Suite aux propos des ministres De Robien et De Villepin

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Prenant prétexte de l’expression du malaise social qui
s’est exprimé à travers la révolte des jeunes de certains
quartiers ces dernières semaines, le gouvernement et sa
majorité continuent de mettre en cause les services
publics et les valeurs collectives de solidarité qui ont
prévalu pour construire les équilibres républicains dans
notre pays, notamment le service public et laïc
d’éducation nationale.

Avec le projet de budget pour 2006, il porte un nouveau
coup au tissu éducatif déjà mis à mal ces dernières
années en poursuivant une politique désastreuse de
suppression massive de postes et de crédits, mettant
ainsi en cause sa capacité même de mener à bien
certaines de ses missions. En application des lois
Raffarin, Fillon et Borloo imposées malgré l’opposition
de la très grande majorité des acteurs sociaux concernés,
il met en oeuvre le transfert aux collectivités territoriales
des personnels TOS dès le premier janvier pour les non
titulaires. Il renvoie sur les collectivités locales la prise
en charge du traitement de l’échec scolaire. Il renforce
ainsi les inégalités territoriales et prépare, à plus long
terme, la privatisation des services concernés, première
étape vers un éclatement du système éducatif national.
Par son projet de retour à l’apprentissage dès 14 ans
comme mode de traitement de l’échec scolaire, ce
gouvernement contribue à la dévalorisation de la voie
professionnelle considérée comme voie d’échec. Il prend
en outre une lourde responsabilité devant l’histoire en
remettant en cause la nécessité de l’allongement de la
scolarité obligatoire, de l’élévation des connaissances et
des qualifications pour faire face aux défis culturels,
économiques et sociaux du siècle.

Avec les propositions De Robien de mise en place de
« réseaux réussite », le gouvernement veut franchir un
pas supplémentaire vers une école du tri social en
supprimant pour des milliers d’élèves des quartiers
difficiles, de la maternelle au lycée, les aides – déjà
notoirement insuffisantes – qui étaient apportées aux
élèves au travers de la politique des ZEP.
Nous n’acceptons pas cette nouvelle étape dans la
dégradation et la destruction des missions du service
public d’éducation nationale, institution qui est au coeur
du pacte républicain. Remplacer une ambition collective
par des mesures individuelles d’encouragement pour
quelques uns ne peut que contribuer au renforcement
des ségrégations scolaires, des injustices sociales, de
l’exclusion, conduire à sacrifier les perspectives sociales
et professionnelles de milliers de jeunes.
Nous n’acceptons pas la logique de culpabilisation des
familles et des élèves en difficulté qui permet d’éviter le
questionnement sur les causes profondes de l’échec
scolaire et sur les transformations à mettre en oeuvre à
tous les niveaux du système éducatif pour y faire face
Cette politique autoritaire, démagogique et populiste est
dangereuse pour le pays, elle ne peut conduire qu’à de
nouvelles explosions sociales.

A l’heure où les banlieues s’enflamment et où les jeunes
des quartiers défavorisés désespèrent de trouver une
place dans la société, nous affirmons qu’il est possible
de mettre en oeuvre d’autres solutions, susceptibles de
redonner espoir à la jeunesse, aux familles et au pays.
Nous affirmons qu’il est urgent de refonder un service
public capable d’offrir des conditions de scolarisation
améliorées pour tous dès la maternelle, tout au long de
la scolarité obligatoire, et d’amener chaque jeune à un
haut niveau de formation générale, professionnelle et
citoyenne.

En faisant de mauvais procès, le gouvernement diffère
les légitimes débats que devraient soulever la
construction de l’école d’aujourd’hui. En restreignant
toujours plus ses ressources, il obère toute faculté de
relever durablement ces défis.
Pour l’immédiat nos organisations entendent contribuer
à la résistance et la mise en échec des décisions
gouvernementales, notamment au moment où se
prendront dans les départements et les académies es
décisions de carte scolaire pour les écoles, lycées et
collèges afin de promouvoir le service public
d’éducation en exigeant les moyens indispensables à son
développement et son amélioration.
Elles décident de se revoir dans les prochaines semaines
pour débattre de la construction d’une grande initiative
unitaire nationale permettant d’ouvrir des perspectives
de réelles transformations progressistes de l’école de la
république.

Paris, le 22 décembre 2005

Les organisation signataires

– LCR
– Les Alternatifs
– MARS
– MRC
– PCF
– CEMEA
– FERC-CGT
– Fondation Copernic
– GFEN
– UNEF