2. Une formation générale et polytechnique pour tous

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Il est totalement impossible de poursuivre tous ces objectifs dans le temps scolaire !
Plus de temps à l’école ? Ils s’y ennuient déjà !
Et l’évaluation ? Tous les cours devront-ils être réussis ? Tous auront-ils le même poids ?
L’école ne formera plus de maçons et de menuisiers, alors ?
Quelle est la place de la formation professionnelle dans votre vision ? 
Et les professeurs de cours techniques et de pratique professionnelle, que vont-ils devenir ?
Vous parlez de « valorisation de l’acte productif » : n’y a-t-il pas là un risque de marchandisation ? De contrôle de l’école par le patronat?
Votre programme est-il idéologiquement neutre ?
Vous parlez de formation liée au travail. N’est-ce pas déjà un peu le but des mini-entreprises?
Ne faudrait-il pas aussi développer l’esprit d’entreprise ?
Et les « surdoués », qu’en fait-on ?

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Ce que dit le texte du programme de l’Aped :

Une formation générale et polytechnique pour tous

Nous voulons que tous atteignent les compétences et savoirs de base (math, lecture, langues étrangères), que tous acquièrent une culture commune de haut niveau (histoire, géographie, sciences, littérature, arts, philosophie, etc.), que tous soient initiés aux technologies de la production et de la vie quotidienne (TIC, santé, électricité domestique, agriculture, industrie…), que tous reçoivent une éducation physique et une formation sportive. Nous sommes attachés enfin à une découverte et à une valorisation de l’acte productif, pas seulement les divers métiers, mais aussi l’activité associative, le jardinage, etc. Bref, autre chose que regarder la télé.

Cette formation générale et polytechnique pour tous entre 6 et 15 ans implique bien l’abandon de toute spécialisation professionnelle avant l’âge de 16 ans.

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Il est totalement impossible de poursuivre tous ces objectifs dans le temps scolaire !

Dans le temps scolaire actuel, certainement. C’est pourquoi nous disons que « si l’on ne veut pas qu’elle se réalise au détriment des apprentissages, l’école ouverte signifie passer plus de temps à l’école, disposer d’un encadrement supplémentaire et réduire la taille des établissements ». Les trois éléments sont nécessaires : plus de temps pour pouvoir réaliser les nombreux objectifs. Plus d’encadrement pour que le personnel puisse avoir un temps de travail acceptable (le but n’est pas de presser davantage le citron). Des établissements de taille réduite pour que les moments hors temps scolaire « classique » se passent dans une ambiance agréable, plus intime que dans les « grosses boîtes » que nous connaissons aujourd’hui.

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Plus de temps à l’école ? Ils s’y ennuient déjà !

S’y « ennuient »-ils vraiment ? N’est-ce pas plutôt de la démotivation et parfois même de la souffrance ? D’ailleurs, l’Ecole en serait-elle (la seule) responsable ? Nous admettons que l’Ecole d’aujourd’hui n’a pas la capacité à enthousiasmer les élèves, et pas plus que le marché du travail ! Quand l’Ecole aura changé de visage, il y a fort à parier que les élèves porteront un autre regard sur elle.

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Et l’évaluation ? Tous les cours devront-ils être réussis ? Tous auront-ils le même poids ?

L’objectif de notre réforme est de combattre l’échec et nous croyons fermement que ce combat peut être victorieux. Aussi, les termes “évaluation” et “réussite” sont-ils, ici, fort mal utilisés. Dans notre esprit, l’évaluation n’a pas pour but de décider, en fin d’année, si l’élève “passe” ou non dans l’année supérieure. Elle doit servir au contraire à déterminer, tout au long de l’année, ce qui est acquis et ce qui ne l’est pas encore. Selon la nature des lacunes et des faiblesses identifiées par cette “évaluation continue”, on décidera des mesures à prendre pour amener le ou les élève(s) à se mettre à jour, soit dans le cadre de la classe (si le constat concerne l’ensemble des élèves), soit dans un contexte plus individualisé. Cette démarche, qui implique évidemment des structures et des moyens d’encadrement supplémentaires, sera appliquée à tous les cours, petits ou grands. Certains cas pourraient sans doute nécessiter l’organisation de cours de mise à niveau pendant les vacances d’été (éventuellement dans un cadre inter-scolaire), mais seules des situations exceptionnelles (par exemple une maladie de longue durée) devraient justifier le “redoublement” d’une année, après discussion entre les parents et l’équipe éducative.

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L’école ne formera plus de maçons et de menuisiers, alors ?

Bien sûr que si. Mais pourquoi les maçons et les menuisiers devraient-ils ignorer tant de choses au niveau de leur formation générale ? Et, par conséquent, rester des citoyens de seconde zone ? Quand on voit la portion congrue réservée à la formation générale dans l’enseignement professionnel, faire référence à la citoyenneté dans les objectifs de ces formations n’est que pure hypocrisie. Les ouvriers n’ont-ils pas, eux aussi, un rôle de citoyen à jouer ? Comment le pourraient-ils, s’ils ne connaissent quasiment rien à l’histoire, à la science, etc. ? De même, ils ont droit à une formation artistique et sportive. Ainsi d’ailleurs qu’à une formation technologique plus généraliste. Quel élève en maçonnerie a la moindre connaissance en électricité, à l’heure actuelle ? Pour ce qui est de la formation professionnelle spécifique, elle peut très bien commencer à 16 ans. Deux années suffiront amplement pour des élèves disposant d’une bonne formation générale, car la formation pratique en sera nettement facilitée.

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Quelle est la place de la formation professionnelle dans votre vision ? 

Nous parlons d’abord, ici, de la formation de base. La formation professionnelle peut fort bien attendre l’âge de 16 ans. Dans le système éducatif actuel, nul ne s’étonne de voir un futur médecin – dont la formation professionnelle est pourtant particulièrement complexe et longue – d’abord passer des années d’enseignement secondaire général à étudier beaucoup de choses – littérature, histoire, géographie, géométrie… – qui ne lui seront d’aucune utilité dans l’exercice de son métier. Ce droit à la formation générale, nous voulons l’élargir à tous. Tous les professeurs de pratique professionnelle s’accordent d’ailleurs à dire que leur travail est beaucoup plus efficace lorsque les élèves ont préalablement reçu une bonne formation générale. Mais d’autre part, nous voulons aussi que tous accèdent à une formation polytechnique convenable : aujourd’hui, l’enseignement général forme des analphabètes technologiques qui ignorent tout des techniques fondamentales de la vie quotidienne et de l’activité productrice : électricité, soins de santé, agronomie, mécanique…

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Et les professeurs de cours techniques et de pratique professionnelle, que vont-ils devenir ?

Il n’y a aucun souci à se faire pour leur avenir. Non seulement, et c’est nouveau, on donnera à tous les enfants des cours polytechniques dans l’école commune, par conséquent dès l’âge de 6 ans. Mais aussi, après 16 ans, il faudra toujours des enseignants pour former les étudiants qui s’orienteront vers les métiers manuels.

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Vous parlez de « valorisation de l’acte productif » : n’y a-t-il pas là un risque de marchandisation ? De contrôle de l’école par le patronat?

En fait, le contrôle du patronat s’opère dans beaucoup de filières professionnelles et techniques depuis belle lurette. Nous voulons sortir de cette dépendance par la promotion du tronc commun jusqu’à l’âge de 16 ans. D’autre part, par « valorisation de l’acte productif », nous ne signifions pas « formation liée au travail salarié ».
Il est parfaitement possible de “travailler” sans se soumettre au patronat : l’école peut devenir un lieu où les enfants et les jeunes réalisent, à leur échelle, des tâches de production ou de services utiles à la collectivité (jardinage, travaux d’entretien, embellissement des locaux, recyclage, aménagement d’une maison de jeunes…). Evidemment, cela ne doit pas se faire au détriment de la formation théorique, mais, au contraire, constituer une façon de donner du sens à cette formation. Libérer le travail de son côté aliénant, répétitif ou obligatoire, cela fait partie de nos buts. Autrement dit, réenchâsser le travail dans l’ensemble des activités humaines, en le débarrassant de l’exploitation par le salariat.

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Votre programme est-il idéologiquement neutre ?

Non, en effet, notre programme n’est pas neutre. Il se veut au service du bonheur et de l’épanouissement de l’Homme, pas de l’économie triomphante et destructrice. Sur le plan des contenus, le mariage des genres est souhaité, entre la culture humaniste et scientifique, ainsi qu’un décloisonnement des disciplines propre à mieux comprendre le système-monde et pouvoir par la suite agir sur lui. Le sociologue Edgar Morin parle de « relier les connaissances ». Il s’agit aussi de donner des outils aux élèves qui leur permettent de comprendre le sens de leur propre vie.

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Vous parlez de formation liée au travail. N’est-ce pas déjà un peu le but des mini-entreprises?

Il faut aussi parler de l’aspect idéologique des mini-entreprises : l’activité productrice – la recherche, la technologie, l’organisation du travail et le travail lui-même – y est pensée seulement comme un moyen de faire “réussir” son entreprise, donc de faire du profit. Alors qu’il s’agit de faire comprendre aux élèves que ces moyens peuvent être mobilisés pour répondre aux besoins des gens, pour changer le monde naturel et le monde social afin que les hommes vivent mieux.
L’un des dangers des « mini-entreprises », particulièrement dans l’enseignement de qualification, vient souvent de l’importance exagérée qu’on peut leur accorder. Toute une section peut ainsi pendant plusieurs mois ne donner sa pleine mesure que dans cette activité et négliger les autres cours et la formation commune. La formation polyvalente devient secondaire, et seul ce qui est nécessaire à cette « entreprise » est vu et appris. L’industrie essaie depuis plusieurs années de faire de l’école professionnelle et technique un fournisseur de main d’oeuvre pour les besoins présents, l’école leur fournissant un ouvrier directement opérationnel. Que par la suite, il soit incapable d’évoluer, faute de formation de base, ne préoccupe pas l’entreprise. Que, de plus, il lui soit impossible d’être un citoyen capable d’analyse critique sur le monde qui l’entoure l’arrange finalement fort bien. Faute de moyens, l’école a, de plus, une furieuse tendance à se faire sponsoriser par des entreprises pour obtenir des machines qu’elle ne peut plus se payer, d’où le danger d’une mainmise plus grande des entreprises sur les programmes de l’Ecole. Dans un même ordre d’idée, l’apport de la pub pour subvenir à certains besoins amène inévitablement des dérives.

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Ne faudrait-il pas aussi développer l’esprit d’entreprise ?

De quelle « entreprise » parle-t-on ? Est-ce la création de son propre business, dans le cadre d’une économie néolibérale prédatrice et mondialisée ? Est-ce le culte de la réussite individuelle ? Ou bien est-ce plutôt un esprit d’entreprise compris comme « esprit d’initiative » ? Dans ce cas-ci, nous souhaitons évidemment que chaque élève puisse développer pleinement ses capacités créatrices, réaliser des projets personnels et collectifs, mais dans un sens solidaire et responsable vis-à-vis de la collectivité.

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Et les « surdoués », qu’en fait-on ?

L’école commune polyvalente offre aux élèves les plus vastes possibilités d’entrer en contact avec une grande variété de disciplines et ainsi de développer leurs goûts et leurs talents. En plus du tronc commun proprement « scolaire », l’école commune et ouverte propose un large éventail d’occasions pour s’intéresser à toutes sortes de domaines – sciences, langues, sport, arts, technologie, nature, environnement… – dans des ateliers, des associations, des mouvements de jeunesse, etc. Les élèves les plus avancés se verront confier des tâches adaptées. Ils pourront par exemple jouer le rôle de tuteurs auprès des autres enfants.