de s’ennuyer dans les cours généraux ?

Si, par “intellos” et “manuels”, vous entendez ceux qui ont appris (à l’école ou ailleurs) à accéder à l’abstraction et à la pensée théorique et ceux qui ne l’ont pas appris, alors précisément, ce que nous voulons, c’est que tous apprennent à y accéder. Si, en revanche, vous voulez dire que certains auraient, de naissance, des dispositions cérébrales qui font qu’ils se retrouvent aujourd’hui dans les filières d’enseignement général, alors que d’autres auraient davantage la “cervelle professionnelle”, alors nous disons non. Car si tel était le cas, il faudrait expliquer pourquoi les neurones de théoriciens seraient, à la naissance, davantage présents dans les milieux riches que dans les familles populaires…

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Certains élèves s’ennuient déjà dans les cours généraux. Et vous voulez en rajouter ?

La disparition des cours généraux ne ferait que plonger encore un peu plus l’enseignement dans sa fonction de serviteur exclusif de l’économie, et marquerait l’appauvrissement intellectuel des élèves. Or, il s’agit de faire exactement l’inverse. D’autre part, dire que les enfants « s’ennuient » dans les cours généraux relève avant tout d’une perception subjective de la situation. Ne pourrait-on pas parler plus justement de décrochage, de démotivation (sans oublier la puissance des médias, qui conditionnent les enfants dans un sens opposé aux apprentissages scolaires) ?
C’est tout un rapport au savoir qui est à renverser. Une école plus ambitieuse et variée générera moins (ou pas) d’ennui. Les enseignants seront également invités à réévaluer leurs pratiques pédagogiques pour « faire vivre » leurs cours, en les connectant aux diverses facettes de la réalité.

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Ne risquez-vous pas de faire augmenter le nombre d’échecs ?

Plus d’échecs ?! La situation peut-elle être plus grave qu’aujourd’hui ? Dès l’école primaire, faute de moyens, l’enfant en difficulté se retrouve sur un « rail » qui le mène le plus souvent à l’enseignement technique ou professionnel. Vu la misère des cours généraux dans ces sections -surtout en P-, l’élève garde ses lacunes, et finit tant bien que mal le secondaire inférieur. Le taux d’échecs peut prendre des proportions effrayantes : les lacunes, dans la langue d’enseignement, en calcul, en analyse et en logique de travail, font que très peu de ces élèves arrivent en 5ème, nombre d’entre eux ayant décroché de l’école pendant leur passage au deuxième degré secondaire. Pour illustrer notre propos, et étayer notre conviction qu’il faut une formation commune suffisante pour tous, il suffit de voir comment se composent les classes du troisième degré qualifiant. Des jeunes « débarqués » de l’enseignement général, parce qu’ils ont une base bien plus solide, réussissent dans de bien meilleures proportions que les élèves issus d’un parcours purement professionnel ou technique.

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16 ans, n’est-ce pas trop tard pour entamer une formation professionnelle ?

Peut-on vraiment croire qu’à la fin du cycle primaire, un enfant ait déjà une idée précise de sa future profession ? Quelle est vraiment la situation ? Les écoles primaires « ghettos » placent déjà l’enfant sur les rails le menant dans l’enseignement qualifiant. A l’autre extrême, des écoles n’acceptent que les élèves sortant du primaire avec plus de 70 % (et cela en toute illégalité!). C’est ça, la liberté de choix?
Effet pervers du calcul des subsides et des emplois d’une école suivant le nombre d’élèves inscrits (NTPP), des écoles secondaires, pour garder un nombre suffisant d’élèves, en « baladent » certains d’une section à l’autre. A nouveau, c’est ça, la liberté de choix?
Un fait est sûr : les élèves arrivant du général dans un cycle technique, que ce soit « motivé » ou non, ont beaucoup plus de « chance », vu leur formation générale, de réussir leur cursus scolaire. Même constat dans le cycle supérieur : un élève venant du général et commençant un graduat technique avec une sérieuse motivation a toute les « chances » de réussir le cycle, bien plus qu’un élève sortant du technique ou du professionnel.
En tout état de cause, les jeunes qui sortiront de notre école commune, avec de solides bases dans les cours généraux, apprendront bien plus rapidement que de nos jours un métier technique et manuel. Les professeurs de cours techniques et de pratique professionnelle le reconnaissent d’ailleurs volontiers : les principales difficultés qu’ils rencontrent avec leurs élèves viennent d’un manque de maîtrise de la langue et des mathématiques.

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Mais il y aura tout de même une sélection à partir de 16 ans ? Qu’est-ce que ça change si vous ne faites que retarder l’inégalité ?

La première chose que cela change, c’est que tous auront joui d’une formation réellement générale, c’est-à-dire embrassant à la fois les champs traditionnels de la formation humaniste et les domaines modernes de la technologie. Ainsi, nous rencontrons notre premier objectif: assurer à tous l’accès à une citoyenneté critique. Après 16 ans, les uns deviendront maçons et d’autres médecins. Mais nous aurons des maçons capables de comprendre les enjeux du débat sur le nucléaire ou de se faire une opinion sur l’occupation américaine en Irak. Bref, nous aurons établi l’une des conditions de la démocratie. D’autre part, en retardant l’âge de la sélection, nous diminuons les écarts, et donc le déterminisme social de cette sélection.
Mais c’est vrai : il subsistera une profonde différence de destin social entre les divers métiers (salaires, risques d’accidents de travail, qualité de vie, etc.).
Il va de soi que l’APED s’inscrit dans un large mouvement de lutte politique et sociale pour changer le cours des choses, pour voir se réaliser une société juste. La démocratisation de l’école n’est qu’un des leviers de ce combat, un levier insuffisant mais déterminant.

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Comment allez-vous orienter les jeunes en fin d’enseignement de base ?

A ce stade, les élèves ont déjà dix années d’école commune polyvalente derrière eux. Ils ont acquis une large base et ils ont été en contact avec différents secteurs et métiers. Dès lors, ils perçoivent mieux leurs points forts et leurs points faibles, leurs talents et leurs motivations. Peut-être ont-ils déjà une image plus claire de la manière dont ils envisagent leur avenir : vont-ils continuer à étudier, vont-ils commencer une formation professionnelle, et laquelle, ou désirent-ils combiner les deux ? L’analyse des résultats scolaires, les réunions d’information pour les élèves et leurs parents, l’accompagnement individualisé et, éventuellement, la visite des lieux de travail doivent concrétiser l’orientation de chaque enfant. La responsabilité de l’accompagnement de ce processus incombe à l’école et aux services d’orientation : il leur revient de créer les conditions pour que chaque élève trouve sa place.

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L’enseignement sera encore plus inadapté aux besoins de l’économie

« Adapter l’enseignement aux besoins de l’économie », c’est précisément le credo néolibéral que nous refusons. Adapter l’enseignement à l’économie, cela signifie remplacer la formation générale par de vagues compétences de flexibilité, remplacer les savoirs porteurs de compréhension du monde par des savoirs-faire opérationnels, abandonner l’idéal d’une démocratisation de l’enseignement au profit d’une spécialisation précoce et d’une sélection hiérarchisante. L’homo sapiens sapiens est bien plus (et mieux) qu’un simple homo œconomicus. L’enseignement obligatoire vise à donner aux élèves les capacités relationnelles et cognitives propres à se faire une juste idée du monde, basée sur les critères de la raison, et à vivre dans des rapports pacifiés, conviviaux et solidaires avec les autres.
Dans une société où l’économie ne serait plus dominée par la quête unique du profit, la liaison de la formation au travail pourrait se déployer pleinement à tous les niveaux de l’enseignement.

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La concurrence entre écoles et entre réseaux n’accroît-t-elle pas la qualité de l’enseignement ?

La concurrence est surtout la résultante de la volonté des écoles d’augmenter leur « part de marché » en piquant des élèves – de préférence les meilleurs – aux autres écoles. En outre, chaque école doit « se profiler » sur le « marché » scolaire. Ça peut aller de l’offre d’accueil aux méthodes d’enseignement, en passant par les repas, la participation des parents, les activités sportives, les classes de neige, etc.
Le budget publicitaire des écoles augmente sans cesse, soutenu par des publicités provenant des commerçants locaux. Mais c’est à armes inégales que les écoles mènent ce combat. Est-ce une bonne évolution ? Et qu’entend-on par « qualité » ? Que les élèves reçoivent une formation large et sérieuse ? Que tous les élèves réussissent ? Qu’ils apprennent à vivre et à travailler en coopération ? Ou qu’un groupe sélectionné d’élèves obtient des résultats élevés pendant que les autres quittent le train en marche ?
Ce qui est bon pour l’enseignement devrait pouvoir se réaliser dans chaque école. L’autorité publique doit donc veiller à ce que toutes les écoles atteignent les objectifs visés et doit donc mettre en place l’aide nécessaire via l’accompagnement, les épreuves centralisées, etc.