Rencontre entre Mme Arena et les enseignants

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Une cinquantaine de profs sont présents sur les quelque 200 invités, dont notre délégué à Mouscron. Les médias sont là. Sut le plateau, la Ministre entourée de deux des chercheurs de St-Louis. En retrait, Roger GODET (une intervention à la demande de Mme ARENA à propos des classes uniques).

Le directeur du Théâtre National de la Communauté française accueille les participants et insiste sur l’importance du lien entre l’école et la culture. Il se félicite de cette rencontre physique d’aujourd’hui dans une salle de spectacle où les décors, le matériel est resté en place (il faudra d’ailleurs évacuer les lieux à 17h00, les comédiens attendant pour répéter).

Après s’être excusée d’entre enrhumée, la Ministre présente d’une voix quelque peu éraillée le contrat stratégique, dont dit-elle, elle ne revendique nullement la paternité dans la mesure où elle assume sa maternité ailleurs. Elle paraît et paraîtra à l’aise tout au long de l’après-midi.

Ce contrat, insiste-t-elle, est une réponse :

– aux résultats des enquêtes (cfr. un document synoptique remis en début de séance)
– aux constats de terrain : inspecteurs, P.O., enseignants, etc.

Elle stigmatise l’originalité de sa démarche qui contraste avec ce qui s’est fait jusqu’à ce jour où les décisions étaient imposées d’en haut. Il ne faut voir dans le texte qu’une proposition, une pierre à casser, améliorer, à compléter. Bref, rien de définitif.

Elle cède la parole aux deux chercheurs qui mettent en avant les parallélismes entre les différentes enquêtes. Les problèmes et les aspirations des personnels consultés sont similaires avec des connotations particulières selon les niveaux. Deux constantes : chaque niveau a tendance à remettre sur le dos de l’autre les difficultés qu’il rencontre : le primaire sur le maternel, le secondaire sur le fondamental, le spécialisé sur l’ordinaire. Et : plus la filière est dévalorisée aux yeux du public, plus le personnel se sent dévalorisé. Au sommet de la satisfaction personnelle : le général. Tout en bas : le spécialisé.

Puis, durant 1h30, la Ministre va répondre aux questions qui lui sont posées. Celles-ci sont globalement celles que nous nous posons au SEL. En vrac :

– les 20 élèves par classe au 1er degré du primaire.. Il ne s’agira pas d’une mesure linéaire pour Mme ARENA. On donnera aux écoles les moyens humains pour assumer au-delà des 20. Il appartiendra aux écoles de gérer ces moyens supplémentaires comme elles l’entendent. (N.B : c’est exactement ce que souhaite la FEDeFOC. Cfr. Dernier Bulletin d’information) :
– les bassins. Non pas des bassins économiques. Si je l’avais souhaité ainsi, riposte la Ministre à une interpellation, il me suffisait d’utiliser les outils existants : les bassins sub-régionaux de l’emploi. Et d’illustre ce qu’elle souhaite comme suit : dans la botte du Hainaut, on pourrait s’attendre logiquement à ce que les élèves du secondaire s’orientent vers Charleroi ; or, une partie importante d’entre eux va vers Namur. Pourquoi ? Offre d’enseignement ? Transports plus aisées ?… C’est à ces questions que devront répondre les chercheurs sollicités. Il s’agira donc bien de bassins scolaires, d’outils permettant une gestion meilleure ;
– le statut des directeurs qui va être réactivé. Elle est bien consciente de ce que les P.O ne voient pas cela d’un très bon œil, mais c’est l’avantage d’un plan global : ils recevront par ailleurs des choses qui les satisfont. En échange, ils devront en accepter d’autres plus déplaisantes. (Je me dis que nous serons aussi dans ce cas de figure) :
– je pose à Mme ARENA la question suivante (textuellement) : la plan stratégique peut être divisé en quatre parts inégales : la première, gigantesque, concerne le qualifiant ; la seconde, moyenne, le fondamental ; la troisième, petite, le spécialisé ; la dernière, c’est le quasi-silence : le général. A peine perturbé par le battage médiatique à propos de la disparition ou non d’une langue morte. Pourquoi ? Sa réponse : c’est un choix délibéré. Le général n’est pas une filière de relégation. La qualifiant hélas trop souvent. Je souhaite que cette filière soit un choix du jeune. Pour éviter la relégation, il faut mettre les moyens sur le fondamental. Ces deux piliers du contrat sont mes hyper-priorités ;
– un instituteur (vieux, comme moi) plaide pour l’apprentissage d’une seule méthode de lecture à l’école normale. Pour lui, c’était mieux il y 30 ans quand tout le monde appliquait la globale. Je m’insurge contre cela (l’incident est visible sur les reportages RTL et RTBF : on voit au 1er rang cet instituteur se retourner très excité et faisant de grands gestes). Je lui signifie un peu vertement qu’en 30 ans, j’ai pratiqué 7 méthodes de lecture en fonction des modes, certes, mais aussi du type d’enfants qui étaient les miens. Imposer une seule méthode serait pédagogiquement contre-productif. La Ministre opine et ajoute que la liberté pédagogique des réseaux lui interdirait cette imposition ;
– notre délégué de Mouscron, par ailleurs éducateur, pose la question de sa fonction, oubliée dans le contrat. Mme ARENA le reconnaît. Ce texte est loin d’être parfait, dit-elle. Cet oubli doit être corrigé (Le faisons-nous dans notre contribution ?) ;
– le tronc commun ; il ne s’agit pas, dit-elle, de restreindre les possibilités offertes mais de se mettre d’accord sur celles qui seront obligatoirement communes à tous jusqu’à 14 ans ; un professeur de pratique professionnelle s’insurge contre ce tronc commun : pour lui, on n’a déjà pas assez avec 4 ou 5 ans pour former des menuisiers et voilà qu’on retire une année de formation au métier ; pour la Ministre, le tronc commun est non négociable ;
– la CCPQ est remise en cause : trop exigeante par rapport aux possibilités des écoles, entre autres en matériel de point. Mme ARENA paraît un peu décontenancée puis se reprend mettant en avant l’intensification des stages au dernier degré, surtout, selon elle, en dernière année ;
– quelques problèmes statutaires sont soulevés : l’impossibilité pour les profs de religion dans l’enseignement de la Communauté d’avoir une extension de nomination, l’arrivée de profs plus âgés issus de l’industrie, …
– la formation continuée. Mme ARENA dit : il existe un décret. Je l’interromps : deux, Madame. Oui, rectifie-t-elle en lançant un regard en coin vers Roger GODET (pour rappel, auteur du décret NOLLET). Il faudra se pencher sur les contenus et la forme.
– les inspecteurs (problème souleva par un prof du secondaire, vraiment ulcéré à cette idée). La Ministre répond qu’ils auront une mission accrue de conseiller.

Voilà pour l’essentiel (l’essence). A chaud, je dirais que certaines de mes inquiétudes se ont apaisées.. mais pas toutes.

Bernard DE COMMER. (SEL)

1 COMMENT

  1. > Rencontre entre Mme Arena et les enseignants
    Avant tout je me présente : J’ai un diplôme de gradué en électronique et je travaille comme technico-commercial dans une entreprise de HVAC depuis 27 ans. En outre, je suis pour l’instant les cours pour obtenir le CAP.

    Je voudrais réagir aux deux paragraphes suivants :
    le tronc commun ; il ne s’agit pas, dit-elle, de restreindre les possibilités offertes mais de se mettre d’accord sur celles qui seront obligatoirement communes à tous jusqu’à 14 ans ; un professeur de pratique professionnelle s’insurge contre ce tronc commun : pour lui, on n’a déjà pas assez avec 4 ou 5 ans pour former des menuisiers et voilà qu’on retire une année de formation au métier ; pour la Ministre, le tronc commun est non négociable

    la CCPQ est remise en cause : trop exigeante par rapport aux possibilités des écoles, entre autres en matériel de point. Mme ARENA paraît un peu décontenancée puis se reprend mettant en avant l’intensification des stages au dernier degré, surtout, selon elle, en dernière année

    Je suis entièrement d’accord avec le professeur de pratique professionnelle. Dans l’ancien système, on formait des techniciens en 6 ans (3 années A3 +3 années A2 en cycle long et 5 années d’A3 en cycle court ou 6 A4 en professionnelle).

    Le Rénové ayant montré ses limites en ce qui concerne les cours techniques, Mme Arena veut le réformer. Bravo, mais je pense qu’en ce qui concerne les cours qualifiants, elle se trompe de réforme. Ces prédécesseurs, pour rémédier au manque de qualification des élèves sortant de ces cours qualifiants avaient inventé la mise en place de la CCPQ qui a fourni un travail de Bénédictin considérable qui a abouti sur l’établisssement des profils de qualifications et des profils de formation.

    Va-t-on « encore une fois » balayer tout le travail de ± 10 ans et à nouveau remettre le couvert pour pendant encore 10 ans. Alors que, par l’expérience qu’est en train de m’apporter les cours de CAP, les professeurs de cours techniques sont seulement en train d’essayer d’ingurgiter les profils de formation (et les nouveaux programmes qui, pour certains viennent d’éclore et pour d’autres sont en train d’être enfantés) et la nouvelle pédagogie de l’approche par compétences !

    Je voudrais aussi faire remarquer à Mme la Ministre que, par expérience (car je m’occupe aussi de la formation des jeunes apprentis et stagiaires dans l’entreprise dans laquelle je travaille) il est inutile de croire au doux rêve que le renforcement des stages en entreprise va contrebalancer ce manque de cours professionnels qu’elle préconise avec le tronc commun du 1er degré.

    D’abord il n’y a qu’à voir les difficultés avec lesquelles les jeunes obtiennent ces stages au niveau des entreprises souvent réticentes à injecter un jeune inconnu dans une équipe. Ensuite voir concrètement ce qu’on leur donne la possibilité de pratiquer.

    Enfin ne pas se faire d’illusion, les stagiaires qui passent quelques jours par an dans une entreprise n’y sont pas considérés comme les apprentis qu’elles nourissent en leur sein et qu’elles espèrent bien engager un jour (du moins pour les meilleurs d’entre eux).

    Autre chose : Je ne sais pas si le système des manuels scolaires qu’elle veut réintégrer à l’enseignement concerne aussi le qualifiant, mais si c’est la cas, je trouve cela en totale contradiction avec l’approche par compétences et surtout les théories de Ph Meyrieux (auxquelles d’ailleurs j’adhère totalement) qui est quand même, me semble-t-il, une référence de qualité en ce qui concerne la nouvelle pédagogie en totale opposition avec la rigidité d’un manuel « tout fait ».

    Merci de m’avoir offert l’occasion de m’exprimer et félicitation pour votre site … bonne continuation.

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