Les épigraphes auxquelles nous avons échappé

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Épigraphe : « Citation d’un auteur, en tête d’un livre, d’un chapitre, pour en résumer l’objet ou l’esprit » (Petit Larousse illustré). Les rédacteurs du rapport Thélot ont placé en tête de leur ouvrage une citation de Marguerite Yourcenar qui en résume assez bien l’esprit, effectivement :

« Il y a peu d’hommes auxquels on ne puisse apprendre convenablement quelque chose. Notre grande erreur est d’essayer d’obtenir de chacun en particulier les vertus qu’il n’a pas, et de négliger de cultiver celles qu’il possède. »

La première phrase a pour effet de nous soulager. Avec la seconde, il nous est donné de comprendre pourquoi : apprendre quelque chose à quelqu’un, c’est finalement plus simple qu’on ne le croit. Il suffit d’aider l’individu à devenir ce qu’il est déjà de toute façon, il suffit de “cultiver” en lui cette nature qui un peu plus tard fera de lui, par exemple, un intellectuel, ou un manard. Et l’erreur, c’est de vouloir obtenir de quelqu’un ce qu’il n’a pas, ce qu’il n’est pas, car l’on sait bien que l’on est comme on naît. Vieille sagesse en effet : les chiens ne font pas des chats, ou bien : ce n’est pas à un singe qu’on apprend à faire la grimace !

Le choix des rédacteurs du rapport s’est porté sur Marguerite Yourcenar. Pourquoi pas. Mais en un sens c’est chose bien injuste : d’autres auteurs étaient peut-être mieux indiqués pour en dire l’esprit. La précipitation, la nécessité de choisir ou encore l’ignorance expliquent peut-être pourquoi leurs noms ne sont pas venus à l’esprit des rédacteurs. Il nous a donc paru instructif de rappeler un échantillon de ce à quoi, dans le même esprit, nous avons finalement échappé.

« Commander et être commandé, ce sont choses non seulement inévitables, mais fort utiles. Dès la naissance, les êtres se distinguent en ce que les uns sont faits pour être commandés, les autres pour commander. »

Aristote, Politique, livre I, chapitre 2.

« Dans les pays libres tels que les Etats-Unis et la France, chacun a eu, dans le passé, la liberté de s’élever à la place qu’il était capable de conquérir. Ceux qui sont aujourd’hui des prolétaires doivent leur situation à des défauts héréditaires de leurs corps et de leurs esprits. »

Alexis Carrel, L’ Homme, cet inconnu, 1935.

« Il naît des hommes, il naît des femmes, il naît des filles uniques et des familles de dix enfants, il naît des enfants doués pour l’étude et d’autres doués pour les travaux manuels. Trente ans après leur naissance, certains travaillent de leurs mains, d’autres s’occupent de leur foyer, d’autres accèdent à des postes de commandement, d’autres tournent des films, d’autres enseignent à la génération nouvelle. Leurs vies sont différentes, leurs modes de vie sont différents : là encore, les disparités sont inévitables. »

Valéry Giscard d’Estaing, « Progrès économiques et justice sociale », 1972.