Imprégnation et accompagnement

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« Il faut que la pub qu’on fait imprègne l’esprit », vient de déclarer Patrick le Lay, confirmant ainsi que le métier de TF1, comme il l’annonçait déjà il y a quelques mois, est « de vendre du temps de cerveau disponible » (1). Les propos de Mr le Lay, s’ils témoignent d’un certain cynisme, ont pourtant un avantage : celui de la franchise.
Le PDG de TF1 déclare en effet publiquement ce qu’il ne manque pas de promettre de toute façon aux firmes qui sont ses clientes : faire des téléspectateurs des consommateurs soumis. Il ne fait que rappeler que la chaîne qu’il dirige n’est qu’un des rouages d’une société de consommation. Société de consommation aliénante où le travail d’« imprégnation » est partout à l’œuvre. Aucun secteur n’est épargné. L’École est elle aussi touchée. Nous avons déjà dénoncé dans ces lignes les intrusions publicitaires, commerciales et idéologiques au sein des établissements scolaires (2). En voici l’un des derniers exemples :

Sous un titre discret, « L’usage pédagogique d’Internet gagne du terrain à l’école et à la maison », Le Monde du 24 novembre 2005 annonçait une nouvelle étape de ce que l’on appelle désormais la marchandisation de l’école. Nous apprenons dans cet article que Gilles de Robien, ministre de l’Éducation nationale, vient de déclarer qu’il allait « accompagner » Internet . Le ministère a-t-il donc décidé d’équiper les établissements et de nommer les enseignants nécessaires ? Détrompons-nous. Il s’agit de convaincre les familles de l’intérêt de l’usage d’Internet (intérêt qu’il conviendrait de préciser) dans l’éducation de leurs enfants pour mieux les inciter à s’équiper …à leurs frais.
Le ministère apporte ainsi sa caution à une campagne commerciale d’envergure, une très bonne nouvelle pour le marché !
Le chantage à l’échec scolaire aidant, l’opération promet en effet d’être juteuse. Culpabilisées, les familles modestes s’endetteront encore un peu plus, les plus pauvres, auxquelles les banques refuseront un nouveau crédit, n’auront plus qu’à supporter un peu plus douloureusement encore le poids de leur misère…Égalité des chances ?
Les services du ministère, impatients d’appliquer ce nouveau plan, indiquent déjà que les contacts sont pris avec les grandes surfaces de distribution. Pour 1000 euros, les familles seraient équipées et formées. A quand la promotion par le ministère de l’enseignement en ligne à la maison (pratique qui se développe aux Etats-Unis) ?
Gageons que cette campagne commerciale s’accompagnera d’animations, de salons, de reportages, d’articles, de conférences… et bien sûr de publicités.

Nous n’avons pas fini de subir les « offres exceptionnelles » et autres promotions pour les équipements Internet qui s’étalent déjà sur les affiches du métro et sur les prospectus qui encombrent les boîtes aux lettres.

Patrick le Lay le dit, le ministère de l’Éducation nationale « imprègne » aussi.

Christiane Levilly

(1) Le Monde du 26 novembre 2005.
(2) R.A.P s’implique dans le combat pour la reconquête de la neutralité scolaire (voir notre site) :
– Campagne « Pas de pub sur les murs des collèges et des lycées »
– Manifeste pour l’annulation du « Code de bonne conduite des interventions des entreprises en milieu scolaire ».