Le mouvement de 1996

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Ce 19 novembre 2005, outre les dix ans de l’Appel Pour une Ecole Démocratique, nous célébrerons le dernier grand mouvement social dans l’enseignement francophone belge. Cette grève, longue et mouvementée, menée par les enseignants et les étudiants contre les mesures d’austérité de Laurette Onkelinx (PS) et de Jean-Pierre Grafé (PSC), est sans doute méconnue de bon nombre de nos amis flamands et des plus jeunes d’entre les francophones. Le rappel qui suit comblera ces lacunes (1).

95-96 : deux années scolaires dans la tourmente

Dès le printemps 95, la ministre Onkelinx lance un plan de rationalisation de l’enseignement secondaire. Les écoles de moins de 400 élèves doivent fusionner ou disparaître. Et 2800 à 3000 emplois passer à la trappe. En raison de nombreuses actions de protestation, le volume des pertes d’emploi est ramené à 800. Mais Onkelinx refait ses comptes : il lui faut encore trouver 3 milliards de francs belges, ce qui équivaut, à ses yeux, à sacrifier 3000 emplois ! L’enseignement francophone connaît alors, début 96, la plus longue grève de son histoire : de fin février à début mai, les arrêts de travail, manifestations, actions se suivent sans interruption. En vain, malheureusement. Les 3000 emplois disparaissent et une école sur cinq se voit absorbée par une entité plus grande.
Sur le plan social, une maigre consolation : les mesures de prépension soulageront les aînés et préserveront les emplois des jeunes. Mais la réduction de l’encadrement est bien là … et, depuis lors, se paie chaque jour dans chaque établissement. C’est ainsi qu’Anne-Marie Pirard peut titrer dans le Ligueur du 18 décembre 96 : « Secondaire : après la pluie, le mauvais temps ».
Dans le supérieur, c’est la même logique d’économie qui frappe : Lebrun puis Grafé regroupent les 113 écoles supérieures en 30 Hautes Ecoles de plus de 2000 étudiants en moyenne. Ces écoles reçoivent désormais des enveloppes fixes et globales pour payer leur personnel et faire face à leurs frais de fonctionnement. Et le budget est gelé ! A ce niveau-là aussi, on en mesure encore les funestes conséquences aujourd’hui (qui provoquent d’ailleurs des poussées de fièvre sporadiques chez les enseignants et les étudiants).

Pourquoi un mouvement d’une telle ampleur ?

Si la résistance aux mesures Onkelinx-Grafé fut si farouche, il faut certainement en chercher la raison dans deux directions. D’une part, les enseignants se révoltent face à une énième agression : depuis la fin des années 70, ça n’arrête pas. Qu’il s’agisse des derniers ministres nationaux ou de leurs premiers homologues communautaires, tous n’ont qu’un mot à la bouche : restriction ! Les moyens de l’enseignement sont sans cesse rabotés, et les conditions de travail à chaque fois rendues plus dures : suppression des heures de titulariat et de conseil de classe, augmentation des normes d’ouverture et de maintien des options, économies sur les constructions scolaires, augmentation de la charge hebdomadaire des enseignants, remplacement des normes par un capital-périodes bien moins favorable, etc. Les décisions prises à Val Duchesse en 1986, à elles seules, ont coûté 15 000 emplois, selon les organisations syndicales.
Autre raison de la colère de 96, le sentiment – aussi bien des enseignants que des étudiants – que ce décret-ci, venant ajouter ses effets dévastateurs aux mesures d’austérité antérieures, va vraiment porter un coup fatal à la qualité de l’enseignement en Communauté française de Belgique, notamment parce qu’il réduit l’encadrement et constitue de grandes écoles, forcément moins humaines. La dualisation de l’enseignement et de la société sera encore aggravée.

Une grève à la fois très riche et … perdue

Il faut insister sur cet aspect de la grève de 96. Il y est vraiment question de la qualité de l’enseignement. Les insultes proférées envers les professeurs durant le mouvement, par exemple quand ils participaient à des piquets de grève, avaient beau être toujours du même tonneau (« Qu’est-ce qu’ils veulent encore, les profs ? Deux mois de vacances, c’est pas assez ? Leurs salaires ne sont-ils pas suffisants pour 20 heures par semaine ? »), l’enjeu est clairement ailleurs : il faut sauver l’emploi, c’est-à-dire l’encadrement des jeunes et le rôle de l’école comme lieu d’émancipation sociale. Le débat, au sein du mouvement, s’avère très riche, établissant le rapport étroit entre l’école et la société, et vice-versa.

Alors, pourquoi cette grève a-t-elle échoué ? On peut se risquer à quelques explications.
Il y a, surtout – ne l’oublions pas -, l’attitude inflexible du gouvernement Onkelinx, soutenu par sa majorité et par les pouvoirs économiques. Une attitude inflexible au point de faire donner la troupe. On se souvient encore de ces moments où des enseignants et des étudiants essuyaient les coups de matraques, les jets des autopompes, les charges des chevaux et autres bombes lacrymogènes. Face à l’histoire, les gouvernants sont – et resteront – les responsables du terrible gâchis que leurs mesures entraînent. Le rapport de forces n’est pas non plus des plus favorables. Dans l’enseignement, l’arrêt du travail ne fait pas mal au portefeuille du patron. Quand survient, le 2 avril 1996, le vote du décret, malgré le feu continu des actions de protestation, le découragement gagne du terrain.
Du côté des militants les plus déterminés, même si le trio syndical Anciaux (CGSP) – Dohogne (CSC) – Lacroix (SEL) tient bon jusqu’au bout (le premier nommé n’est-il pas surnommé « monsieur non » ?), le sentiment de n’être pas assez soutenus par les organisations syndicales gagne du terrain. Sans doute ce sentiment est-il dû en grande partie au manque d’unité avec le monde du travail et à l’absence de soutien véritable de la part des structures syndicales au niveau interprofessionnel.
Un événement inattendu vient également en désarçonner plus d’un : la contre-proposition lancée sans concertation par la CEMNL (une des centrales chrétiennes). L’ « idée » ? Que les enseignants subsidient eux-mêmes une partie des économies réclamées par les ministres, en acceptant une réduction de salaire en échange du maintien de l’emploi. Cette initiative crée bien évidemment des tensions supplémentaires au sein de la CSC comme au sein du front commun.
Beaucoup de militants ne comprennent pas pourquoi l’idée d’un moratoire n’est pas mieux soutenue. Cette idée-là « passe » en effet très bien dans toutes les assemblées et fédère beaucoup d’enseignants et d’étudiants de la base. Le moratoire en question consistait à geler toute décision sur l’enseignement pendant un an et à profiter de cette année pour mettre toutes les données à plat.
Autre source de tension dans le mouvement : l’approche des examens, et la question de savoir si on va sacrifier l’année scolaire ou rentrer dans les écoles. La cohésion manquant sur ce point, les profs se retrouvent abandonnés à la pression que l’on imagine. Avec le résultat que l’on sait.
Enfin, ce qui aura également pesé lourd dans la balance, ce sont les ponctions sur les salaires des grévistes. On peut regretter que n’aient pu se mettre en place des « pots de solidarité » quand les retenues commençaient à faire mal… Le mouvement aurait alors pu se prolonger.

Mais le feu couve

La seule sortie honorable de la crise que connaît l’enseignement est de replacer l’école dans un contexte de société. L’école est frappée durement, comme les autres services publics et comme la plupart des travailleurs du privé. Pour la même raison : dégager toujours plus de profit pour une minorité de nantis. Une seule issue : unir les luttes. Ce n’est que dans un tel cadre que l’enseignement pourra être réellement refinancé et devenir plus juste. C’est ce que clamait une minorité très active au sein du mouvement de 96. Ces enseignants n’ont jamais cessé d’agir : certains d’entre eux ont rejoint des mouvements comme ATTAC ou l’Aped, ont joint leur voix à celles des travailleurs en lutte à Clabecq, à Vilvorde et à Seraing, ou encore se sont engagés dans la résistance aux centres fermés pour étrangers. Ils étaient très nombreux ce vendredi 28 octobre 2005, dans les rues de Bruxelles, à participer au mouvement national et interprofessionnel pour défendre les régimes de fin de carrière. Ils ne baissent pas les bras. Puisse l’expérience engrangée en 96 inspirer le prochain mouvement à venir …

Ph. Schmetz

(1) Sur base des informations fournies par Pros Vandebroeck (COC) dans Misère de l’école (Aped 1999), ainsi que du témoignage de Vito Dell’Aquila, acteur du conflit au sein des Collectifs enseignants.

3 COMMENTS

  1. > Le mouvement de 1996
    BONJOUR TRES MEMBRES
    Nous sommes une ONG installée au BENIN et nous oevrons dans l’éducation pour les enfants et pour leurs mieux etre.Pour preuve voici ci joind nos documents et par ce méssage nous demandons votre partenariat pour l’évolution de cette mission.
    NOS ADRESSES
    ONG JEF
    BP:492 Abomey-Calavi (BENIN)
    TEL:+229 93704198 / 95792570
    E-MAIL: ongjef@yahoo.fr

    • > Le mouvement de 1996
      Salut chers amis je suis un resortissant beninois residant à Abidjan cote d’ivoire depuis plus de 16 ans je titulaire d’un BTS en gestion commerciale je suis toujours attiré par les oeuvres sociales j’ai plusieurs attestations de travail et une attestation en animation radio je propose de d’entrer en contacte avec votre ong pour d’éventuelles collaboration
      Sur ce je vous laisse dans l’espoir d’avoir des nouvelles
      Mr GBADEKPE Félicien
      BP 178 ABIDJAN 29 COTE D’IVOIRE
      cell +225 06442749 OU +225 06795048
      Je vous souhaite plein suççès de courage

  2. Pourquoi l’échec de cette grève?
    Pourquoi fut-elle perdue, cette grève?

    Parce que le mouvement n’a jamais pu dépasser l’huis clos en Communauté française! Tant que nous respections ces quatre murs-là, le socialisme du possible nous imposait ce qu’il entendait nous imposer.

    Les organisations syndicales ne l’ont pas pu davantage, tétanisées qu’elles étaient comme tous les politiciens francophones des trois vieux partis à la seule idée d’envisager de demander un refinancement au fédéral, autrement dit « aux Flamands »! C’était pourtant le seul lieu où quelque chose pouvait être discuté, comme cela ne devait pas tardé à l’être, notamment en raison des écologistes « naïfs ». Mais les trois mille étaient virés.

    Le plus grave, c’est que je n’ai jamais entendu de mon syndicat, la CGSP, ni d’un autre, une analyse de cet échec.

    Ma (petite) consolation, c’est la ruine de la fête du 1er mai du PS à Liège, qui n’a pu avoir lieu dans le Palais des Congrès occupé par des centaines de profs en colère…

    P.S. Il y a un atelier enseignement à la journée Une Autre Gauche-Een Andere Politiek du 28 octobre à l’ULB

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