Séminaire communiste européen sur des questions d’éducation

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Un séminaire européen de partis communistes et ouvriers ainsi que de personnalités du domaine de l’éducation, avec pour sujet “La stratégie de Lisbonne et la restructuration des systèmes d’éducation – Fronts de lutte et réponse du mouvement communiste et ouvrier” a eu lieu à Athènes les 8 et 9 avril 2006.

Les participants, des délégués de 18 partis communistes et ouvriers ainsi que des scientifiques communistes, provenant de 19 pays, ont estimé cette rencontre particulièrement constructive et arrivant à propos, offrant ainsi une contribution significative aux initiatives conjointes des partis communistes et ouvriers, qui avaient été initiées lors de la rencontre internationale des partis communistes et ouvriers qui s’était tenue à Athènes en novembre 2005.

Ils ont félicité et exprimé leur totale solidarité avec la lutte militante et massive des jeunes et des travailleurs de France, pour le retrait de la loi offensive pour le “Contrat Nouvelle Embauche”, qui visait l’implémentation directe de la réactionnaire “Stratégie de Lisbonne”. Les participants ont déclaré leur engagement vis-à-vis du développement futur d’un mouvement international de solidarité et ont souligné la nécessité d’une solidarité qui s’exprimerait d’une manière plus coordonnée et déterminée au sein des nombreuses luttes de résistance dans le domaine de l’éducation, à travers toute l’Europe.

Au vu des faits présentés par les participants, il est apparu clairement qu’une vaste attaque rampante avait cours en ce moment, à la fois dans et hors de l’Europe, dans le domaine de l’éducation, dans le but de mener des réformes d’ordre réactionnaire. Cette attaque, comme les participants l’ont souligné, est le résultat d’une demande internationale du capital d’adapter l’éducation et les êtres humains à des “nouvelles” relations de travail et conditions de vie plus dures et traduisant une plus grande exploitation, mais aussi d’intensifier la manipulation et le contrôle des esprits de la jeune génération.

Plusieurs orateurs ont souligné les effets dévastateurs que le processus de Bologne aura sur les études supérieures.
Suite, surtout, au Sommet de Lisbonne, mais aussi aux discussions menées dans le cadre du GATTS, le rythme du passage à une éducation s’adaptant aux règles du marché capitaliste s’est accéléré, puisque celui-ci réclame des efforts visant à gérer la crise, la recherche de nouveaux secteurs d’activité pour le grand capital et est dominé par la compétition acharnée des marchés des trois centres impérialistes (UE, USA, Japon).

Cela explique pourquoi la restructuration de l’éducation, en dépit des différences de formes et de méthodes dans chaque pays, a des caractéristiques communes, à savoir :

1. Le développement de la privatisation, en diminuant les dépenses des Etats en matière d’éducation et en transférant les coûts de l’éducation directement vers les étudiants et leurs familles; ainsi que par l’intrusion des entrepreneurs privés dans les opérations fondamentales de l’éducation, à tous les niveaux, en commençant par les études supérieures. Cette privatisation enchaîne l’éducation publique, dans sa pratique, aux critères de compétitivité propre au secteur privé, tout comme à la recherche de moyens d’autofinancement, provenant du secteur privé – basé sur le profit- en tant que « sponsor ».

2. Le renforcement des mécanismes de sélection et des barrières de classe visant une sélection sociale de l’élite, et l’exclusion de la majorité des étudiants dans un enseignement professionnel en lieu et place d’une éducation large et systématique; visant également ainsi la division et la classification des étudiants de tous niveaux en catégories différenciées selon la classe et selon différentes formes d’éducation et de formation.

3. Le rétrécissement de l’éducation générale ainsi que la commercialisation et le flagrant nivellement par le bas de la connaissance à travers la substitution d’une éducation de masse par des formes individuelles d’ “éducation permanente”, de « compétences » utilitaires et subalternes, pour une errance perpétuelle entre chômage et formation.

4. La discrimination envers les immigrés, les positions nationalistes et chauvines, le mépris pour les autres peuples et les autres cultures en promouvant dans le même temps l’ « euronationalisme. »

5. La perversion complète de la mission sociale de la science à travers le contrôle de son orientation et même de ses résultats par les monopoles et les organisations impérialistes (OTAN, UE), qui interfèrent de façon flagrante dans la recherche et déterminent l’activité scientifique des universités et des institutions de recherche.

6. Les mesures systématiques d’obscurantisme, de perspective anti-dialectique de l’évolution sociale, d’altération et de diffamation des luttes de classe, de libération nationale, sociales, et antifascistes ainsi que les tentatives de pénalisation de toute résistance et de toute idéologie progressive et communiste.

Les participants ont noté que les conséquences dures de la restructuration de l’éducation, pour la classe ouvrière et le peuple, détruisent le mythe de la politique bourgeoise qui n’est qu’une vaine tentative de renouveler qualitativement et de moderniser l’éducation sur la base d’une évolution de la science, de la technologie et de la production. Il a été souligné que la réponse moderne du mouvement ouvrier devrait être le développement essentiel, mais aussi viable, quantitatif et qualitatif, d’une large éducation commune des jeunes, comme un préalable minimal pour tout choix à long terme et pour toute modernisation d’une éducation scientifique ou professionnelle.

Dans le même temps, les délégués ont condamné la revendication profondément hypocrite des gouvernements nationaux et de l’UE, que la restructuration a pour but de lutter contre le chômage, soulignant que les causes du chômage ne doivent pas être attribuées à l’éducation, mais bien au mode capitaliste de production, qui présuppose une réserve permanente de chômeurs dans le but de réduire les demandes des travailleurs à leur niveau le plus bas et intensifier leur exploitation.

Plusieurs participants ont noté que la résistance et les luttes s’intensifieraient. Que face à la stratégie uniforme des forces réactionnaires, se dessine un besoin immédiat d’intensifier les processus unifiés et l’échange des expériences en ce qui concerne tous les niveaux d’éducation ; de fortifier les liens avec les jeunes, les enseignants, les parents et les autres personnes impliquées dans l’éducation ; de faire des avancées concrètes pour renforcer la solidarité avec les luttes revendiquant une meilleure éducation.

Les participants, ont affirmé qu’ils étaient prêts à intensifier leur coopération, leur coordination et leurs efforts à un niveau européen, afin de lutter pour :

– une Education Populaire Unifiée, par le biais d’un système d’éducation publique gratuit, qui contraste avec une éducation privatisée de classe, qui prolonge les inégalités sociales, qui se marquent dès le plus jeune âge. Ceci nécessite un refinancement public général de l’éducation.

– la recherche scientifique au service des besoins modernes de la population, dans le but que la science cesse d’être un outil pour la réalisation de profits plus importantes ou pour la surexploitation des travailleurs; dans le but qu’elle devienne un moyen pour la population de se libérer du manque matériel et des chaînes intellectuelles.

– La coordination du mouvement éducatif au sein du mouvement ouvrier populaire dans une lutte unifiée contre la restructuration capitaliste de l’éducation, du travail et de la vie sociale, contre les monopoles et les institutions impérialistes qui impose une politique profondément orientée “de classe”. Une lutte qui a pour but à la fois la reconstruction impérative de l’éducation et la réorganisation globale de la société. Car ni l’éducation, ni la science, ni la population ne pourront primer, tant que le profit sera la mesure du progrès. En outre, les problèmes de l’éducation découlent des problèmes de société plus généraux, et il s’agit donc d’une des principales questions qui démontre la nécessite et la pertinence contemporaines du socialisme.

Dans le but d’atteindre les objectifs susmentionnés, les actions suivantes pourraient se révéler être d’importantes contributions :

1. L’échange mutuel systématique d’information sur les développements en cours ainsi que le partage périodique de conclusions et d’actions conjointes face aux mesures découlant de l’UE et d’autres institutions impérialistes.

2. Répercuter et diffuser les propositions et élaborations fondamentales des partis et /ou d’intellectuels marxistes progressistes issus du domaine de l’éducation.

3. Examiner la possibilité d’initiatives conjointes à un niveau européen, prise par des partis ou des mouvements au début de la nouvelle année scolaire en septembre, ainsi que pour la fin 2006 ou à d’autres occasions.

4. S’informer les uns les autres et coordonner l’action, pour que la solidarité s’exprime plus systématiquement au niveau du parti ou du mouvement.

5. Promouvoir l’action conjointe au sein des mouvements et l’intensification du front idéologique de lutte, considérant le fait que l’éducation est un outil important du contrôle idéologique.

6. Adresser un appel et une invitation à l’intelligentsia et aux professeurs progressistes à résister aux réformes réactionnaires et à interdire qu’ils soient eux-mêmes transformés en outils de nouvelles réformes réactionnaires.

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Liste des Participants

Parti Communiste d’Arménie.
Parti du Travail de Belgique.
Parti Communiste de Grande-Bretagne (CPG).
Parti Communiste de Bulgarie.
Parti Socialiste de Croatie.
AKEL-Chypre.
Partie Communiste de Bohème et Moravie.
Parti Communiste Unifié de Géorgie.
Parti Communiste de Grèce.
Parti Communiste de Lettonie.
Nouveau Parti Communiste des Pays-Bas.
Parti Communiste de Pologne.
Parti Communiste Portugais.
Parti Communiste de la Fédération Russe.
Parti Communiste ouvriers de Russie – Parti des Communistes de Russie.
Nouveau Parti Communiste de Yougoslavie.
Parti Communiste de Turquie.
Parti Communiste d’Ukraine.

Orateurs Invités

Annie Lacroix-Riz, Professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de Paris VII, France

Andrea Catone, Professeur et Directeur du Centre d’Etudes sur la Transition socialiste, Naples, Italie.